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28 mai 2009

JUSQU'EN ENFER

Après avoir passé huit ans de sa vie sur la trilogie (qui n'en est pas une) Spider-man, Sam Raimi semblait avoir besoin de changer d'air. Et nous avec. Écrit comme souvent avec son frère Ivan, Drag me to hell a en effet des allures de grosse récréation ou de retour aux sources d'un genre qu'il connaît bien : le film horrifico-comique, qui tente de créer l'effroi et de provoquer le rire dans la même seconde. L'excellente nouvelle, c'est que cette grande récré n'a rien de bâclé : Jusqu'en enfer est un divertissement épatant, avare en temps morts mais riche en scènes délectables.
À part un peu de sexe (seul le t-shirt mouillé de l'héroïne en fin de film peut provoquer un frisson érotique), le film de Raimi n'oublie aucun élément faisant un bon drive-in movie. D'abord une mise en scène inventive et complètement foldingue, qui vire parfois au n'importe quoi mais ne perd jamais sa bonne humeur. Ensuite et surtout, des effets visuels d'une redoutable efficacité et d'une variété folle : certains sont hyper mal fichus pour titiller le zygomatique, d'autres frappent de plein fouet et soulèveraient quasiment le coeur. Tous ont en commun une certaine dégueulasserie et traduisent l'obsession des frangins Raimi pour les substances visqueuses en tous genres (sauf la semence, no sex oblige). On s'offusque, on rit fort, on sursaute : bref, à n'importe quelle séance, on se croirait un samedi vers 23 heures 30, un gobelet de soda qui se matérialise dans la main gauche, une petite poulette (ou un beau poulbot) qui vous écrase l'autre main pour contenir sa terreur. Un pur régal.
Et puis il y a Alison Lohman, dont les grands yeux tristes font ici des merveilles. Confirmant sa prédisposition à jouer les femmes-enfants, elle fait totalement oublier Ellen Page, à qui le rôle était destiné. Sexy et attendrissante à la fois, elle est le moteur d'un film qui enclenche malgré sa fantaisie poussée un vrai processus d'identification et d'attachement. On a envie de la protéger comme une petite soeur, mais on jubile de la voir ainsi malmenée par un vilain esprit maléfique, avant d'être saisi de pensées impures lors d'une scène de fist-fucking guttural (ou de gorge profonde manuelle, faites votre choix). On aime cette Bruce Campbell de poche, tout comme on aime ce film mineur mais survolté, qui n'hésite pas à aligner quelques passages obligés et à nous offrir un dénouement prévisible et précipité, mais qui se révèle parfait pour se défouler, seul ou en groupe, pendant une centaine de minutes.




Jusqu'en enfer (Drag me to hell) de Sam Raimi. 1h39. Sortie : 27/05/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.

8 mai 2007

SPIDER-MAN 3

Plus vite. Plus haut. Plus con. Tel devait être le credo de ceux qui ont osé faire Spider-man 3, la bonbonne d'eau qui fait déborder un vase déjà bien plein. Plus de méchants, plus de passion, plus de tout, et donc plus de rien. Le respectable Sam Raimi et son frangin signent un scénario patchwork qui introduit un tas de nouveaux personnages et de nouveaux enjeux, avant de s'en débarrasser dans le premier caniveau venu. On attendait un Spider-man plus noir et torturé, on a finalement l'impression d'assister à un remake de The mask arbitré par les quatre fantastiques.
Après un premier volet centré sur la découverte de son corps et un deuxième qui se focalisait sur son impuissance, ce troisième film est une étape supplémentaire dans l'évolution de Peter Parker. Au programme : maladies vénériennes et drogue à gogo. Puni pour son infidélité, Parker voit son machin devenir tout noir et se met à devenir un gros con sûr de lui après avoir touché de trop près à une drôle de came. C'est à peu près la seule manière d'interpréter ce Spider-man 3 pour qu'il reste un brin ludique et amusant. Car la chair est bien triste ici : les deux tiers du film sont consacrés à des discussions harlequiniennes sur la force des sentiments et la puissance du destin (quand il ne s'agit pas de scènes désespérément sucrées, comme la déjà célèbre "séquence de l'omelette"). Des dialogues d'une mièvrerie totale viennent surligner au marqueur fluo le caractère certes cornélien de situations si simples qu'elles ne devrait nécessiter aucune explication. Et l'on s'ennuie ferme devant ce morne spectacle.
Heureusement, tous les quarts d'heure, Sam Raimi vient réveiller le spectateur en lui martelant le crâne à coups de grosses scènes d'action bien bourrines. Là, on en a pour son argent, même si certains effets numériques sont toujours aussi mauvais. Les confrontations successives de Spider-man avec Sandman et Venom valent leur pesant de cahouètes, mêmes si la profondeur psychologique de ces derniers est inexistante (à côté d'eux, le docteur Octopus faisait figure de monument freudien). Mais, trop occupé à ménager la chèvre et le chou, Sam Raimi ne livre ces scènes qu'avec une parcimonie fort regrettable : à cet interminable épisode des "Feux de l'Amour" version vengeur masqué, on aurait largement préféré deux heures de pains dans la gueule et d'explosions atomiques.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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