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14 avr. 2009

ADORATION

Très fraîchement accueilli lors du dernier festival de Cannes, le dernier Atom Egoyan constitue un retour au style et aux thèmes de ses premières oeuvres, quelque part entre Family viewing et Next of kin. À une notable différence près : l'avènement de l'internet, cette gigantesque toile rapidement devenue incontrôlable. Si son objectif premier reste la facilitation des échanges de ressources et d'informations, le web est aussi et surtout devenu une machine à fabriquer des monstres, petits Frankenstein pervers profitant de la frontière de l'écran ou du pseudo pour s'adonner à toutes sortes de jeux destructeurs. Une mine d'or pour le cinéaste canadien, qui sous couvert d'un film modeste parvient à en dire beaucoup sur le sujet.
Terrorisme, internet et création : au gré d'un scénario pas aussi simpliste que le laisserait penser n'importe quel résumé, Adoration crée un malaise immédiat et durable, qui va bien au-delà de la petite charge provoc anti nouvelles technologies. Imaginant un logiciel de discussion vidéo dans lequel le nombre d'interlocuteurs apparaissant à l'écran est quasi infini, Egoyan fait naître devant nos yeux un split screen tout bonnement effrayant, qui montre à quel point un simple mensonge peut en venir à ronger des milliers de crânes, a fortiori lorsqu'il est transcendé par le phénomène de groupe. Le jeune héros, Simon, offre un point de vue idéal sur l'ensemble car il est à la fois l'instigateur et la victime de ce qui se produit, à la fois dépassé par les évènements et parfaitement conscient d'être celui qui continue à alimenter le monstre.
L'ensemble est d'autant plus fascinant qu'à la vision de Simon s'ajoute celle de Sabine (Arsinée Khanjian, fabuleuse comme toujours), le professeur qui l'a plus ou moins poussé à se créer un passé fait d'un père terroriste et d'une mère kamikaze et enceinte. Le film interroge la responsabilité morale de l'artiste et décrit plusieurs niveaux de culpabilité avec une froideur constante mais absolument pas rebutante, d'autant que se noue dans la seconde partie un imbroglio énigmatique qui donne à reconsidérer l'ensemble. Si ce le grand metteur en scène qu'est Egoyan a certes déjà fait mieux par le passé, livrant régulièrement des films aussi complexes mais plus limpides, son Adoration mérite clairement que l'on s'y attarde, quitte à rejeter en bloc son aspect éminemment sélectif.
8/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

1 janv. 2009

1er semestre 2009 : dix films à ne (sans doute) pas rater

2008 est derrière nous. Débarrassons-nous de l'ennuyeux "bonne année, bonne santé", et passons à la suite. Au lendemain de la Saint-Sylvestre, voici une brève présentation de dix films qui devraient faire l'évènement, un peu partout ou au minimum sur le blog orange. Soit le top 10 de mes attentes, dans un ordre totalement aléatoire, avec la bande-annonce si disponible...
Une petite précision avant de commencer : ayant déjà vu Slumdog millionaire de Danny Boyle (14 janvier), cet excellent film ne figure pas dans ma liste alors qu'il y aurait largement eu sa place.


01. Gran Torino (25 février)



Parce que c'est Clint, parce qu'il est des deux côtés de la caméra, parce qu'il s'y annonce bien plus dirty que Dirty Harry. Et parce que tout le monde dit que c'est bien.









02. Adoration (15 avril)



Parce qu'Atom Egoyan est toujours l'un des plus grands cinéastes du monde, parce qu'il revient aux thématiques abordées dans ses premiers films, parce que Cannes n'en a bizarrement pas parlé. Et parce qu'il y a Arsinée Khanjian.









03. The wrestler (18 février)



Parce que Darren Aronofsky, parce que Mickey Rourke, parce que Venise. Et parce que je suis trop jeune pour avoir vu Rocky en salles.









04. La fille du RER (18 mars)
Parce que Téchiné est un grand réalisateur, parce qu'il s'empare d'un fait divers aussi intrigant que passionnant, parce que le casting est intéressant (Dequenne, Deneuve, Blanc). Et parce que les bons films français risquent d'être rares en 2009.




05. L'étrange histoire de Benjamin Button (4 février)



Parce que Fincher + Pitt = grands films, parce que l'histoire est fascinante, parce que les effets spéciaux ont l'air renversants. Et parce que les veinards qui l'ont vu n'en sont toujours pas revenus.









06. La route (sortie indéterminée)



Parce que c'est adapté de l'un des plus grands écrivains du monde (Cormac McCarthy), parce qu'en plus c'est son meilleur roman, parce que ça peut être magnifique. Et parce qu'on peut croire en John Hillcoat.





07. Les noces rebelles (21 janvier)



Parce que les retrouvailles Winslet - DiCaprio ne peuvent pas être qu'un coup de pub, parce que ça sent le film cruel, parce que Sam Mendes n'est pas le premier venu. Et parce qu'on m'en a dit beaucoup de bien.









08. Watchmen (4 mars)



Parce que ça n'est pas adapté de n'importe quel comic, parce que Zack Snyder sait ce qu'il veut, parce que les premières images donnent confiance. Et parce qu'ils n'ont pas le droit de rater ce film, nom d'un chien.









09. OSS 117 : Rio ne répond plus (15 avril)



Parce que Le Caire - nid d'espions prend de la valeur à chaque nouvelle vision, parce que Louise Monot mérite mieux que les pubs Bourjois, parce qu'il ne faut pas cracher sur une bonne comédie française. Et parce qu'il y aura sans doute quelques brésiliennes en bikini.









10. Walkyrie (28 janvier)



Parce que la fascination malsaine de Bryan Singer pour le nazisme mérite d'être étudiée de près, parce qu'un film dont la sortie est repoussée plusieurs fois rend curieux, parce que Tom Cruise en borgne, c'est rigolo. Et parce qu'il paraît que c'est plutôt pas mal.



 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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