Affichage des articles dont le libellé est Julien Boisselier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Julien Boisselier. Afficher tous les articles

8 avr. 2008

LES FEMMES DE L'OMBRE

Normalement, avec Jean-Paul Salomé, on n'est jamais déçu. Des Braqueuses jusqu'à Arsène Lupin en passant par l'inénarrable Belphégor, le réalisateur a enchaîné les catastrophes avec une précision d'horloger, ne réussissant qu'un sympathique Restons groupés qui fait office de point culminant dans sa filmographie. Les femmes de l'ombre sentait donc le pur plaisir coupable, le genre de film qui fait pleurer les mémés mais titille les zygomatiques des adeptes du second degré. Ce n'est malheureusement pas cette fois qu'on rira bruyamment : car si Les femmes de l'ombre est un film relativement médiocre, il n'en reste pas moins que c'est un bon Salomé. Du genre qui ne fera pas trop tache en prime-time sur TF1.
Le film marche sur les traces du Black book de Paul Verhoeven par ses intentions de faire naître le mélodrame au coeur de l'emprise nazie. La comparaison s'arrête là : si Verhoeven emballait le spectateur à grands coups de rebondissements et au gré d'un rythme débridé, Salomé orchestre une petite aventure franchouille et bien peignée qui ne parvient jamais à chavirer les coeurs. Malgré un casting de stars, son quintet de gonzesses manque singulièrement de piquant. On se demande presque pour quelles raisons il fallait autant d'héroïnes, sinon pour montrer que "l'union fait la force". Peu ou pas dirigées, les actrices font ce qu'elles peuvent, d'autant qu'aucune n'a jamais été la reine de la finesse. Marie Gillain, Sophie Marceau et Julie Depardieu multiplient les oeillades, à mille lieues de la discrétion dont devaient faire preuve les résistants de l'époque. C'est finalement Maya Sansa et Déborah François, plus en retenues, qui s'acquittent le mieux de leurs rôles. Cette dernière est bien particulièrement servie par un personnage plus complexe que prévu.
Les péripéties s'enchaînent assez mollement mais sans réelle raison de s'indigner ou de s'esclaffer. Les invraisemblances finissent pourtant par l'emporter, au gré d'une fin mal fichue et sentant le manque d'inspiration. Encore une différence avec le film de Verhoeven : Salomé joue délibérément la carte du réaliste, ce qui s'accommode très mal avec son désir de romanesque. Plate mais moins mauvaise que par le passé (mais plate quand même), sa mise en scène ne permet pas au film de prendre de l'ampleur ou de se débarrasser, même temporairement, du lourd contexte historique qui sert de toile de fond. Reste que ces deux heures de film ne traînent pas trop en longueur, et que les spectateurs les moins exigeants pourront trouver dans Les femmes de l'ombre un spectacle pas trop stupide à défaut d'être stupéfiant.
4/10

29 janv. 2008

CORTEX

Fléau semblant se répandre plus que de raison, aux symptômes les plus angoissants qui soient, la maladie d'Alzheimer est un sujet éminemment cinématographique. Côté drame, Zabou Breitman (Se souvenir des belles choses) et Sarah Polley (Loin d'elle) s'y sont essayées, avec un net avantage à la Canadienne. Nicolas Boukhrief n'est pas tout à fait le premier à utiliser Alzheimer comme moteur d'un polar : il y eut notamment, La mémoire du tueur, film imparfait mais fascinant du belge Erik van Looy, et Memento, puzzle s'appuyant également sur un montage allant à rebours de l'ordre chronologique. Comme le personnage incarné par Guy Pearce, dans une version légèrement plus pantouflarde, André Dussollier incarne un ancien flic qui va tenter d'être temporairement plus fort que sa maladie pour parvenir à démonter les rouages d'un crime. Né de la volonté de Boukhrief de travailler en huis-clos et avec ceux que l'on appelle dorénavant des seniors, Cortex est conçu comme un polar délicat (c'est l'auteur qui le dit), jouant avec le suspense du whodunit mais ne gaspillant pas ses forces à coups de scènes d'action inutiles et malvenues.
Première constatation : le réalisateur a visiblement choisi de faire profil bas sur la forme, filmant simplement et calmement les errances et les interrogations de son héros. Elle est loin, la frénésie inquiète de l'impeccable Convoyeur : malgré un sujet pas marrant pour tout le monde, Cortex ne brusque personne. Si l'on peut saluer l'effort du metteur en scène pour s'adapter à son sujet, on peut également railler le manque total d'ambition filmique et de personnalité d'un long-métrage filmé de façon plus qu'ordinaire. Mais après tout, si l'essentiel du film réside dans ce Cluedo en clinique, pourquoi pas. Rien de tel que ce confort routinier pour mettre les neurones à disposition.
Si le rythme n'est pas trépidant, Cortex procure tout de même un certain plaisir immédiat. Il est toujours excitant de se laisser embarquer par un auteur qui semble être le seul à savoir où il va. L'enquête policière au centre du film ne monte pas vraiment en puissance, mais cet encéphalogramme presque plat parvient à vriller les nerfs de façon assez efficace. Seulement voilà : le scénario de Boukhrief et Frédérique Moreau est de ceux où le personnage principal en sait plus que le spectateur. Mais quand celui-ci est atteint de la maladie d'Alzheimer et qu'il est capable de rayer de sa mémoire des indices-clés ou même le nom du coupable, cela devient embêtant. Comment en effet se désoler de voir cet homme oublier des choses si l'on ignore leur importance et leur teneur? Comment se réjouir au final de cette résolution finale arrivant comme un cheveu sur la soupe et qui fait reconsidérer l'ensemble à la baisse?
L'impression finale laissée par Cortex est des plus négatives, tant les intentions de Boukhrief paraissent floues. La conclusion, bâclée et simpliste, laisse entendre qu'il se moque du côté polar ; quant à la pathologie décrite, elle n'est ni traitée de façon frontale, ni exploitée à d'autres fins. De ce monument de frustration émerge une réelle satisfaction, celle de voir André Dussollier jouer enfin autre chose que les gendres idéaux. Dans la peau de ce Charles Boyer (non, pas l'acteur), avec une vingtaine de kilos de moins que ces dernières années, il livre une prestation habitée et tétanisante qui confirme son grand talent de comédien ainsi que celui de Boukhrief en tant que directeur d'acteurs. Pour le reste, ce monument de frustration ne risque certainement pas de convaincre ceux qui attendaient la confirmation d'un Convoyeur qui en avait fait le petit prince du polar français.
5/10

27 avr. 2007

J'VEUX PAS QUE TU T'EN AILLES

On ne connaît pas bien Bernard Jeanjean, dont c'est le deuxième long métrage, mais on jurerait que le monsieur arrive du théâtre. Après un J'me sens pas belle dont le côté rudimentaire (huis clos, deux personnages, argument de boulevard) finissait par laisser entrevoir une profondeur et une amertume insoupçonnées, J'veux pas que tu t'en ailles perpétue l'affection apparente de Jeanjean pour le théâtral, l'intime et l'individuel. Cette fois, il s'intéresse à un triangle amoureux : chaque semaine, un jeune type raconte à son psy ses amours avec une femme mariée, qui n'est autre que l'épouse du psy.
Avec un pitch comme celui-ci, on pouvait s'attendre à une heure et demie de portes qui claquent, d'amants dans le placard, de quiproquos lourdingues. À ce titre, J'veux pas que tu t'en ailles surprend agréablement : comme dans son premier film, Jeanjean ne se contente pas d'un postulat amusant, et fait régulièrement progresser les situations et les personnages. Trop régulièrement peut-être : parce qu'aucun grain de sable ne vient enrayer cette machine assemblée avec soin, le film finit par tomber dans le conventionnel. Comme un Veber sans Pierre Richard ni Jacques Villeret, J'veux pas que tu t'en ailles finit par ne plus susciter qu'un ennui poli.
L'implication du trio d'acteurs n'y changera pas grand chose : si Julien Boisselier livre une fois de plus un grand numéro, le couple Berry-Godrèche peine à prendre de l'épaisseur et à faire ressembler le résultat à autre chose qu'à du théâtre filmé. À tout prendre, dans la catégorie "psychanalyse et affaires de coeur", on est en droit de préférer le gentillet Petites confidences (à ma psy) de Ben Younger. Ou surtout d'aller piocher au hasard parmi les vieux films de Woody.
5/10
(également publié sur Écran Large)

12 sept. 2006

JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS

Philippe Lioret est un réalisateur que l'on peut qualifier de très classique. Alors que cela rime parfois avec complètement ringard, cela n'a ici rien de péjoratif. Lioret est un honnête artisan qui brosse des films sincères et bien faits, basés sur des histoires simples mais pas vides de sens. Je vais bien ne t'en fais pas n'échappe pas à la règle. Inspiré d'un roman d'Olivier Adam (jeune écrivain qui monte qui monte), le film décrit le calvaire d'une jeune femme d'à peine vingt ans lorsqu'elle apprend que son frère jumeau a quitté le domicile familial suite à une dispute avec son père. Des jours, des semaines, des mois à attendre, avec pour seule raison de vivre les quelques lettres que lui envoie le frangin en cavale.
Autant ne tromper personne sur la marchandise : Je vais bien ne t'en fais pas est un drame à la française qui ne ferait pas forcément tache un samedi soir sur France 3. Mais ce serait alors le meilleur téléfilm français de l'année. Si la mise en scène est classique, donc, l'interprétation est haut de gamme et vaut à elle seule le détour. Il y a d'abord Mélanie Laurent, comme une évidence, une fille jolie à croquer qui bouffe ses rôles avec une envie rare. Elle porte le film sur ses épaules et lui insuffle une mélancolie pas fabriquée. Face à elle, il y a Kad Merad, toujours plus impressionnant, et qui étincelle dans le rôle du père lâche et mutique. Derrière eux, Isabelle Renauld et Julien Boisselier ne sont pas mal non plus.
Le film est un drame (Lili, l'héroïne du film, tombe dans la spirale de la dépression) mâtiné d'un suspense un peu malsain (on sait bien qu'un trauma profond est enfoui là-dessous). Comme le côté dépressif de l'intrigue pourrait être trop lourd à supporter, Lioret y injecte de très légères doses d'humour juste assez bien dosées pour alléger le ton sans dériver de son sujet : la difficulté à communiquer avec les siens.
La fin du film apporte son lot de révélations, et s'il est permis de douter un peu de la crédibilité de la conclusion, tout cela est amené avec suffisamment de finesse pour rendre l'ensemble relativement digeste. De toute façon, l'impeccable classicisme du film de Lioret avait emporté le morceau depuis longtemps. Je vais bien ne t'en fais pas n'est certes pas à conseiller aux ennemis de la qualité française. Mais il fera vibrer les autres à coup sûr.
7/10

15 juin 2006

ON VA S'AIMER

Deux couples. Laurent couche avec la copine de François, son meilleur ami. D'où un imbroglio quiproquo-sentimental qui ne fait pas dans le genre neuf. Alors Ivan Calbérac insère par endroits des scènes musicales reprenant des standards, un peu comme dans On connaît la chanson avec des chorégraphies en plus. Sauf que Calbérac n'est pas Resnais. Si On va s'aimer était un disque, ce serait une de ces insupportables compilations en quatre CD avec un titre du genre "Méga Slow volume 4". Bruel, Cocciante, Montagné... rien ne nous est épargné. Et s'il apparaît une évidente volonté de réarranger des titres ô combien éculés, l'orchestration très très amateur fait sombrer chacune des scènes chantées dans le brouhaha pur et simple, avec la musique tonitruante pour couvrir les voix des interprètes. Bref, pour l'originalité, on repassera.
L'aspect musical étant le principal argument de vente du film, on sent déjà qu'On va s'aimer a du plomb dans l'aile. Car niveau comédie romantique, Ivan Calbérac n'est pas non plus Richard Curtis. Enchainement de scènes prévisibles sans singularité, le film déroule tranquillement sa petite intrigue routinière sans que rien ne vienne franchement nosu réveiller. Quelques saillies humoristiques, et surtout l'interprétation des excellents Boisselier et Lellouche, évitent à On va s'aimer de sombrer totalement. On sera plus réservé sur la prestation d'Alexandra Lamy, qui semble avoir du mal à se décoller de son étiquette "Un gars / une fille".
Après le mignonnet mais classique Irène, Ivan Calbérac confirme un profond manque d'ambition et de carrure. S'il se redirigeait vers l'univers du téléfilm?
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz