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16 janv. 2009

LES INSURGÉS

D'année en année, Edward Zwick s'est bâti une filmographie assez cohérente, mêlant aventures humaines et dénonciation du traitement indigne dont sont (ou furent) victimes les hommes et les femmes, en occident ou ailleurs. Les insurgés s'inscrit dans cette ligne directe, retraçant le combat héroïque de trois frères juifs ayant sauvé un millier de vies durant la seconde guerre mondiale en créant une sorte de communauté au fond d'une forêt dont eux seuls connaissaient les recoins et les ressources. Une belle histoire, en somme. Estampillée "inspirée d'évènement réels", qui plus est. Le genre de récit qui fait passer pour un sans coeur toute personne ayant l'audace d'en dire un peu de mal.
Pourtant, il faut le dire, Les insurgés n'est pas un très bon film. La raison en est simple : c'est à la virgule près ce à quoi on pouvait s'attendre en lisant le résumé (et a fortiori en regardant la bande-annonce). Les scènes s'enchaînent comme tournent les pages d'un livre d'histoire : les faits sont relatés avec sérieux et précision, mais la surprise ou l'émotion ne sont jamais au rendez-vous, pas plus que la moindre réflexion. D'une façon ou d'une autre, un film doit remplir son spectateur, lui donner l'impression de n'être plus tout à fait le même que celui qui était entré dans la salle quelques temps plus tôt. On ne peut reprocher à Zwick son manque de professionnalisme ou de technique : Les insurgés est un film de bonne facture, filmé efficacement et pas trop mal joué. Mais c'est tout.
On baille poliment devant ce semblant de divertissement engoncé dans sa propre dignité, qui ne sort jamais des sentiers battus, sans doute pour ne pas risquer d'ébrécher l'héroïsme de ses personnages. Ce n'est pas la première fois que Zwick est aussi mollement mauvais dans sa façon de raconter une histoire vraie et qu'il met des plombes (deux heures quinze !) à le faire ; mais c'est toujours étonnant de la part d'un réalisateur qui sait aussi livrer des fresques intenses lorsqu'il est inspiré. La seule chose à retenir de ce film aussitôt oublié aussitôt vu, c'est la prestation de Daniel Craig, qui confirme à chacune de ses apparitions qu'il n'est pas qu'un excellent James Bond, mais aussi un acteur plein de ressources, sans doute le premier 007 depuis Sean Connery à avoir les capacités de jouer autre chose que les agents secrets. Qu'il se trouve désormais des projets à hauteur de son impressionnante rugosité.
4/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

23 févr. 2008

JUMPER

Sacré Doug Liman. Le cinéaste le plus vaniteux du moment (il clame partout qu'il est un génie incomparable) vient de se prendre les pieds dans le tapis, au vu et au su du monde entier. Annoncé comme une nouvelle révolution marquant le début d'une série de films (trilogie ou plus) capable de concurrencer Matrix et autres oeuvres de SF supposément visionnaires, Jumper ressemble paradoxalement à un tout petit divertissement pour ados en rut, un prolongement fantastique des merveilleuses séries proposées à nos chers boutonneux les matins de vacances scolaires sur notre plus grande chaîne publique (oui, celle qui sera bientôt sans pub).
Passée une idée pas plus bête qu'une autre (faire évoluer des types capables de se déplacer à la vitesse de la foudre), Jumper fonce dans le mur au bout d'une poignée de minutes, décrédibilisé par une laideur visuelle assez hallucinante et par la vacuité totale d'un scénario bas de plafond. Pour résumer, "jumper" sert principalement à lever des poulettes n'importe où dans le monde (pourquoi se contenter de celles qui trainent dans le pub du coin?) et à donner une bonne leçon aux types un peu cons. Accessoirement, ça peut être utile pour braquer des banques, mais exploiter à fond une idée un tout petit peu intéressante semble hors de portée de la horde de scénariste qui sévit ici. Conscients qu'un film de ce genre ne peut exister sans un bon méchant, ceux-ci font rapidement apparaître un certain Roland, aussi charismatique qu'un char à voile, interprété par un Sam Jackson aux cheveux blancs, semblant avoir définitivement abandonné tout plan de carrière. Roland est le meneur des Paladins, un groupe de mecs qui n'aiment pas les jumpers et semblent prêts à tout pour les rayer de la surface du monde. Pourquoi? Visiblement, on s'en moque.
Refusant toute intrigue solide, Jumper se contente alors d'offrir un enchaînement de scènes façon teen movie mais avec un peu de jump pour satisfaire garçons et filles de moins de quinze ans. On fait l'amour comme des bêtes (c'est-à-dire sans enlever ses vêtements ni son appareil dentaire), on visite le monde en poussant des cris béats, on s'embrasse passionnément mais sans la langue. Et puis c'est tout. Hayden Christensen et Rachel Bilson incarnent parfaitement ce désir de plénitude par la platitude, se contentant de montrer leurs dents bien blanches pour montrer leurs émotions. Même l'arrivée tardive de Diane Lane ne relèvera pas le niveau ; elle permet cependant de faire naître quelques enjeux guère transcendants mais ayant au moins le mérite d'exister. Dans l'optique de la trilogie qui se profile (si les résultats financiers suivent, bien entendu), c'est un léger bon signe. En attendant de (peut-être) constituer le premier volet raté d'une saga regardable, Jumper n'est pour l'instant qu'un spectacle pathétique, antipathique et méprisant vis-à-vis de son spectateur.
2/10

26 oct. 2006

MÉMOIRES DE NOS PÈRES

Projet ambitieux que celui de Clint Eastwood : deux films à propos d'un même évènement, la bataille d'Iwo Jima, petit atoll japonais au centre de toutes les convoitises. Avant le point de vue japonais, Letters from Iwo Jima, voici Mémoires de nos pères, vision américaine du conflit.
Sachant que les Américains ont vaincu les Japonais, et au vu du titre, on pouvait craindre un film de guerre lambda à la gloire de la bannière étoilée. Il n'en est rien. Si les séquences de guerre sont bien présentes (et plutôt bien exécutées, même si sans génie), elles occupent à peine la moitié du film. Car le vrai objectif d'Eastwood et de son désormais fidèle second Paul Haggis, c'est de démonter consciencieusement les notions d'héroïsme et de patriotisme. Raconté sur trois époques (la bataille, les lendemains qui chantent ou pas, et les souvenirs d'anciens combattants meurtris), Mémoires de nos pères raconte l'histoire de trois soldats sortis vivants de la guerre, et que l'Amérique érige en héros pour la seule raison qu'ils figurent sur la photo qui a fait la une de tous les journaux du pays et redonné du moral aux troupes. Trois jeunes types qui n'ont rien demandé, blessés moralement par une guerre trop grande pour eux, dans laquelle ils n'ont cherché qu'à sauver leur cul, sans jamais accomplir quoi que ce soit d'héroïque. Seulement, parce que le gouvernement a besoin d'eux pour lever des fonds, et parce que les USA ont besoin de héros, ils deviennent malgré eux des stars ultimes. Plusieurs façons de vivre cela : assumer et fermer sa gueule, jouer la carte de l'agressivité, ou sombrer dans la picole. À l'aide d'une narration (trop) alambiquée, multipliant les retours en arrière à plusieurs niveaux, Eastwood entend montrer que l'héroïsme n'est qu'une vue de l'esprit et qu'on n'est vraiment un héros que dans les yeux de ceux qu'on aime. C'est à la fois louable et un peu trop sirupeux : en particulier, on se serait bien passé de ces images de vieillards agonisants qui déclament leur amour et leurs regrets entre deux filets de bave.
D'un classicisme irréprochable mais manquant un brin de relief, la mise en scène de Clint Eastwood sert parfaitement le propos mais empêche le film de devenir autre chose qu'un futur classique un peu suranné, dont on laissera le DVD prendre la poussière entre un John Ford et un Malick.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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