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22 nov. 2007

SAW IV

La saga Saw, c'est un peu comme le Beaujolais nouveau : ça revient tous les ans aux alentours du mois de novembre, et on a beau savoir que c'est parfaitement dégueulasse, on y porte quand même les lèvres. Pour constater que c'est encore pire que l'année précédente. Que je mange mon chapeau si Saw V parvient à être plus mauvais que ce quatrième opus parfaitement nul.
Soyons clairs : les deux précédents épisodes (mettons de côté le premier, pas ultime mais assez ludique à condition de ne pas le considérer comme le premier d'une looooongue série) étaient nuls, mais foncièrement amusants. On se disait "naaaaan? mais où vont-ils chercher tout ça?", le "ça" désignant à la fois cette mise en scène toujours plus chiatique, ces acteurs toujours plus médiocres et ces scènes prétendument choc qui feraient peut-être rougir ma grand-mère mais sûrement pas Nacho Cerda ou Ruggero Deodato. Là, rien de tout ça. Juste un insondable ennui dû au fait que les nouveaux auteurs ont souhaité remettre un peu de (ouvrez les guillemets avec d'énormes pincettes) crédibilité et d'humanité dans les aventures sans doute jugées trop mécaniques d'un Jigsaw sans faille. Ainsi donc, après douze mille flash-backs (et flash-backs dans le flash-backs, et flash-forwards dans le... etc.), on aura appris que le vilain tueur est en fait un homme blessé, et on se sera tapé des caisses d'états d'âme et de réflexions bas de plafond. Le voyeur qui sommeille en nous se réveille alors et demande sa part d'exactions débiles, de sang qui gicle, d'yeux qui éclatent... Et Darren Lynn Bousman (quel joli nom), après une scène d'ouverture inutile mais pleine de viscères, de lui offrir de mini-doses même pas rigolotes, et qui ne satisferont même pas l'amateur très premier degré d'horreur qui tache. Non, décidément, ce Saw IV est une coquille encore plus vide que les précédentes, qui n'éveille aucun plaisir coupable ni envie de rire aux éclats. Même l'envie d'aller voir le prochain rien que pour se marrer, comme on va goûter au Beaujolais rien que pour être bourré et avoir les gencives toutes noires, a totalement disparu. Si c'est pas le signe d'un gros ratage...
1/10

27 nov. 2006

SAW 3

En 2004, Saw mettait en pièces les nerfs des uns et faisait ricaner les autres. En 2005, Saw II divertissait gentiment certains fans du premier et provoquait l'indifférence totale du reste du monde. 2006 : si Saw III n'est cohérent ni dans son scénario ni dans sa mise en scène, il a au moins l'avantage de suivre la logique de la saga : se déliter à vitesse grand V et accroître le nombre de railleries potentielles. Une réalisation qui pique les yeux (un peu comme des vapeurs de vomi), un scénario sombrant dans le n'importe quoi le plus total, des acteurs qui jouent comme des patates, un mélange inédit pour un film interdit aux moins de 18 ans.
Il y a encore deux ans, on pouvait voir James Wan, Leigh Whannel et Darren Lynn Bousman comme de jeunes fans de séries Z voulant jouer au plus malin. Résultat : zéro crédibilité, beaucoup de progrès à faire côté caméra, mais un aspect vraiment jouissif dû à la surdramatisation et à l'ingéniosité de bas étage des scènes d'horreur. Des films qui donnaient au pop corn un léger goût de pus sans pour autant masquer le sucre. Cette fois, l'équipe de Saw III a décidé d'aller encore plus loin. Mais alors vraiment. Trépanation, os broyés, noyade dans une piscine de pus d'animaux (si si), têtes qui explosent : rien ne nous est épargné, mais on s'en tamponne. Ça ressemble trop à l'oeuvre de trois lycéens voulant choquer à tout prix. La réalisation est d'une laideur à couper le souffle : illisible, avec une image jaunâtre, comme un screener sur grand écran. Berk. Mais le vrai clou du spectacle, c'est bel et bien le scénario.
Qu'on ne nous fasse pas prendre les vessies pour des lanternes : la saga Saw n'est pas destinée aux intellectuels. Chaque film est un condensé de scènes possiblement choc et se conclut par un twist final un peu con mais assez amusant. Ici, cependant, c'est un tout petit peu différent. Car Saw III repousse très loin les frontières du ridicule. Auto-citations permanentes, retours en longueur sur des scènes des épisodes précédents, longues séquences à vocation psychologique voulant faire passer le "tueur au puzzle" pour un type plus profond qu'Hannibal Lecter... Le film réussit l'exploit d'être à la fois totalement vide et incroyablement abscons. Et de décrédibiliser certaines scènes des deux premiers volets auxquelles on avait pu croire. Une sorte de nouvelle auto-destruction (cette année, c'est décidément la mode, après le suicide plein écran de Shyamalan). Se mêlent l'ennui total et une incompréhension massive : pour avoir une chance minime de piger ce qui se passe à l'écran, il faudrait avoir vu, revu et appris par coeur les deux premiers épisodes. Mais non : mieux vaut abandonner ici cette franchise déjà ridicule, et dont les quatrième et cinquième épisodes sont d'ores et déjà prévus. Pourtant, on espère secrètement que le public va continuer à aller voir en masse ce ramassis de conneries parfum gerbe, rien que pour qu'il y ait un sixième épisode. Le jeu de mots est éculé, mais il vaut le coup. Et Saw 6 aurait peut-être une chance d'être moins ridicule que son titre.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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