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25 déc. 2008

L'OEIL DU MAL

Pour leur deuxième film ensemble après le sympathique Paranoïak, D.J. Caruso et Shia LaBeouf poursuivent dans une voie qui semble plaire au public : le divertissement hi-tech, parfaitement improbable mais bien troussé. Polar paranoïaque (tiens tiens) mais destiné à tous les publics, L'oeil du mal brille par l'absurdité totale de son scénario, qui enfile les incohérences comme des perles avec ce qui ressemble à du premier degré mais n'en est certainement pas. Il faut d'ailleurs voir le film avec un peu de détachement, sous peine de le trouver juste débile, pas crédible du tout, et donc inintéressant au possible.
Non, L'oeil du mal, c'est d'abord un gros plaisir coupable, qui nous montre un nouveau Big Brother contrôler à la nano seconde près la vie de n'importe quel quidam. Le traitement fait qu'on n'y croit pas une seconde, mais c'est justement là qu'est tout le jus du film : n'importe quoi peut se produire à n'importe quel moment, surtout ce qui n'est pas possible. C'est d'autant plus réussi que Shia LaBeouf s'acquitte de son rôle avec un sérieux de plomb. De deux choses l'une : soit le "nouveau prodige d'Hollywood" (mouais) croit vraiment à ce qu'il joue (et alors c'est grave), soit c'est le roi du deuxième degré (et alors c'est génial).
Bref, ne pas s'attendre à un nouveau Trois jours du condor ou à quelque réflexion sur la vidéo surveillance et les libertés individuelles : L'oeil du mal, c'est le spectacle idéal d'après Noël, permettant de bien digérer et de savourer paisiblement les derniers jours de l'année avant d'attaquer 2009 avec des films tenant un peu plus au corps.
6/10

25 juin 2008

LE TÉMOIN AMOUREUX

Je sais ce que vous pensez : il faut vraiment n’avoir rien d’autre à faire pour aller passer deux heures devant une comédie romantique interprétée par Patrick Dempsey, le docteur aux yeux de velours de la série Grey’s anatomy. La réponse tient en neuf mots : on est professionnel ou on ne l’est pas. La romcom est souvent barbante et usée jusqu’à la corde, mais certains films peuvent créer la surprise à condition de gratter un peu la couche de vernis sucré qui les recouvre. Le témoin amoureux ne fait malheureusement pas partie de cette catégorie, et plonge la tête la première dans la routine. Passé un premier quart d’heure assez amusant, narrant la rencontre de ceux qui seraient dix ans plus tard les meilleurs amis du monde (et plus si affinités), le film se contente de dérouler une trame archi-classique avec une certaine paresse et des difficultés visibles à trouver son style. En témoignent les tentatives répétées du scénario d’aller explorer à chaque fois un nouveau registre comique. Ça fonctionne aussi bien que faire jouer du Woody Allen par Jean-Marie Bigard : les vannes de cul sont grasses et éculées (pas de mauvais jeu de mots, merci) et le burlesque est réduit à néant par une mise en scène impersonnelle.
Côté gaudriole, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Et côté guimauve ? Pas beaucoup plus, à vrai dire. Propulsé demoiselle d’honneur au mariage de sa meilleure amie (ce qui est prétexte à une série de gags assez consternants sur les gays), ce fameux témoin amoureux va multiplier les ruses pour écarter le futur marié (un Ecossais moyennement avenant, comme dans Quatre mariages & un enterrement, film cité plus d’une fois) afin de ravir in extremis le cœur de celle qu’il aime d’amour. Dans ce genre de situations, deux possibilités s’offrent aux scénaristes : livrer un happy end clé en main, avec suspense jusqu’à la dernière seconde et ultime rebondissement trois secondes avant le ‘’oui’’ décisif, ou voir le héros se résoudre à laisser la femme de ses rêves épouser l’homme qu’elle aime, beau joueur et soucieux avant tout de son bonheur. Soit deux issues déjà vues mille fois chacune, et quasiment aussi agaçantes l’une que l’autre. Le témoin amoureux se conclura effectivement par l’une de ces deux fins, et ne se distinguera jamais par l’originalité ou la drôlerie des péripéties qui vont y mener.
Heureusement que la bonne humeur générale du film parvient à ne pas le rendre trop antipathique. Même s’il n’a pas la classe d’un Hugh Grant, Patrick Dempsey s’acquitte efficacement de son rôle, moins agaçant qu’en Derek Shepherd, le docteur qui cligne des yeux quand il est triste. Face à lui, Michelle Monaghan semble se spécialiser dans ce type de rôle, mais manque de personnalité et de charme pour vraiment s’imposer (elle était plus convaincante car sans doute mieux dirigée dans Les femmes de ses rêves). Enfin, le film donne l’occasion d’apercevoir pour la dernière fois le regretté Sydney Pollack, décédé il y a peu, et qui est à l’origine des scènes les plus amusantes du film. Même s’il aurait mérité un dernier film un peu plus classieux, il montre qu’outre de nombreux grands films, il fut également un acteur extrêmement attachant. Rien que pour lui, on conseillerait presque d’aller voir ce Témoin amoureux. Presque : on peut aussi rester chez soi et le revoir dans Maris et femmes ou Michael Clayton.
3/10

30 déc. 2007

GONE BABY GONE

Acteur sympa mais un peu inégal, Ben Affleck ne faisait pas vraiment partie des comédiens que l'on espérait voir de l'autre côté de la caméra. C'était oublier qu'il y a une dizaine d'années, Ben et un certain Matt Damon remportaient un Oscar du scénario mérité pour Will hunting, film capable de toucher tous les publics tout en faisant preuve d'une finesse d'écriture assez remarquable. Pour son premier long, Affleck a choisi une adaptation plutôt qu'un scénario original, préférant se faire les dents sur les thèmes d'un autre avant de dévoiler ses propres envies et obsessions. Pour ce faire, il n'a pas choisi n'importe qui : Dennis Lehane, prince du polar américain, auteur brillant capable mieux que quiconque de mêler tragédie humaine et suspense non putassier. Gone baby gone est une excellente surprise, rendant parfaitement hommage à un écrivain contant avec simplicité des histoires complexes et ne se réfugiant jamais derrière une simple intrigue policière.
Ben Affleck voudrait être Clint Eastwood. S'il continue à ce rythme, pourquoi pas : Gone baby gone n'a pas à rougir de la comparaison avec Mystic river, autre film tiré d'une oeuvre de Lehane. Bizarrement d'actualité (l'affaire Maddie et celle des frenchies de l'Arche de Zoé), le film déroule une intrigue dense mais parfaitement compréhensible et en extrait classieusement la substantifique moëlle. Il y a évidemment un vrai suspense là-dedans, pas vraiment de l'ordre du whodunit, plutôt comme un film qui répondrait patiemment à toutes nos interrogations avant d'en créer sans cesse de nouvelles. Et s'il convient de ne rien révéler pour ne pas gâcher le divin plaisir que constitue la découverte des étapes successives du film, la réflexion amenée par le film est l'une des plus brillantes et obsédantes qui soit. Le héros finit par être confronté à un dilemme, et prend une décision, sans que l'on soit jamais vraiment capable de lui donner raison ou tort. Il fallait pour cela un grand travail d'adaptation et une précision d'orfèvre.
Comme s'il avait l'expérience d'un metteur en scène de soixante piges, Affleck assure. Enchaîne les plans magnifiques, chiade sa mise en scène sans verser dans la fioriture (à la... Eastwood), et dirige d'une main de maître un casting discret et brillant. À commencer par Casey A., son frangin, l'un des grands acteurs de ce début de siècle, qui trouve un second rôle d'envergure cette année après avoir été le Robert Ford d'Andrew Dominik. Et l'on se dit que vraiment, les frères Affleck ne sont pas là par hasard. Brillant, tenace et beau comme un camion, Gone baby gone est le petit bijou de cette fin d'année, à ne rater sous aucun prétexte.
8/10

11 déc. 2007

LES FEMMES DE SES RÊVES

Les frères Farrelly sont vraiment de grands sentimentaux. Si Les femmes de ses rêves n'est pas exactement un film romantique, il est hanté du début à la fin par une mélancolie tenace. Peur de finir seul, peur de l'engagement, peur de s'être trompé : sous leur plume, la vie sentimentale n'est qu'une succession d'obstacles flippants, alternant avec de petits moments de bonheur bien éphémères. Pourtant, il s'agit bien d'une comédie : même s'ils vont moins loin dans la transgression et le touche pipi que dans leurs premiers films, les frangins démontrent une fois encore leur aisance à créer un gag en un seul plan, et à révéler la personnalité d'un personnage rien qu'en en faisant la victime d'une ou deux situations drôlement douloureuses.
La première partie des Femmes de ses rêves fait penser à Mary à tout prix, avec son côté fleur bleue arrosé de gags bien sentis, même une fois de plus, un montage un peu lâche provoque de fâcheuses baisses de rythme. Si Ben Stiller fait du Ben Stiller (et il le fait très bien), la révélation des Femmes de ses rêves s'appelle Malin Akerman, jolie, explosive, avec un vrai phrasé d'actrice comique. Malheureusement, la construction du film va peu à peu la faire disparaître de l'image, au profit de la sympa mais pas très drôle Michelle Monaghan, la caution romantique du film. Plus la fréquence des interventions de la première décroît, plus on voit la seconde, et plus Les femmes de ses rêves commence à devenir un peu pénible. Longuet et de moins en moins drôle, le film s'étiole et ménage un final assez navrant compte tenu du talent des cinéastes. Un épilogue rigolo vient clore le film de façon agréable ; pas suffisamment pour faire oublier que Les femmes de ses rêves n'est ni l'éclat de rire de l'année, ni la comédie romantique du siècle.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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