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21 sept. 2009

DÉMINEURS

Si ça ne semblait pas parfaitement sexiste, on pourrait dire que Kathryn Bigelow fait un cinéma d'hommes, ou qu'elle en a une sacrée paire, ce genre de choses. Moins grossièrement, il convient de saluer le parcours exemplaire de la réalisatrice, qui virevolte d'un projet ambitieux à l'autre et parvient à injecter dans chaque nouvelle oeuvre sa vision du monde. Une vision désespérée, noire, sans grande illusion sur l'existence d'une issue, mais toujours propice à la naissance d'univers captivants et hypnotiques. Son dernier film, Démineurs, n'échappe pas à la règle : parlant de la guerre et de ceux qui la font, c'est une étude psychologique aboutie et palpitante qui va bien au-delà des schémas traditionnels du film de guerre.
Comme l'indique un titre français trop frontal pour être représentatif de la finesse d'ensemble, Démineurs suit un bataillon américain chargé de désamorcer des engins explosifs - lorsque c'est possible - ou de les faire péter en toute sécurité lorsqu'il n'y a pas d'autre issue. Le film s'ouvre sur une longue scène absolument tétanisante, rendant communicatif le stress permanent de ces hommes devant faire preuve d'une infinie précision au milieu d'un monde de bruit et de tumulte. Bigelow effectue elle aussi un travail quasi chirurgical pour coller au plus près à leurs gestes et états d'âme, usant sans en abuser de légers ralentis donnant l'impression de suspendre le temps. Ponctué de montées d'adrénaline comme celle-là, le film est cependant bien loin de se résumer à une succession de moments de bravoure et d'explosions. Ce serait bien mal connaître une cinéaste qui n'a jamais sombré dans l'action pure malgré un savoir-faire évident.
Ce qui intéresse Bigelow, plus encore que les séquences de déminage, c'est ce qui se produit entre les interventions, lorsque les militaires oublient le protocole et rappellent à eux-mêmes et aux autres qu'ils sont aussi des êtres humains. Leurs différences de conception sur la guerre, la vie, et donc la mort, donnent lieu à une réflexion profonde et poignante sur la condition de l'homme et l'éventuelle absurdité d'une telle guerre. Éventuelle car le script se garde bien d'être un bête pamphlet anti-militariste, émettant certes quelques opinions mais ne se faisant jamais péremptoire. Bien intégrés dans l'intrigue, ces désaccords et différences sont au coeur d'un drame épais et poisseux qui met groggy en moins de deux. L'épilogue, fort et plutôt inattendu, vient ajouter encore à la complexité de cette oeuvre magnifique, actuelle mais intemporelle, qui met une fois encore en valeur le grand talent d'une Kathryn Bigelow à la fois dure et sensible.




Démineurs (The hurt locker) de Kathryn Bigelow. 2h04. Sortie : 23/09/2009.
Autre critique sur BJ & Mat Cineshow.

28 juin 2009

NOTORIOUS B.I.G.

Petit précis d'histoire à l'égard de ceux qui ne pigent rien à la guéguerre west coast / east coast, Notorious est un biopic totalement cousu de fil blanc comme il nous en arrive de temps en temps (dernier en date : Coco avant Chanel). Une platitude tout à fait prévisible, le film étant réalisé par un George Tillman Jr. déjà responsable des Chemins de la dignité, pure abomination avec Bob DeNiro et des scaphandriers. Voilà typiquement le genre de film qui n'apportera strictement rien aux connaisseurs de Biggie, Tupac et les autres ; les autres pourront éventuellement y apprendre quelques trucs.
Aucune étape du parcours de Christopher 'Biggie' Wallace ne nous est épargnée : comme tout mauvais biopic, ça commence évidemment par une enfance traumatisante, notamment parce que Chris est gros et rejeté par son père. D'où le deal de cocaïne et la nécessité d'exprimer sa détresse au travers de lyrics apparemment percutants. Le label 'histoire vraie' et la présence au générique des proches de Biggie semblent nous assurer que tout ceci est absolument véridique ; mais l'ensemble fait tellement cliché qu'on ne peut guère se passionner, d'autant que le traitement de Tillman est soigné mais sans aucun relief. Heureusement, il y a Jamal Woolard : engagé avant tout grâce à sa ressemblance physique, l'acteur effectue des débuts convaincants devant la caméra et donne une vraie crédibilité à son héros, entre gros nounours et sale petite frappe.
Bizarrement, Notorious a beau être tout à fait prévisible, il reste absolument regardable, sans enthousiasme mais sans trop d'ennui. Parce que, malgré ses travers, Biggie est un personnage attachant. Parce que, avouons-le, on a rarement vu autant de bombasses topless dans un biopic. Et parce que, raison plus noble, c'est l'occasion de (re)découvrir l'oeuvre courte mais intense de ce véritable artiste, destiné à devenir un étudiant discret ou un dealer minable mais qui sembla réellement porté par le hip-hop tout au long de sa vie. Une vie hélas bien courte, Biggie ayant été assassiné avant ses 25 ans au terme d'une guerre des côtes qui constitue la partie la plus intéressante de ce film un peu plat.




Notorious B.I.G. (Notorious) de George Tillman Jr.. 1h55. Sortie : 24/06/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

25 déc. 2008

L'OEIL DU MAL

Pour leur deuxième film ensemble après le sympathique Paranoïak, D.J. Caruso et Shia LaBeouf poursuivent dans une voie qui semble plaire au public : le divertissement hi-tech, parfaitement improbable mais bien troussé. Polar paranoïaque (tiens tiens) mais destiné à tous les publics, L'oeil du mal brille par l'absurdité totale de son scénario, qui enfile les incohérences comme des perles avec ce qui ressemble à du premier degré mais n'en est certainement pas. Il faut d'ailleurs voir le film avec un peu de détachement, sous peine de le trouver juste débile, pas crédible du tout, et donc inintéressant au possible.
Non, L'oeil du mal, c'est d'abord un gros plaisir coupable, qui nous montre un nouveau Big Brother contrôler à la nano seconde près la vie de n'importe quel quidam. Le traitement fait qu'on n'y croit pas une seconde, mais c'est justement là qu'est tout le jus du film : n'importe quoi peut se produire à n'importe quel moment, surtout ce qui n'est pas possible. C'est d'autant plus réussi que Shia LaBeouf s'acquitte de son rôle avec un sérieux de plomb. De deux choses l'une : soit le "nouveau prodige d'Hollywood" (mouais) croit vraiment à ce qu'il joue (et alors c'est grave), soit c'est le roi du deuxième degré (et alors c'est génial).
Bref, ne pas s'attendre à un nouveau Trois jours du condor ou à quelque réflexion sur la vidéo surveillance et les libertés individuelles : L'oeil du mal, c'est le spectacle idéal d'après Noël, permettant de bien digérer et de savourer paisiblement les derniers jours de l'année avant d'attaquer 2009 avec des films tenant un peu plus au corps.
6/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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