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20 avr. 2008

DOOMSDAY

Après l'étouffant The descent, Neil Marshall décrit un autre type de claustrophobie : celle qui nous atteindra tous un jour ou l'autre si le monde continue à faire n'importe quoi. Cette fois, c'est l'idée même d'être enfermé dans cet univers trop petit qui devient la plus grande angoisse qui soit. Par le biais d'un style un peu bis et très référencé (Mad Max, Carpenter, tous ces trucs qui font rêver les quadras nostalgiques), Marshall décrit une apocalypse de proximité, aussi délirante que crédible. Le point de départ (l'Écosse est mise en quarantaine pour enrayer la progression d'un virus imbattable) n'est qu'un prétexte pour partir en voyage dans ce monde où la normalité et la marge ne font plus qu'une.
Doomsday, c'est donc un gros plaisir coupable qui assume pleinement son côté bourrin et ses nombreuses influences, part dans tous les sens sans jamais se retourner, et revendique haut et fort son statut de fourre-tout débile et inquiétant. À la tête du film, Rhona Mitra est juste parfaite, jouant idéalement sur l'ambivalence de son personnage, à la fois ultra sexy, ultra masculine, et finalement assez émotive. Dans le royaume underground des punks comme dans les douves de pseudo-chevaliers, cette Eden Sinclair est pleinement à son aise, distribuant les pains comme d'autres la bonne parole, tranchant des têtes comme si c'était la routine. Mais sans ce côté ennuyeusement cool qui fit un temps le succès de personnages surécrits à la John McClane. Doomsday est un film absolument pas recommandable, puisqu'il risque surtout de provoquer le rejet chez une majorité de spectateurs, fans ou pas du genre (mais quel genre ?). On souhaite que Neil Marshall continue à faire ce qui lui passe par la tête : il y a visiblement du très bon sous ce crâne-là.
8/10

13 févr. 2007

HOLLYWOODLAND

Si James Ellroy avait écrit La vérité nue, ça aurait pu donner ce Hollywoodland, polar romancé autour de George Reeves, acteur à succès de la série "Superman", dont la mort suspecte a donné lieu à une enquête sinueuse. Le réalisateur Allen Coulter a bien appris son petit Ellroy illustré : il y a dans Hollywoodland un peu de flics pourris, un bouquet de nantis pas propres sur eux, et d'amours savamment tordues. pour le reste, pas grand chose à se mettre sous la dent : l'imagerie du film est trop lisse pour éveiller un quelconque trouble, les acteurs rendent des copies sans taches mais sans génie, et les personnages "célèbres" évoqués dans le film le sont de trop loin pour que l'on s'y intéresse.
De temps à autres, on sent que Hollywoodland pourrait enfin basculer vers un côté obscur plus intéressant, plus craspec, plus marquant. Mais les réjouissances sont toujours de courte durée, Coulter tenant à tout prix à exposer point par point les étapes d'une enquête policière sans grand intérêt. Résultat : plus qu'à un roman d'Ellroy, Hollywoodland ressemble à la retranscription filmique d'un magazine à scandales de l'époque.
4/10

24 juil. 2006

STAY

Un jeune homme annonce à son psychiatre qu'il se suicidera dans trois jours. Ce dernier va tout mettre en oeuvre pour le sauver, quitte à adopter son point de vue, où les morts sont bien vivants et où la mort n'est pas une fin en soi...
Après un drame (À l'ombre de la haine) et une bio romancée (Neverland), Marc Forster change une nouvelle fois de registre pour s'attaquer au thriller psychologique mâtiné de fantastique. Mais cette fois, Stay ne devrait pas être nominé aux Oscars.
Côté mise en scène, ça sort un peu de l'ordinaire. Forster ne cherche pas à multiplier les effets ou à faire flipper à tout prix, mais crée une vraie esthétique originale, qui rend certaines scènes captivantes de par leur beauté formelle. Pas de surenchère, rien qui n'ait été mille fois réfléchi et reréfléchi. Peut-être un peu trop d'ailleurs : dès le début, il manque à Stay la petite étincelle, la part d'imprévu qui donne leur âme aux bons films.
Écrit par David Benioff, auteur inconstant (à son actif : 24 heures avant la nuit ou encore Troie), Stay bénéficie d'une volonté affirmée de faire autre chose, de ne pas rendre une copie balisée et déjà vue mille fois. Benioff, d'abord romancier, injecte à son intrigue psycho-fantastique une bonne dose de noirceur et une tristesse ambiante qui se révèle être l'aspect le plus intéressant du film. Car du côté de l'action, Stay montre vite ses limites. Si ses personnages sont sans cesse confrontés à de drôles d'impressions de déjà-vu, il en va de même pour le spectateur. Fantasmes, apparitions, frontière entre rêve et réalité, traumas enfouis... le film utilise tout un attirail maintes fois exploré, et ne parvient pas à lui donner un nouveau souffle et une couleur originale.
Alors on attend patiemment le twist final, censé donner tout son sens au reste du film. Moyennement prévisible mais décidément pas renversant, il ne fait que confirmer l'impression mitigée apportée par un film qui vaut mieux par ses intentions que par son résultat final.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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