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14 oct. 2008

LA LOI ET L'ORDRE

Il fallait être sacrément candide pour croire une seule seconde aux retrouvailles d'Alfredo James Pacino et Robert Mario de Niro Jr., et ce pour plusieurs raisons fort simples. Primo : Jon Avnet, réalisateur de 88 minutes, Beignets de tomates vertes ou encore Red corner. Un yes man de première bourre, pas foutu de faire un bon film. Deuzio : Al et Bob sont tout de même deux des pires cabotins de l'histoire du cinéma, sauf lorsqu'ils sont dirigés par des metteurs en scène de grande qualité (et ce fut le cas une paire de fois par le passé). Mais, dès qu'ils se trouvent abandonnés aux mains d'un tâcheron quelconque, les voilà qui se redeviennent soudainement les deux tocards bourrés de frime venus de Little Italy. Leurs filmographies des années 90-2000 sont édifiantes, chacun cherchant vraisemblablement à faire pire que son concurrent.
Mais parce qu'il faut une âme d'enfant pour aimer le cinéma, on s'installe devant La loi et l'ordre avec un semblant d'excitation et une envie de croire au miracle. Au bout de deux minutes trente, on comprend que c'est râpé. Ça commence par une marmelade d'images mal torchées et mal montées, qui réduisent tous les espoirs en cendres. Difficile de faire pire côté narration, un milliard d'informations sans doute capitales nous étant livrées au gré de petites scènes juxtaposées et incompréhensibles. Il faudra ensuite une bonne demi-heure pour parvenir à se raccrocher à un film dont l'intrigue est loin d'être aussi complexe que voudrait nous le faire croire le scénariste Russell Gewirtz (honteusement désigné comme un grand espoir pour son piteux scénario d'Inside man). Derrière un ennuyeux blabla sur les forces conjuguées de l'insigne et de l'arme (se référer à l'affiche) se cache une toute petite histoire de vilain serial killer, qui tue les pires pourritures pour rendre la planète plus propre. Les enquêteurs ne tarderont pas à se rendre à l'évidence, au terme d'une série de déductions foireuses : le coupable ne peut être qu'un flic. Et c'est parti pour un long embrouillamini auquel on a tout compris depuis la scène d'exposition la plus téléphonée de l'année. Un bandeau "ce film contient un twist final" serait apposé au bas de l'écran que ça ne serait pas plus voyant.
Quand l'intrigue est moisie et la réalisation quelconque, il reste à se tourner vers l'interprétation. Et comment sont-ils, nos vieux briscards ? La réponse est dans la question : ils sont vieux. Même plus assez cabotins pour nous faire rire, ils semblent surtout usés jusqu'à la moëlle par les ribambelles de navets qui leur ont récemment permis de payer leurs impôts. Pire : comme dans l'infâme 88 minutes (première collaboration Avnet - Pacino, qui font moins atroce ici, quand même), on ricane devant cette relation entre un flic de soixante balais et une jeunette très très très canon (ici, Carla Gugino, qui vaut mieux que tous ses rôles de Miss Nichons). Voir De Niro la prendre par derrière sur un canapé n'apporte pas grand chose à la matière du film, et sonne définitivement le glas d'un acteur qui ferait bien de prendre sa retraite. À la fin du film, les deux hommes se retrouvent allongés l'un sur l'autre, dévastés par l'abracadabrantesque révélation qui vient d'être faite, et on a soudainement très envie de sortir une arme et de les achever tous les deux afin qu'ils n'entachent pas plus leurs carrières passées.
2/10

20 nov. 2007

DEAD SILENCE

Entre deux Saw (qui a dit "Saw de merde"?), James Wan et Leigh Whannell s'occupent comme ils peuvent. Fascinés par les pantins et les marionnettes (présents dans tous les Saw jusqu'ici), ils livrent avec Dead silence un Pinocchio version trash, dans lequel une vilaine figurine de bois bute des innocents après leur avoir fichu la frousse de leur vie. Plus linéaire et moins tordu que les précédentes livraisons du duo Whannell & Wan, Dead silence est construit comme un classique film fantastique, entrecroisant l'enquête du héros (dont la femme est la dernière victime du pantin maléfique) et ses terreurs nocturnes. On en regretterait presque le style excessif des Saw, tant le classicisme de Dead silence écrase tout sur son passage.
Qu'on ne s'attende pas à un nouveau film à tiroirs avec rebondissements improbables et grand-guignol à tous les étages : voulant montrer qu'ils savaient faire autre chose, W&W se contentent de raconter l'expansion d'un fléau et le développement d'une malédiction familiale. S'il y a bien un retournement final, celui-ci est léger et plus amusant qu'autre chose. La relative sobriété du scénario prouve que l'unique objectif de Dead silence est de foutre les jetons. Peine perdue : il faut beaucoup de talent pour arriver à effrayer le spectateur en faisant rouler dans leurs orbites les gros yeux tout ronds de pantins de bois. Refusant la surenchère dans les effets horrifiques, le film se rabougrit peu à peu, peinant à combiner minimalisme intentionnel et apothéose dans l'effroi. La mise en scène, plus TF1 que HBO, ne permettra pas à Dead silence de dépasser le stade de la série Z maigrelette, sans consistance et sans frisson. Et ce n'est pas la sortie technique du film (une poignée de salles en France) qui va arranger son destin.
3/10

27 nov. 2006

SAW 3

En 2004, Saw mettait en pièces les nerfs des uns et faisait ricaner les autres. En 2005, Saw II divertissait gentiment certains fans du premier et provoquait l'indifférence totale du reste du monde. 2006 : si Saw III n'est cohérent ni dans son scénario ni dans sa mise en scène, il a au moins l'avantage de suivre la logique de la saga : se déliter à vitesse grand V et accroître le nombre de railleries potentielles. Une réalisation qui pique les yeux (un peu comme des vapeurs de vomi), un scénario sombrant dans le n'importe quoi le plus total, des acteurs qui jouent comme des patates, un mélange inédit pour un film interdit aux moins de 18 ans.
Il y a encore deux ans, on pouvait voir James Wan, Leigh Whannel et Darren Lynn Bousman comme de jeunes fans de séries Z voulant jouer au plus malin. Résultat : zéro crédibilité, beaucoup de progrès à faire côté caméra, mais un aspect vraiment jouissif dû à la surdramatisation et à l'ingéniosité de bas étage des scènes d'horreur. Des films qui donnaient au pop corn un léger goût de pus sans pour autant masquer le sucre. Cette fois, l'équipe de Saw III a décidé d'aller encore plus loin. Mais alors vraiment. Trépanation, os broyés, noyade dans une piscine de pus d'animaux (si si), têtes qui explosent : rien ne nous est épargné, mais on s'en tamponne. Ça ressemble trop à l'oeuvre de trois lycéens voulant choquer à tout prix. La réalisation est d'une laideur à couper le souffle : illisible, avec une image jaunâtre, comme un screener sur grand écran. Berk. Mais le vrai clou du spectacle, c'est bel et bien le scénario.
Qu'on ne nous fasse pas prendre les vessies pour des lanternes : la saga Saw n'est pas destinée aux intellectuels. Chaque film est un condensé de scènes possiblement choc et se conclut par un twist final un peu con mais assez amusant. Ici, cependant, c'est un tout petit peu différent. Car Saw III repousse très loin les frontières du ridicule. Auto-citations permanentes, retours en longueur sur des scènes des épisodes précédents, longues séquences à vocation psychologique voulant faire passer le "tueur au puzzle" pour un type plus profond qu'Hannibal Lecter... Le film réussit l'exploit d'être à la fois totalement vide et incroyablement abscons. Et de décrédibiliser certaines scènes des deux premiers volets auxquelles on avait pu croire. Une sorte de nouvelle auto-destruction (cette année, c'est décidément la mode, après le suicide plein écran de Shyamalan). Se mêlent l'ennui total et une incompréhension massive : pour avoir une chance minime de piger ce qui se passe à l'écran, il faudrait avoir vu, revu et appris par coeur les deux premiers épisodes. Mais non : mieux vaut abandonner ici cette franchise déjà ridicule, et dont les quatrième et cinquième épisodes sont d'ores et déjà prévus. Pourtant, on espère secrètement que le public va continuer à aller voir en masse ce ramassis de conneries parfum gerbe, rien que pour qu'il y ait un sixième épisode. Le jeu de mots est éculé, mais il vaut le coup. Et Saw 6 aurait peut-être une chance d'être moins ridicule que son titre.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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