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12 janv. 2009

CHE - 1ÈRE PARTIE : L'ARGENTIN

On ne sait plus trop s'il faut dire de Steven Soderbergh qu'il aime multiplier les expériences fondamentalement différentes ou si c'est juste un type incohérent et opportuniste. Sa filmo part dans tellement de directions qu'au fil des années il est devenu parfaitement impossible d'évoquer son style ou ses thèmes de prédilection. Il convient donc de parler de ses films comme des oeuvres uniques, sans chercher à les relier à sa filmographie. Par conséquent, il semble suffisant d'affirmer que cette première partie du diptyque Che est juste un très bon film, intense et pénétrant, atypique et frappé du sceau de l'intelligence.
Le choix du titre Che était inévitable mais pas vraiment à propos : il ne s'agit pas d'un biopic du révolutionnaire, pas plus que d'un portrait, mais d'un film centré tout entier sur la révolution. Où elle trouve sa source, comment elle se développe, comment elle est perçus par ceux qui la font et ceux qui la vivent. Premier acteur et observateur : Ernesto "Che" Guevara, médecin argentin, que Soderbergh a choisi de désacraliser sans pour autant s'attaquer à lui. Que voit-on de cet homme ? Qu'il attache une énorme importance aux principes, à l'instruction et aux relations humaines. Point final. Les faits importent peu au réalisateur, qui multiplie les ellipses et relate peu d'évènements précis pour mieux s'attacher au ressenti et à l'énonciation de vérités fortes sur la révolution. On nage quelque part entre Last days (pour le détournement d'un mythe au service d'une approche naturaliste) et Gomorra (pour le refus des stéréotypes et de la grandiloquence).
Car la révolution selon le Che n'a rien de réellement passionnant. Elle est essentiellement faite d'attente, de tours de garde, de rigueur et de déceptions. Ce n'est pas un déferlement incessant de fusillades, d'aventures échevelées et de montées d'adrénaline. Guevara est porté par l'amour, comme il l'affirme dans le film, et par une idéologie, qu'il ne martèle pas à tout bout de champ mais qu'on sent présente à chaque instant, et toujours plus importante que les stratégies militaires. D'où un film au rythme très étrange, qui pourrait être ennuyeux mais qui parvient à se faire hypnotique. Deux heures durant, on fait corps avec le Che, excellemment incarné par un Benicio del Toro qui n'a pas volé son prix cannois. Quand il finit par quitter la ville de Santa Clara au terme d'une victoire éclatante, on le laisse le coeur serré à l'idée de ne le retrouver que trois semaines plus tard, dans un Guerilla qui s'annonce explosif.
8/10

(autre critique sur Les critiques clunysiennes)

26 avr. 2007

LOVE (ET SES PETITS DÉSASTRES)

Love (et ses petits désastres), c'est d'abord une affiche. Au-dessus d'un titre français pour le moins indigent, une ravissante paire de jambes, sans doute ultra retouchée par la grâce du numérique, et au bout une femme pour le moins intrigante (et pas moins retouchée, sans doute). Après avoir beaucoup joué les ados à problèmes, Brittany Murphy revient transformée, femme en diable, grimée comme Audrey Hepburn (son personnage adore Breakfast at Tiffany's), du talent en moins, de la friponnerie en plus. Dans Love (et ses petits désastres), Brittany joue Jacks (c'est un surnom), maaaaagnifique jeune femme qui voit des gays partout. Tant et si bien qu'en la présence d'hommes homosexuels (ou supposés), elle n'hésite pas à se mettre à l'aise. S'asseoir nue sur un tabouret de bar pour consulter innocemment un livre de cuisine ; aller ouvrir la porte en très petite tenue ; prendre son bain devant le visiteur ; danser un tango très très chaud avec lui... Le spectateur mâle est aux anges, et se moque un peu du quiproquo qui se met laborieusement en place (l'hidalgo gay qui devient l'un de ses meilleurs amis est en fait plus hétéro qu'hétéro). L'important, c'est Brittany. Brittany en robe de soirée, longs cils et robe élégante (elle a fait du chemin, la semi-pute de 8 mile). Brittany en jogging. Brittany en mini-jupe. Brittany et ses dessous échancrés. Brittany qui sourit. Brittany qui fait la moue. Brittany la classe. C'est la grande surprise du film : la demoiselle n'est pas que jolie à regarder, elle possède également un vrai charisme. On se contrefout alors totalement du scénario, qui n'est pourtant pas si idiot : passé le quiproquo principal et un peu lourdingue certes, Alek Keshishian offre une relecture de certains passages obligés du genre comédie romantique. Amusante mise en abyme (l'un des héros finira par écrire un livre à propos de toute cette histoire, qui deviendra vite un film guimauve avec Gwyneth Paltrow), piques sur le cinéma d'auteur... Moins affreux que le titre le laissait supposer, le scénario de Love n'est juste pas assez puissant pour ne pas être éclipsé par cette fille qui a du chien, Brittany Murphy (au cas où vous n'auriez pas retenu son nom), qu'on aura peut-être envie de baffer à nouveau dans un prochain film, mais qui ici ne peut que laisser songeur. Gasp.
5/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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