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30 janv. 2009

Top 5 : Benicio del Toro

Cette semaine, Benicio del Toro refait le Che dans la deuxième tranche du savoureux diptyque de Steven Soderbergh.



Top 5 des films avec Benicio del Toro

01. Nos funérailles (1996)
Dans sa période la plus géniale (il y eut The addiction peu avant, New rose hotel peu après, et certes une grosse boulette nommée The blackout entre deux), Abel Ferrara livre une bouleversante tragédie en forme de guerre des clans, qui marque la rétine à jamais. Walken, Gallo, del Toro : le casting le plus ébouriffant qui soit, à des lieues du cabotinage pacino-deniresque.


02. The pledge (2001)
Souvent, Sean Penn est passé à deux doigts du chef d'oeuvre en se faisant trop démonstratif (Crossing guard) ou trop naïf (Into the wild). Reste un film juste parfait (peut-être trop) : The pledge, poème noir et drame humain marqué par une quête interminable et déchirante.


03. État second (1993)
S'il n'y a qu'un rôle très secondaire, Benicio participe à la grande réussite de cet État second très sous-estimé, marquant la rencontre entre l'un des meilleurs acteurs du monde (Jeff Bridges, qui n'a pas été que the dude) et un réalisateur rare mais précieux (Peter Weir, technicien hors pair et philosophe accessible). À redécouvrir, c'est un ordre.


04. Way of the gun (2000)
Christopher McQuarrie a fait mieux qu'écrire un Usual suspects très efficace mais dont les effets se sont un peu éventés depuis : il a réalisé Way of the gun, jeu d'échecs grandeur nature, polar sur la médiocrité de l'être humain en général... et de l'homme en particulier. Avec en prime les fusillades les plus excitantes et tendues des années 2000.


05. Las Vegas parano (1998)
Tout le monde ne parle que de Gilliam et Depp : mais Benicio del Toro est l'indissociable troisième pilier de cette adaptation torturée du bouquin-savonnette de Hunter S. Thompson. Sa prestation en docteur Gonzo est juste imparable, donnant au film son aspect sombre mais hilarant. Un délice, jusque dans ses travers too much façon Gilliam.

CHE - 2ÈME PARTIE : GUERILLA

C'est beau. Mais c'est chiant. Mais c'est beau. Guerilla nous fait entrer dans une spirale d'impressions un poil plus contrastées que L'Argentin, appliquant les mêmes principes tout en se faisant plus contemplatif. Définitivement, Che n'a rien d'un biopic (pas plus que d'une hagiographie, comme le titre la critique de Libération) ; il faudrait d'ailleurs revoir le film, chronomètre en main, afin de comptabiliser la durée d'apparition à l'écran de Benicio del Toro. Une bonne heure, tout au plus. Car Soderbergh entend surtout raconter cette guerilla-là, ou plutôt la guerilla en particulier, et se concentre davantage sur sa mise en place à différents niveaux que sur le charisme de son leader.
C'est peut-être là, d'ailleurs, que Guerilla se fait moins hypnotique que son prédécesseur : en se montrant légèrement plus explicatif, disséquant certains mécanismes à la manière d'un Traffic minimaliste. Chaque fois que le film se réfugie dans les salles de réception du président bolivien ou dans tout autre endroit un peu plus confortable que la forêt, cela provoque d'inévitables sautes de rythme ou d'intensité. À vrai dire, on serait bien resté dans le maquis deux heures durant, à guetter toute opportunité ou offensive ennemie, adoptant intégralement le point de vue de personnages réalisant soudain que faire la guerre, c'est avant tout attendre. Il y a presque un côté Tropical malady dans certaines de ces scènes d'une beauté féroce mais apaisante, par la façon dont Soderbergh initie la communion de ces hommes avec la nature.
Plus encore que dans le premier volet, les fans de Guevara en seront pour leurs frais : globalement, on n'y apprend absolument rien sur lui, et Guerilla va même plus loin que L'Argentin en évitant même de le montrer comme un héros ou un sage. C'est un leader pas idiot, pas un magicien ni un surhomme. Tout juste son activité de médecin lui confère-t-elle une aura légèrement supérieure. Mais du début à la fin, y compris lorsqu'il filme sa mort, Soderbergh s'attache à ne pas en faire une icône, à montrer que le Che est à la fois beaucoup plus qu'une photo pour t-shirts et beaucoup moins qu'un dieu. Pari osé mais réussi pour ce film d'une beauté folle (même quand Steven sort ses traditionnels filtres colorés) qui clôt un diptyque singulier et courageux.
7/10

12 janv. 2009

CHE - 1ÈRE PARTIE : L'ARGENTIN

On ne sait plus trop s'il faut dire de Steven Soderbergh qu'il aime multiplier les expériences fondamentalement différentes ou si c'est juste un type incohérent et opportuniste. Sa filmo part dans tellement de directions qu'au fil des années il est devenu parfaitement impossible d'évoquer son style ou ses thèmes de prédilection. Il convient donc de parler de ses films comme des oeuvres uniques, sans chercher à les relier à sa filmographie. Par conséquent, il semble suffisant d'affirmer que cette première partie du diptyque Che est juste un très bon film, intense et pénétrant, atypique et frappé du sceau de l'intelligence.
Le choix du titre Che était inévitable mais pas vraiment à propos : il ne s'agit pas d'un biopic du révolutionnaire, pas plus que d'un portrait, mais d'un film centré tout entier sur la révolution. Où elle trouve sa source, comment elle se développe, comment elle est perçus par ceux qui la font et ceux qui la vivent. Premier acteur et observateur : Ernesto "Che" Guevara, médecin argentin, que Soderbergh a choisi de désacraliser sans pour autant s'attaquer à lui. Que voit-on de cet homme ? Qu'il attache une énorme importance aux principes, à l'instruction et aux relations humaines. Point final. Les faits importent peu au réalisateur, qui multiplie les ellipses et relate peu d'évènements précis pour mieux s'attacher au ressenti et à l'énonciation de vérités fortes sur la révolution. On nage quelque part entre Last days (pour le détournement d'un mythe au service d'une approche naturaliste) et Gomorra (pour le refus des stéréotypes et de la grandiloquence).
Car la révolution selon le Che n'a rien de réellement passionnant. Elle est essentiellement faite d'attente, de tours de garde, de rigueur et de déceptions. Ce n'est pas un déferlement incessant de fusillades, d'aventures échevelées et de montées d'adrénaline. Guevara est porté par l'amour, comme il l'affirme dans le film, et par une idéologie, qu'il ne martèle pas à tout bout de champ mais qu'on sent présente à chaque instant, et toujours plus importante que les stratégies militaires. D'où un film au rythme très étrange, qui pourrait être ennuyeux mais qui parvient à se faire hypnotique. Deux heures durant, on fait corps avec le Che, excellemment incarné par un Benicio del Toro qui n'a pas volé son prix cannois. Quand il finit par quitter la ville de Santa Clara au terme d'une victoire éclatante, on le laisse le coeur serré à l'idée de ne le retrouver que trois semaines plus tard, dans un Guerilla qui s'annonce explosif.
8/10

(autre critique sur Les critiques clunysiennes)

20 févr. 2008

NOS SOUVENIRS BRÛLÉS

Il est toujours un peu effrayant de voir des cinéastes qu'on aime quitter leur pays natal et débarquer aux États-Unis pour tenter d'élargir leur audience. Ce genre d'évènement constitue un test particulièrement casse-gueule, qui a le mérite de permettre une distinction aisée entre les tocards ne faisant plus guère illusion une fois hors de chez eux (dernier exemple en date : Wong Kar-wai) et les cinéastes incorruptibles et inatteignables (par exemple Bent Hamer). Réalisatrice danoise de grand talent, Susanne Bier obtient aisément son ticket pour la deuxième catégorie, offrant avec Nos souvenirs brûlés un drame plein et poignant qui ne dépare pas à côté de ses précédentes oeuvres.
Une fois encore, Susanne Bier explore avec tact sa figure favorite : le triangle. La grande première de Nos souvenirs brûlés, c'est que cette figure géométrique est mise à mal de deux manières. D'abord, l'un des trois protagonistes est décédé, n'apparaissant que lors de flashbacks disséminés de façon irrégulière dans le film ; ensuite, et surtout, on ne peut pas réellement parler de triangle amoureux. Si la relation entre la veuve éplorée et le meilleur ami du défunt ne demande qu'à évoluer et constitue le noyau du film, il n'est pas dit qu'elle se transforme en une simple histoire d'amour et de deuil. Nos souvenirs brûlés, c'est l'histoire d'une reconstruction commune, celle de deux êtres blessés par cette disparition impromptue et par d'autres zones d'ombre. Bien dirigée, Halle Berry trouve ici son meilleur rôle, succédant à merveille à quelques actrices danoises plus ou moins connues mais toutes aussi talentueuses (notamment Connie Nielsen). Quant à Benicio del Toro, il prête idéalement son faciès pas commun à un personnage difficile parce que très plombant sur le papier.
Nos souvenirs brûlés marque pour Susanne Bier un vrai retour à la simplicité qui fit la réussite de ses meilleurs films, elle dont les scénarios tirés à quatre épingle tirent parfois un tout petit peu trop sur la corde du mélodrame. Cette sobriété exemplaire est à la fois l'atout numéro un et le facteur qui limite la portée d'un film à la sortie confidentielle : deux heures de long-métrage sans réel rebondissement, c'est difficile à vendre. Dommage pour une cinéaste qui n'a rien perdu de son intégrité et de son style, et qui parviendra à force de persévérance à séduire le plus grand nombre tout en préservant la qualité fragile de son univers.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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