Comme l'indique un titre français trop frontal pour être représentatif de la finesse d'ensemble, Démineurs suit un bataillon américain chargé de désamorcer des engins explosifs - lorsque c'est possible - ou de les faire péter en toute sécurité lorsqu'il n'y a pas d'autre issue. Le film s'ouvre sur une longue scène absolument tétanisante, rendant communicatif le stress permanent de ces hommes devant faire preuve d'une infinie précision au milieu d'un monde de bruit et de tumulte. Bigelow effectue elle aussi un travail quasi chirurgical pour coller au plus près à leurs gestes et états d'âme, usant sans en abuser de légers ralentis donnant l'impression de suspendre le temps. Ponctué de montées d'adrénaline comme celle-là, le film est cependant bien loin de se résumer à une succession de moments de bravoure et d'explosions. Ce serait bien mal connaître une cinéaste qui n'a jamais sombré dans l'action pure malgré un savoir-faire évident.
Ce qui intéresse Bigelow, plus encore que les séquences de déminage, c'est ce qui se produit entre les interventions, lorsque les militaires oublient le protocole et rappellent à eux-mêmes et aux autres qu'ils sont aussi des êtres humains. Leurs différences de conception sur la guerre, la vie, et donc la mort, donnent lieu à une réflexion profonde et poignante sur la condition de l'homme et l'éventuelle absurdité d'une telle guerre. Éventuelle car le script se garde bien d'être un bête pamphlet anti-militariste, émettant certes quelques opinions mais ne se faisant jamais péremptoire. Bien intégrés dans l'intrigue, ces désaccords et différences sont au coeur d'un drame épais et poisseux qui met groggy en moins de deux. L'épilogue, fort et plutôt inattendu, vient ajouter encore à la complexité de cette oeuvre magnifique, actuelle mais intemporelle, qui met une fois encore en valeur le grand talent d'une Kathryn Bigelow à la fois dure et sensible.
Démineurs (The hurt locker) de Kathryn Bigelow. 2h04. Sortie : 23/09/2009.
Autre critique sur BJ & Mat Cineshow.