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30 janv. 2009

CHE - 2ÈME PARTIE : GUERILLA

C'est beau. Mais c'est chiant. Mais c'est beau. Guerilla nous fait entrer dans une spirale d'impressions un poil plus contrastées que L'Argentin, appliquant les mêmes principes tout en se faisant plus contemplatif. Définitivement, Che n'a rien d'un biopic (pas plus que d'une hagiographie, comme le titre la critique de Libération) ; il faudrait d'ailleurs revoir le film, chronomètre en main, afin de comptabiliser la durée d'apparition à l'écran de Benicio del Toro. Une bonne heure, tout au plus. Car Soderbergh entend surtout raconter cette guerilla-là, ou plutôt la guerilla en particulier, et se concentre davantage sur sa mise en place à différents niveaux que sur le charisme de son leader.
C'est peut-être là, d'ailleurs, que Guerilla se fait moins hypnotique que son prédécesseur : en se montrant légèrement plus explicatif, disséquant certains mécanismes à la manière d'un Traffic minimaliste. Chaque fois que le film se réfugie dans les salles de réception du président bolivien ou dans tout autre endroit un peu plus confortable que la forêt, cela provoque d'inévitables sautes de rythme ou d'intensité. À vrai dire, on serait bien resté dans le maquis deux heures durant, à guetter toute opportunité ou offensive ennemie, adoptant intégralement le point de vue de personnages réalisant soudain que faire la guerre, c'est avant tout attendre. Il y a presque un côté Tropical malady dans certaines de ces scènes d'une beauté féroce mais apaisante, par la façon dont Soderbergh initie la communion de ces hommes avec la nature.
Plus encore que dans le premier volet, les fans de Guevara en seront pour leurs frais : globalement, on n'y apprend absolument rien sur lui, et Guerilla va même plus loin que L'Argentin en évitant même de le montrer comme un héros ou un sage. C'est un leader pas idiot, pas un magicien ni un surhomme. Tout juste son activité de médecin lui confère-t-elle une aura légèrement supérieure. Mais du début à la fin, y compris lorsqu'il filme sa mort, Soderbergh s'attache à ne pas en faire une icône, à montrer que le Che est à la fois beaucoup plus qu'une photo pour t-shirts et beaucoup moins qu'un dieu. Pari osé mais réussi pour ce film d'une beauté folle (même quand Steven sort ses traditionnels filtres colorés) qui clôt un diptyque singulier et courageux.
7/10

6 mai 2008

G.A.L.

Après Patriiiick Bruel dans El lobo, c'est à José Garcia d'aller tourner en Espagne avec Miguel Courtois, pour un film réarrangeant à la manière d'un polar des évènements qui ont meurtri le pays tout au long des années 80. Oeuvre militante, G.A.L. dénonce la bêtise qui poussa certains hauts dirigeants politiques à faire subir la loi du talion aux membres de l'ETA, en allant fusiller ou faire exploser les terroristes présumés. « On n'arrêtera de les tuer les gens de l'ETA que lorsqu'ils auront arrêté de nous tuer », entend-on de la bouche même d'un ministre espagnol. Un constat édifiant de la mauvaise gestion d'une crise qui n'a fait que renforcer les tensions et les méfiances.
En choisissant l'option de l'enquête journalistique pour exposer des faits étirés sur une quinzaine d'années, Courtois livre un petit polar sec et plutôt cohérent, qui fait évidemment penser aux Hommes du président, le monument d'Alan J. Pakula. Au petit jeu des comparaisons, il va sans dire que G.A.L. sort perdant. On ne se passionne jamais vraiment pour cette affaire, et les deux personnages de journalistes restent assez lisses malgré l'excellent duo Natalia Verbeke - José Garcia. Ce dernier prouve une nouvelle fois qu'il a totalement sa place dans des films dits "sérieux".
C'est en fait lorsque le personnage de Jordi Mollà prend davantage d'importance que le film se fait plus agréable. Cet Ariza, politicard véreux et excessif (du genre à faire passer Berlusconi pour le mime Marceau), est sans conteste la grande réussite de G.A.L., donnant au film un petit côté grand guignol assez inattendu mais très rafraîchissant, bonne alternative à la lourdeur du sujet. Reste que Courtois passe un peu à côté de la principale question qu'aurait dû soulever le film, c'est-à-dire comment combattre des terroristes sans tomber aussi bas qu'eux. À peine effleurée, cette interrogation contribue à faire de G.A.L. un film un peu frustrant, qu'on aurait voulu moins pédagogique et plus rentre-dedans.
5/10
(également publié sur Écran Large)

26 déc. 2007

ELIZABETH : L'ÂGE D'OR

On a parfaitement le droit d'aimer un film pour de mauvaises raisons. Pas sûr que Shekhar Kapur ait réalisé Elizabeth : l'âge d'or dans ce but, mais son film est un délicieux cours de vulgarisation historique, ornementé de 1001 breloques et kitscheries en tous genres. Et c'est merveilleux. Voilà un film à ne surtout pas conseiller aux amoureux de l'Histoire, la vraie, la sublime, avec ses cargaisons de dates, de faits, de détails importants. Le film de Kapur touchera surtout ceux qui ont toujours eu du mal à avoir la moyenne en histoire-géo et qui souhaitent un cours intensif pour mieux connaître l'Angleterre du XVIème siècle. Peu adepte de la nuance, il force le trait afin que l'on reconnaisse d'emblée les espagnols, les russes, les anglais. Ça semblerait presque fin face à la façon dont il traitait les français dans Elizabeth il y a dix ans de cela (Vincent Cassel en grand folle, et Eric Cantona en début de reconversion, c'était quelque chose).
Ce cours d'histoire express séduit par la démesure dont il fait preuve. Les acteurs jouent de façon théâtrale, mais le font plutôt bien ; les décors, les monologues, les costumes, tout est absolument excessif, et c'est formidable. Cate Blanchett a parfaitement compris le principe et surjoue juste comme il faut une Elizabeth aux deux visages : la monarque sans coeur uniquement préoccupée par le destin de son Angleterre chérie, et la femme fragile, tombée subitement amoureuse d'un aventurier qui passait par là. Celui-ci est interprété par Clive Owen, qui se régale dans le rôle du beau gosse, multipliant oeillades et courbettes en étant parfaitement consciet de son sex-appeal. À la fin, le voir gagner une bataille maritime contre les espagnols à lui tout seul est proprement joussif : on est a priori dans un film historique, mais Owen noue la joue Jack Sparrow.
Alors oui, c'est certain, si Kapur voulait faire du Chéreau ou du Kubrick, c'est extrêmement raté ; en revanche, à condition d'y aller décontracté et sans autre exigence que d'absorber de la culture de masse et d'en prendre plein les yeux pendant quasiment deux heures, Elizabeth : l'âge d'or est un spectacle faramineux.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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