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28 juin 2008

LA TROISIÈME PARTIE DU MONDE

Il n’y a pas plus belle arnaque que celles où la victime se demande sans arrêt si elle n’est pas en train de se faire berner mais où elle n’a jamais la possibilité d’en être certaine. L’arnaqueur présumé se nomme Éric Forestier ; la victime, c’est le spectateur. Au centre de l’intrigue, La troisième partie du monde, fascinante bizarrerie dont il est bien difficile d’établir si c’est une œuvre géniale ou une totale entourloupe. Ce qui signifie que le réalisateur est suffisamment costaud pour captiver l’assistance pendant toute la durée de son film, mais qu’il lui a manqué un petit quelque chose pour le mettre totalement dans sa poche.
Cela commence par une rencontre : ils sont jeunes, se désirent, et profitent d’une maison à la campagne pour amorcer leur histoire. Ce qui pourrait ressembler à l’archétype du film d’auteur français emprunte bien vite d’autres voies, puisque se mêle rapidement à l’ensemble une sérieuse dose de métaphysique et de physique tout court, avec petit cours sur l’entropie et les trous noirs. Ce qui s’applique aux corps célestes semble s’appliquer également à la vie, puisque le jeune homme semble disparaître sans prévenir, comme happé lui aussi par un trou noir. S’engage alors une sorte d’enquête pas orthodoxe (c’est-à-dire plus intérieure que policière), où la demoiselle va bientôt se rendre compte que ceux qui la désirent et qu’elle désire tendent à disparaître eux aussi. Cela ne constitue que la première moitié d’un film qui plonge alors dans le métaphysique le plus total.
Assez cohérente jusqu’alors, l’intrigue va ensuite se déliter peu à peu et laisser place à un trip inquiétant mais toujours fascinant, avec évidemment quelques emprunts à Lynch. Mais Forestier est doué et ne donne pas dans la copie facile. Sa mise en scène baroque et délicate, aux antipodes des évènements inquiétants qu’il décrit, donne au film un ton particulier et assez emballant. On est sans arrêt à deux doigts de décrocher, mais on reste toujours dedans. Il faut dire que Clémence Poésy fournit au film une énergie hypnotique qu’il serait idiot de vouloir rejeter. Belle et convaincue par ce qu’elle a à défendre, elle est l’atout numéro un de ce film si étrange, également porté par quelques séquences de trip astronomique et par la musique d’un Jay-Jay Johanson décidément doué pour choisir à quels films prêter son talent. Des arnaques comme celle-ci, on en reprendrait bien tous les jours.
8/10

15 juin 2008

BONS BAISERS DE BRUGES

Qu'on me trouve le mec qui a eu l'idée de faire inscirre "La Belgique : ses moules, ses frites et ses tueurs à gages" sur l'affiche de Bons baisers de Bruges. Et pendant qu'on y est, tiens, qu'on me trouve également le mec qui a trouvé ce titre français complètement plat. Qu'on m'amène du bois pour le bûcher, je m'occupe du reste. L'affiche du premier long de Peter McDonagh (qui a tout de même à son actif un Oscar du court-métrage), et surtout ses inscriptions, sont terriblement trompeuses. Car le film n'entend ni faire dans la belgitude la plus plate (façon "c'est l'histoire d'un belge...") ni faire de la promotion pour une ville qui n'en a de toute façon pas besoin. C'est vrai, quoi, Bruges, c'est très joli pour peu qu'on y vienne en touriste, de préférence l'hiver et avec son amoureuse (ou son amoureux, comme vous voulez).
En revanche, quand on est un jeune tueur à gages et qu'on n'a aucune idée de la raison pour laquelle on a été envoyé là, Bruges commence rapidement à ressembler à l'enfer. C'est le point de départ du film de McDonagh, qui brode ensuite une sorte de longue promenade génialement décousue, succession de petites vacheries et de grands dialogues, de situations improbables mais pas tant que ça, de rires en coin et d'idées noires. Porté par un incroyable duo d'acteurs (Colin Farrell, meileur de film en film, et le toujours génial Brendan Gleeson), le film entrelace les genres avec une dextérité exaltante. Même les temps morts sont à croquer. La première heure de Bons baisers de Bruges est un plaisir de tous les instants, surtout si on aime les nains racistes, les obèses un peu cons, les balles à blanc et Clémence Poésy.
Le film perd ensuite légèrement de son charme avec l'arrivée de Ralph Fiennes, pourtant irréprochable en commanditaire soupe au lait. Un coup de mou temporaire, puisque tout repart ensuite sur les chapeaux de roue, même si l'intrigue prend définitivement le pas sur cette ambiance si particulière. Bien qu'étant en partie une comédie, Bons baisers de Bruges se terminera tout de même avec un peu de sang versé, un drame qui se noue, des regrets éternels. Bref, tout ce qu'il faut pour qu'un voyage touristique sorte des sentiers battus et empêche l'ennui et la morosité. Il faudra surveiller de McDonagh de très près, un réalisateur aussi talentueux ayant forcément beaucoup de suite dans les idées.
8/10
(sortie le 25 juin)

1 nov. 2007

LE DERNIER GANG

On se doutait bien qu'avec Ariel Zeitoun aux commandes, ce Dernier gang serait un film bancal. Et en effet, dès ses premières minutes, le réalisateur de Bimboland nous bombarde de clichés et d'effets arty, prouvant si besoin est qu'il n'est pas frappé du sceau du talent. Le dernier gang traite son sujet par-dessus la jambe, refusant tous les genres à tel point qu'il finit par ne plus ressembler à rien. Ni apologie du crime ni ode à la justice ; ni réalisme accru ni romance exacerbée. Tant et si bien qu'on se contrefout du destin de personnages mal dessinés (un comble pour un film qui s'inspire de faits réels), qui disparaissent parfois aussi vite qu'ils sont apparus.
On passera sur la franchouillardise de l'ensemble pour insister sur l'incroyable manque de rythme, sans doute le talon d'Achille d'un film déjà faiblard. S'il y a bien quelques moments savoureux et quelques scènes-clés pluôt bien ficelées, le reste ressemble à une simple opération de remplissage destinée à obtenir les cent minutes nécessaires à un film digne de ce nom. On n'attendait pas de Zeitoun qu'il se transforme en roi de l'ellipse et de la narration décomplexée, mais il aurait tout de même été appréciable que Le dernier gang ne ressemble pas à une simple juxtaposition de petits braquages et d'états d'âme vasouillards. Tant pis pour le duo Elbaz - Poésy, franchement bien : la France attend toujours son Romanzo criminale. Peut-on compter sur Mesrine?
4/10

9 oct. 2006

LE GRAND MEAULNES

C'est le genre de projet qui fout gravement les jetons. Un réalisateur de téléfilms, un livre culte pour vieux croûtons en quête de liberté, le héros des Choristes au coeur de tout ça... Trois craintes parmi tant d'autres, qui ne s'apaisent à aucun moment de ce Grand Meaulnes version 2006, monument de mollesse téléfilmique qui laisse plus que dubitatif.
Le grand Meaulnes sent l'encre de Chine, la brillantine et le Saint-Morêt. Ça commence comme une histoire d'amitié moisie entre deux camarades de classe, un tout propret (c'est Jean-Baptiste Maunier), et un rebelle au passé lourd de douleurs (c'est Nicolas Duvauchelle). Premier gros hic : il y a comme un énorme écart d'âge entre les deux petits mecs, censés n'avoir que trois ans d'écart dans le film. L'un n'a pas encore mué, l'autre arbore une barbe de trois jours. Pour la crédibilité, on repassera. Ça se gâte ensuite lorsque les années passent, et qu'à l'histoire de cette amitié aveugle vient se greffer un improbable imbroglio amoureux, qui donne lieu pourtant à la seule scène marquante du film (rencontre troublée entre Duvauchelle et la jolie Clémence Poésy). Là, outre la platitude de la mise en scène et l'inanité du propos, c'est une nouvelle fois Maunier qui fait rire tout le monde. À à peine quinze ans, jouer un instituteur moustachu relevait de l'impossible, sauf si le but était de faire rire.
Après un enchaînement de scènes dramatiques dignes d'une saga de l'été et une description de la guerre qui ne parvient pas à faire passer pour du minimalisme un manque de budget évident, le film de Jean-Daniel Verhaghe s'arrête enfin, comme un soulagement. Point positif : ça donnerait presque envie de lire le roman d'Alain-Fournier pour voir s'il est aussi mauvais que l'espèce de bouillie filmique qui en a été tirée.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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