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4 nov. 2009

AWAY WE GO

Verona et Burt forment un couple tout ce qu'il y a de plus mignon, en attente d'un premier enfant qui sera certainement un bout de chou hors du commun. Alors, pour lui réserver le meilleur des départs, ils décident de sillonner l'Amérique à la recherche de l'endroit idéal pour l'élever. Car Verona et Burt sont mignons. Et un peu niais, aussi. Le genre de couple qu'on adorerait rencontrer dans la vraie vie pour aller prendre quelques verres, dîner un soir de temps en temps, voire même partir en vacances. Verona et Burt sont des gens reposants, apaisants, donc absolument pas les héros idéaux pour un film. À leur image, Away we go est un film d'une gentillesse absolue, qui formule quelques réflexions pas idiotes sur le couple et la maternité, mais se résume très souvent à un échange de vastes niaiseries entre un homme et une femme qui s'aiment, qui se soucient de l'avenir de leur amour et de leur progéniture, mais dont les opinions sont si rebattues qu'on n'a guère envie de les entendre. Il faut les voir, nuit après nuit, se câliner du bout du nez en se jurant que tout ira bien.
Road movie quasiment construit comme un film à sketches - avec des panneaux pour annoncer le changement de destination -, le cinquième film de Sam Mendes ressemble de plus à un catalogue montrant systématiquement aux deux-anti héros les comportements à éviter et ceux à reproduire. Il y a, entre autres : la mère qui ne cache rien à ses gosses, les parents qui élèvent les leurs façon hippie, le père qui refuse de dire à sa fille que sa femme l'a quitté... et, parce qu'il faut bien quelques modèles, ceux qui ont adopté parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement ET parce que ce sont des gens bien. À chaque rencontre sa petite morale, et sa conclusion mélancolique sur le mode "le foyer idéal est ailleurs". Heureusement, la fin du film viendra régler tout ça : figurez-vous que le foyer idéal, c'est celui où on est tous ensemble. Si c'est pas magnifique.
Mais trêve de cynisme : même si le cadeau est franchement moyen, Away we go propose un très joli emballage qui rend le voyage plutôt agréable bien que complètement dépourvu d'intérêt. La bande originale composée par Alexi Murdoch déborde d'excellents morceaux, opportunément disposés pour créer un effet de spleen semi-comateux. La mise en scène de Sam Mendes s'applique de façon fort logique à la tonalité très indé d'un film qu'il a voulu beaucoup plus modeste que les précédents. Quand aux interprètes, ils sont extrêmement professionnels et terriblement sympathiques. C'est peut-être d'ailleurs le problème principal de Maya Rudolph et John Krasinski : ils semblent parfaits, donc inintéressants en tant que héros de film. Les seconds rôles sont beaucoup plus attirants, même si les excès de leurs personnages créent un contraste trop factice avec ce couple principal trop translucide. En une année à peine, Mendes s'est intéressé au couple sous deux angles complètement différents : quand l'un voulait échapper au conventionnel (dans Les noces rebelles), l'autre s'y vautre allègrement. Le principe des vases communicants, sans doute, s'appliquant à deux films très moyens qui auraient peut-être gagné à ne faire qu'un.




Away we go de Sam Mendes. 1h38. Sortie : 04/11/2009.
Autre critique sur Une dernière séance ?.

25 janv. 2009

LES NOCES REBELLES

Dieu qu'il est édifiant, le titre original des Noces rebelles. Revolutionary road désigne le quartier dans lequel s'installe le couple Wheeler, qui sombre peu à peu dans une routine bien éloignée de l'existence tout sauf ordinaire qu'il s'était promis de mener. Le film de Sam Mendes dépeint la frontière intangible qui se dresse entre la norme et la marge, condamnant des gens ambitieux à ne faire qu'exister alors qu'ils voulaient vivre.
Les thèmes sont passionnants, les intentions louables. Comme dans American beauty, Mendes égratigne l'american way of life, montrant qu'une vie idyllique ne se résume pas à un pavillon, du mobilier et des gosses. Seulement voilà : le scénariste Justin Haythe n'est pas Alan Ball, loin de là, et livre un script trop lourdement explicite pour réellement convaincre. Si Les noces rebelles évite quelques pièges didactiques comme celui de la voix off, il a tendance malgré tout à répéter chaque idée trois ou quatre fois, l'air de rien. Symbole de ce stabilotage en règle : les deux scènes dans lesquelles apparaît le toujours fabuleux Michael Shannon, dans le rôle si pratique du "fou qui apporte la vérité", et dont le seul intérêt sera finalement d'expliquer au spectateur tout ce qui avait été plus ou moins sous-entendu jusque là. D'où l'impression d'un film faussement implicite, qui veut jouer la carte de la finesse mais chausse régulièrement de bien gros sabots.
Bien aidé par deux acteurs juste grandioses (surtout elle), Mendes montre tout de même avec brio la lente dislocation d'un couple qui ne se sent pas à sa place, engoncé dans des conventions pas faites pour lui. Il y a là-dedans quelques partis pris assez judicieux, comme l'idée de faire des enfants du couple deux silhouettes fantomatiques, quasiment jamais sur le devant de la scène, comme s'ils n'avaient jamais leur mot à dire. Idée une nouvelle fois contrebalancée par des dialogues un peu empesés sur le thème de « pourquoi on fait des gosses », qui provoquent là encore une impression de redondance. Le problème des défauts du film, c'est qu'ils sont grossis à la loupe par la mise en scène d'un Mendes étonnamment scolaire. Que la photographie soit très classique n'est pas un problème ; ce qui perturbe et alourdit le film, c'est le côté ostentatoire du montage et des mouvements de caméra. Le surdécoupage des scènes (notamment au début) est si lisible que les intentions en deviennent transparentes, tout comme la modification progressive du filmage à mesure que le couple part à vau-l'eau. Image posée quand tout va bien, caméra portée quand ça se gâte : pour un film sur le rejet des conventions, c'est un comble.
Finalement, Les noces rebelles enfonce le clou encore davantage avec une succession de faux dénouements ne faisant qu'accentuer le caractère factice de sa quête de perversité à tout prix. Les dix dernières minutes sont de trop, chaque scène que l'on croit être la dernière laissant inexorablement place à la scène suivante, encore plus explicative, laissant toujours moins de place à l'imagination et à l'intelligence du spectateur. Pas revolutionary pour deux sous.
5/10

(autre critique sur Les critiques clunysiennes)

1 janv. 2009

1er semestre 2009 : dix films à ne (sans doute) pas rater

2008 est derrière nous. Débarrassons-nous de l'ennuyeux "bonne année, bonne santé", et passons à la suite. Au lendemain de la Saint-Sylvestre, voici une brève présentation de dix films qui devraient faire l'évènement, un peu partout ou au minimum sur le blog orange. Soit le top 10 de mes attentes, dans un ordre totalement aléatoire, avec la bande-annonce si disponible...
Une petite précision avant de commencer : ayant déjà vu Slumdog millionaire de Danny Boyle (14 janvier), cet excellent film ne figure pas dans ma liste alors qu'il y aurait largement eu sa place.


01. Gran Torino (25 février)



Parce que c'est Clint, parce qu'il est des deux côtés de la caméra, parce qu'il s'y annonce bien plus dirty que Dirty Harry. Et parce que tout le monde dit que c'est bien.









02. Adoration (15 avril)



Parce qu'Atom Egoyan est toujours l'un des plus grands cinéastes du monde, parce qu'il revient aux thématiques abordées dans ses premiers films, parce que Cannes n'en a bizarrement pas parlé. Et parce qu'il y a Arsinée Khanjian.









03. The wrestler (18 février)



Parce que Darren Aronofsky, parce que Mickey Rourke, parce que Venise. Et parce que je suis trop jeune pour avoir vu Rocky en salles.









04. La fille du RER (18 mars)
Parce que Téchiné est un grand réalisateur, parce qu'il s'empare d'un fait divers aussi intrigant que passionnant, parce que le casting est intéressant (Dequenne, Deneuve, Blanc). Et parce que les bons films français risquent d'être rares en 2009.




05. L'étrange histoire de Benjamin Button (4 février)



Parce que Fincher + Pitt = grands films, parce que l'histoire est fascinante, parce que les effets spéciaux ont l'air renversants. Et parce que les veinards qui l'ont vu n'en sont toujours pas revenus.









06. La route (sortie indéterminée)



Parce que c'est adapté de l'un des plus grands écrivains du monde (Cormac McCarthy), parce qu'en plus c'est son meilleur roman, parce que ça peut être magnifique. Et parce qu'on peut croire en John Hillcoat.





07. Les noces rebelles (21 janvier)



Parce que les retrouvailles Winslet - DiCaprio ne peuvent pas être qu'un coup de pub, parce que ça sent le film cruel, parce que Sam Mendes n'est pas le premier venu. Et parce qu'on m'en a dit beaucoup de bien.









08. Watchmen (4 mars)



Parce que ça n'est pas adapté de n'importe quel comic, parce que Zack Snyder sait ce qu'il veut, parce que les premières images donnent confiance. Et parce qu'ils n'ont pas le droit de rater ce film, nom d'un chien.









09. OSS 117 : Rio ne répond plus (15 avril)



Parce que Le Caire - nid d'espions prend de la valeur à chaque nouvelle vision, parce que Louise Monot mérite mieux que les pubs Bourjois, parce qu'il ne faut pas cracher sur une bonne comédie française. Et parce qu'il y aura sans doute quelques brésiliennes en bikini.









10. Walkyrie (28 janvier)



Parce que la fascination malsaine de Bryan Singer pour le nazisme mérite d'être étudiée de près, parce qu'un film dont la sortie est repoussée plusieurs fois rend curieux, parce que Tom Cruise en borgne, c'est rigolo. Et parce qu'il paraît que c'est plutôt pas mal.



 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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