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2 oct. 2009

DANS SES RÊVES

Eddie Murphy a de la marge : quand on a osé tenir l'affiche de bidules comme Appelez-moi Dave, il est assez facile de s'attirer une certaine indulgence de la part de spectateurs ravis d'avoir vu un film sans intérêt mais pas trop affligeant, en tout cas en comparaison. Encore faut-il qu'il y en ait, des spectateurs : comme c'est le cas depuis un certain nombre d'années pour les films de Murphy, Dans ses rêves sort dans une poignée de salles, pour une sortie technique aux petits oignons permettant à peine aux fans de l'acteur de prendre de ses nouvelles.
Dans ce premier film live du réalisateur de Nos voisins les hommes, ce cher Eddie incarne un homme d'affaires très occupé qui découvre un jour que le doudou de sa fille peut l'aider à faire les bons choix financiers et à prédire les futures évolutions du marché. Le marché du crack n'est donc pas près de dépérir - rappelons-nous que l'an dernier, Murphy jouait un vaisseau extra-terrestre. À partir de ce point de départ fantaisiste, le script évolue de façon bien planplan, bien linéaire, pour se faire plus prévisible que jamais. Le papa négligent va donc trouver un soudain intérêt à s'occuper de sa fille, puis devenir quasiment dépendant des indications du fameux doudou magique - parfois, on ne croit même pas à ce qu'on écrit - avant de réaliser en fin de course - cent dix minutes quand même - que ce qui compte dans la vie, c'est la famille, l'amour, les moments passés ensemble, et pas les stock-options ni les OPA. On en chialerait.
L'intrigue de Dans ses rêves n'a donc aucun intérêt, mais il était difficile d'imaginer le contraire. En revanche, ce qui ne cesse de désoler, c'est la platitude totale des prestations d'Eddie Murphy, qui nous ferait presque regretter l'époque d'un Docteur Dolittle dans lequel il se donnait à son personnage de façon énergique. Depuis, il semble résigné, ultra réaliste que sa perte de drôlerie, et donc résolu à ne plus faire qu'acte de présence dans les films où il apparaît. Le Murphy des années folles ne se serait jamais contenté d'une chute en patin à glace et d'une chanson pourrie. Hélas, c'est désormais le cas, si bien qu'il n'est même plus le type le plus drôle des films dans lequel il joue. En rival du héros misant tout sur ses origines indiennes qui restent à prouver, Thomas Haden Church serait presque plus rigolo - en tout cas s'il avait de vraies répliques à défendre. Il y a dix-huit mois, Eddie Murphy annonçait sa retraite imminente. Dommage qu'il ait changé d'avis depuis.




Dans ses rêves (Imagine that) de Karey Kirkpatrick. 1h47. Sortie : 30/09/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

17 juin 2009

SMART PEOPLE

Heureux les simples d'esprit ? Peut-être. Tout le contraire des héros de Smart people, aussi intelligents que le titre le laisse supposer, mais infoutus de se faire une place douillette dans ce monde trop douloureux pour eux. Pour son premier long, Noam Murro (qui avait eu la bonne idée de planter Le cercle 2 à quelques jours du tournage) s'intéresse à ces gens trop conscients de la réalité qui les entoure et trop réfléchis pour être naturels. Les mots d'amours sont remplacés par des sarcasmes, tout sentiment plus intense que la moyenne est masqué par une bonne dose de cynisme, et les retrouvailles en famille se limitent à un échange de petites vacheries désabusées et à un concours d'étalage de culture. D'où un film totalement inconfortable et même souvent crispant, puisque la plupart de ses personnages sont totalement insupportables.
Smart people constitue donc un pari ô combien osé : faire rire (ou au moins sourire) avec à disposition une poignée de personnages agaçants et dépressifs. Même s'il en rebutera plus d'un, le film réussit plutôt bien son coup, notamment grâce à un casting bien fourni. Dans une version mélancolique de son génial personnage de Sideways, Thomas Haden Church est la bouffée d'air frais du film ; Dennis Quaid n'en finit plus de (bien) jouer les quinquas qui vieillissent mal ; quant à Ellen Page, elle exploite à merveille sa frimousse sur laquelle semble être écrit « je suis intelligente et je vous emmerde » qui faisait déjà tout le sel de Juno. Exécuté avec professionnalisme (façon de dire que la réalisation est très carrée et très sage), le film bénéficie en outre d'une excellente bande originale qui accentue le spleen général planant au-dessus de lui.
Même s'il manque de ressort et semble parfois avoir abusé du Lexomil, Smart people ressemble à une version indé et moins foldingue du Wonder boys de Curtis Hanson. Les deux films partagent quelques grands thèmes, dont l'idée que la après-création est une souffrance terrible et que l'excès de neurone nuit sérieusement au bien-être. Leurs titres interchangeables mettent en lumière l'étrange cousinage qui les relie, et le rêve de tout fan des deux films serait d'en découvrir la suite commune, mettant aux prises Grady Tripp (Michael Douglas chez Curtis Hanson) et Laurence Wetherhold (Dennis Quaid chez Murro). On peut toujours rêver.




Smart people de Noam Murro. 1h31. Sortie : 17/06/2009.
Autre critique sur Tadah ! blog.

8 mai 2007

SPIDER-MAN 3

Plus vite. Plus haut. Plus con. Tel devait être le credo de ceux qui ont osé faire Spider-man 3, la bonbonne d'eau qui fait déborder un vase déjà bien plein. Plus de méchants, plus de passion, plus de tout, et donc plus de rien. Le respectable Sam Raimi et son frangin signent un scénario patchwork qui introduit un tas de nouveaux personnages et de nouveaux enjeux, avant de s'en débarrasser dans le premier caniveau venu. On attendait un Spider-man plus noir et torturé, on a finalement l'impression d'assister à un remake de The mask arbitré par les quatre fantastiques.
Après un premier volet centré sur la découverte de son corps et un deuxième qui se focalisait sur son impuissance, ce troisième film est une étape supplémentaire dans l'évolution de Peter Parker. Au programme : maladies vénériennes et drogue à gogo. Puni pour son infidélité, Parker voit son machin devenir tout noir et se met à devenir un gros con sûr de lui après avoir touché de trop près à une drôle de came. C'est à peu près la seule manière d'interpréter ce Spider-man 3 pour qu'il reste un brin ludique et amusant. Car la chair est bien triste ici : les deux tiers du film sont consacrés à des discussions harlequiniennes sur la force des sentiments et la puissance du destin (quand il ne s'agit pas de scènes désespérément sucrées, comme la déjà célèbre "séquence de l'omelette"). Des dialogues d'une mièvrerie totale viennent surligner au marqueur fluo le caractère certes cornélien de situations si simples qu'elles ne devrait nécessiter aucune explication. Et l'on s'ennuie ferme devant ce morne spectacle.
Heureusement, tous les quarts d'heure, Sam Raimi vient réveiller le spectateur en lui martelant le crâne à coups de grosses scènes d'action bien bourrines. Là, on en a pour son argent, même si certains effets numériques sont toujours aussi mauvais. Les confrontations successives de Spider-man avec Sandman et Venom valent leur pesant de cahouètes, mêmes si la profondeur psychologique de ces derniers est inexistante (à côté d'eux, le docteur Octopus faisait figure de monument freudien). Mais, trop occupé à ménager la chèvre et le chou, Sam Raimi ne livre ces scènes qu'avec une parcimonie fort regrettable : à cet interminable épisode des "Feux de l'Amour" version vengeur masqué, on aurait largement préféré deux heures de pains dans la gueule et d'explosions atomiques.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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