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17 juin 2009

SMART PEOPLE

Heureux les simples d'esprit ? Peut-être. Tout le contraire des héros de Smart people, aussi intelligents que le titre le laisse supposer, mais infoutus de se faire une place douillette dans ce monde trop douloureux pour eux. Pour son premier long, Noam Murro (qui avait eu la bonne idée de planter Le cercle 2 à quelques jours du tournage) s'intéresse à ces gens trop conscients de la réalité qui les entoure et trop réfléchis pour être naturels. Les mots d'amours sont remplacés par des sarcasmes, tout sentiment plus intense que la moyenne est masqué par une bonne dose de cynisme, et les retrouvailles en famille se limitent à un échange de petites vacheries désabusées et à un concours d'étalage de culture. D'où un film totalement inconfortable et même souvent crispant, puisque la plupart de ses personnages sont totalement insupportables.
Smart people constitue donc un pari ô combien osé : faire rire (ou au moins sourire) avec à disposition une poignée de personnages agaçants et dépressifs. Même s'il en rebutera plus d'un, le film réussit plutôt bien son coup, notamment grâce à un casting bien fourni. Dans une version mélancolique de son génial personnage de Sideways, Thomas Haden Church est la bouffée d'air frais du film ; Dennis Quaid n'en finit plus de (bien) jouer les quinquas qui vieillissent mal ; quant à Ellen Page, elle exploite à merveille sa frimousse sur laquelle semble être écrit « je suis intelligente et je vous emmerde » qui faisait déjà tout le sel de Juno. Exécuté avec professionnalisme (façon de dire que la réalisation est très carrée et très sage), le film bénéficie en outre d'une excellente bande originale qui accentue le spleen général planant au-dessus de lui.
Même s'il manque de ressort et semble parfois avoir abusé du Lexomil, Smart people ressemble à une version indé et moins foldingue du Wonder boys de Curtis Hanson. Les deux films partagent quelques grands thèmes, dont l'idée que la après-création est une souffrance terrible et que l'excès de neurone nuit sérieusement au bien-être. Leurs titres interchangeables mettent en lumière l'étrange cousinage qui les relie, et le rêve de tout fan des deux films serait d'en découvrir la suite commune, mettant aux prises Grady Tripp (Michael Douglas chez Curtis Hanson) et Laurence Wetherhold (Dennis Quaid chez Murro). On peut toujours rêver.




Smart people de Noam Murro. 1h31. Sortie : 17/06/2009.
Autre critique sur Tadah ! blog.

2 juin 2008

SEX AND THE CITY - LE FILM

Suite un peu bâtarde de cette série relativement agaçante, Sex and the city - le film devrait révolter les cinéphiles autant que les féministes. Michael Patrick King nous inflige 2h24 (!) de non-cinéma d'un ennui profond, ainsi qu'un discours puissamment rétrograde sur la femme, cette grosse quiche prête à tout pardonner à l'homme qui lui a fait endurer le pire, juste parce qu'il lui a recopié des lettres d'amour de personnages célèbres.
Sex and the city - le film tend à approfondir la jolie vision de la femme entretenue par la série, c'est-à-dire une harpie folle du cul carriériste obsédée par les fringues et les chaussures et avec un rire insupportable (aucune mention inutile). De quoi faire virer sa cuti au spectateur le plus hétéro de la salle. Et c'est reparti de plus belle dans le film, qui étale un coulis guimauve et strass sur le récit des existences pathétiques de ces quatre cruches sans autre relief que celui de leurs Wonderbra, et avec pour tout bagage un sac Louis Vuitton terriblement laid qui semble être leur raison de vivre. Voilà qui fait froid dans le dos. N'espérez pas que le Sex du titre soit magnifié ou détaillé : à part une poignée d'images façon porno soft pour ne pas trop verser dans la publicité mensongère, Sex and the city parle surtout de sentiments, mais avec une telle trivialité qu'on a rapidement envie que ça se finisse (alors qu'il y en a encore pour deux heures).
Il faut donc supporter des personnages imbouffables aux problèmes de grandes bourgeoises, et les voir s'agiter dans tous les sens en piaillant dès qu'il s'agit de haute couture, de diamants ou d'escarpins. Et supporter cet humour si schématique, si prévisible, si déjà vu, avec ses répliques de fond de tiroir et ses gags si distingués (voir par exemple la diarrhée de Charlotte, scène hénaurme qui montre que tout le monde n'a pas le style des frères Farrelly). Heureusement, la consternation n'emporte pas tout, puisque c'est l'ennui qui prime : comme la série en son temps, le film ne parvient jamais à injecter un minimum de rythme dans ces pérégrinations sans intérêt. Quel est l'intérêt de porter une série sur grand écran si c'est pour refuser toute idée de cinéma ? Mal filmé et chiant comme la pluie, ce Sex and the city ne restera pas comme la meilleure adaptation TV qui soit.
Heureusement, il y a Sarah Jessica Parker, scandaleusement élue "personnalité la plus laide du monde" l'an passé alors qu'elle parvient le plus souvent à faire briller sa totale classe et son joli minois. On n'en dira pas autant de ses trois comparses, pas très bien servies il est vrai par des sous-intrigues rachitiques. Et par une double morale désespérément cruchasse, qui devrait faire réagir mesdames les chiennes de garde : premièrement, une femme peut tout, mais alors tout accepter par amour, surtout si on la demande en mariage dans l'un des plus grands dressing rooms du monde ; deuxièmement, tant que la Terre tournera, il existera des petits groupes de femelles hystériques, uniquement motivées par les belles fringues et la recherche d'un prince charmant aux dents qui brillent. Mieux vaut oublier ce très long ratage et revenir par exemple à des films plus simples mais tellement plus sincères, tel le touchant et drôle Friends with money, qui donnait un vrai sens à l'amitié et à la condition de la femme.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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