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16 juin 2009

LASCARS

Avant même l'avènement du téléchargement (illégal ou non), les épisodes de la série Lascars furent parmi les premiers à s'échanger sur support numérique et sous le manteau. Je vous parle d'un temps que les moins de 30 ans ne peuvent que connaître : difficile pour qui n'a pas vécu son adolescence reclus et solitaire d'avoir échappé aux fameux Baston de regard ou La drogue c'est de la merde. Toute la jeunesse pouvait se reconnaître dans ce programme court d'animation, qui même s'il décrivait principalement la vie d'habitants d'une cité, évitait toute ghettoïsation en s'intéressant avant tout aux étapes importantes et inévitables de la vie d'ado (surtout mâle). Vocabulaire, attitudes, aspirations : rien n'était laissé au hasard.
Des années plus tard, Lascars le film est emprunt de la même modernité (réactualisée) et de la même envie de montrer le djeunz tel qu'il est - c'est-à-dire souvent médiocre et irresponsable - mais aussi de lui rendre hommage. Échappant à toute diabolisation mais ne versant pas non plus dans l'angélisme, Lascars est avant tout une bonne tranche de rigolade, une aventure rythmée et emballante dans laquelle chacun pourra trouver son compte. Très street, l'esthétique est particulièrement réussie, piochant dans les atouts de la 3D tout en respectant parfaitement les origines de la série, à savoir une 2D modeste, étrangement colorée, simple et efficace afin de privilégier gags et situations. C'est très réussi : on ne perd pas son temps à s'ébahir - et il y aurait de quoi - car le style n'est pas la finalité du film.
S'il demeure quelques réminiscences de la série, Lascars bénéficie d'un scénario original et bien construit, qui a le mérite de ne pas reprendre les bonnes vieilles recettes des meilleurs épisodes. Ce n'est pas une succession de sketches, mais un vrai long-métrage, avec une histoire qui tient la route et une construction façon film choral où tous les personnages finissent par se retrouver à la fin. Un final totalement décoiffant, qui clôt l'ensemble sur une note totalement enthousiasmante. Tout ce qui précède était déjà très emballant, malgré quelques légères baisses de rythme : bénéficiant d'identités vocales fortes (le doublage est globalement excellent), les personnages sont attachants, faciles à cerner sans être trop schématiques, et surtout d'une drôlerie à toute épreuve. Bons mots façon banlieue - mieux vaut connaître quelques rudiments de verlan et d'argot - et situations cocasses sont à la base de ce divertissement formidable, qui prouve que l'animation française et l'humour de banlieue ne sont pas des gros mots. Condé-sur-Ginette, cent minutes d'arrêt.




Lascars d'Albert Pereira-Lazaro & Manu Klotz. 1h36. Sortie : 17/06/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

15 juin 2009

JE VAIS TE MANQUER

Le film choral est décidément un genre à prendre avec des pincettes, surtout lorsque le scénario peut se résumer à « c'est l'histoire de personnages qui se croisent à l'aéroport ». Le lieu est en effet la seule unité de Je vais te manquer, premier film d'Amanda Sthers, qui semble avoir choisi la facilité pour ses grands débuts au cinéma. Si on peine à comprendre le véritable intérêt de l'ensemble, on peine également à trouver un quelconque plaisir, même bêtement immédiat devant ce film décousu et hétéroclite. Mêler farce, comédie romantique et drame au coeur d'une même oeuvre avait quelque chose de casse-gueule, et Sthers se plante effectivement en beauté, mixant ensemble des histoires aux tons bien différents mais à d'une banalité permanente.
Chaque histoire, chaque personnage relève de l'archétype et est traité comme tel : l'écrivain misanthrope et sans inspiration (qui, rassurez-vous, finira par montrer qu'il a un coeur), le méchant flic fan de 24 et très raciste (bah oui, sa femme est partie avec un arabe), la célibataire désespérée, le père célibataire désespéré lui aussi (devinez comment finiront ces deux-là ?)... S'il y a bien quelques petits moments de tendresse, ils sont davantage dus à la qualité de certains interprètes qu'au contenu du scénario, où des dialogues souvent caricaturaux succèdent à des anecdotes faussement pittoresques. Patrick Mille est plutôt pas mal ; Monique Chaumette et Michael Lonsdale sont touchants ; Cécile Cassel a des yeux magnifiques. C'est à peu près tout.
Il paraît qu'Amanda Sthers, de romans en pièces de théâtre, s'est affirmée comme une artiste à suivre de très près, méritant mieux que sa simple appellation d'« ex de Patrick Bruel » (merci les tabloids). Ce n'est pas ce Je vais te manquer qui lui vaudra de nouveaux fans, tant il est difficile de se passionner pour cet univers lisse et assez banal. Tout n'est pas perdu, d'autant que la mise en scène est relativement correcte ; lui reste à se trouver un style, à arrêter de nous abreuver de musique (la BO est ignoble et empêche parfois de suivre les dialogues) et à mener une vraie introspection afin de déterminer pourquoi diable elle a envie de faire du cinéma. Tel quel, Je vais te manquer ressemble plus à un petit caprice d'écrivain qu'à une réelle entreprise artistique.




Je vais te manquer d'Amanda Sthers. 1h35. Sortie : 10/06/2009.
Autre critique sur In the mood for cinema.

29 juin 2008

SEULS TWO

Eric et Ramzy ont grandi. À la fois film de la maturité et film de l’immaturité, Seuls two est leur bébé à eux, le premier qu’ils portent de bout en bout et dont ils assument pleinement la paternité (mais pas leur premier bon film : rappelons-nous de Steak). Voilà un film placé sous le signe du fantasme : réaliser un film à soi ou kiffer la vibe dans un Paris désert sont deux rêves relativement universels mais probabilistiquement (vive les adverbes inventés) peu réalisables, surtout le deuxième. Messieurs Judor et Bedia ont foncé la tête la première pour exaucer simultanément ces deux souhaits, et en tirent une comédie fort fréquentable, régressive mais pas abêtissante, qu’ils ont eu la bonne idée de ne pas confier à un Gérard Pirès ou à un Philippe Haïm particulièrement peu à l’écoute et incompétents.
La première moitié du film est la meilleure. Parfaitement construite, elle introduit idéalement les deux personnages et leur opposition digne de l’éternel duel entre Guignol et le gendarme. Les vannes fusent, et puis pof !, voilà Blaise et Curtis absolument seuls dans la capitale. Imaginez le pied : pas de zombies comme dans 28 semaines plus tard, pas de menace mystérieuse (pour ceux qui n’ont pas vu le film, en tout cas) dans Je suis une légende. Juste un gigantesque parc d’attractions, en tout cas du point de vue du "méchant" Curtis, qui en exploite pas mal de possibilités, tandis que le trop gentil Blaise reste un peu trop prisonnier de sa condition de représentant de la loi, rechignant à profiter un peu de la situation. Le parallèle entre les conceptions bien différentes des deux hommes est bien mené et permet de constater que même sans l’autre, chacun des deux acteurs est capable d’exister à l’écran et de faire rire.
Il aurait sans doute été lassant d’assister à une heure trente de pures gamineries en roue très libre (quoique). D’où un scénario qui rebondit légèrement en cours de route, donnant un peu de sens à cette histoire de ville désertée et permettant de faire réapparaître d’autres visages que ceux d’Eric & Ramzy. Là, on s’amuse tout de même moins, les situations devenant un peu répétitives et pas toujours bien amenées. Une constatation qui permet de réaliser que si les deux hommes sont de formidables dialoguistes, ils ont encore bien du progrès à faire dans la construction globale et dans l’exploitation comique des situations choisies. Au final, le rire est régulier grâce à de nombreuses répliques hilarantes (dont un paquet de plaisanteries bien racistes qui n’épargnent pas grand monde), mais visuellement il y a encore beaucoup de progrès à faire. Malgré une mise en scène assez chouette (en dépit de contraintes gigantesques pour réussir à vider Paris sans effets numériques), Eric & Ramzy ne sont pas encore de grands auteurs-réalisateurs comiques, mais ne sont pour l’instant "que" des humoristes capables de faire des films rigolos. C’est tout de même extrêmement encourageant.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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