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5 mai 2008

DEUX JOURS À TUER

Antoine a tout pour être heureux. Une belle femme qui l'aime, deux enfants adorables, un travail qui rapporte, une belle et grande maison. Mais attention, Antoine est un gros rebelle, et il va dire merde à son job, merde à sa famille, merde à ses amis. Pour aller pêcher à la mouche et se retrouver un peu avec lui-même, merde quoi c'est vrai. Deux jours à tuer est donc une sorte d'Into the wild version béret-baguette, un monument de subversion pour personnes du quatrième âge, un surréaliste navet faisant passer les précédents films de Jean Becker (soit que des publicités géantes pour Saint-Morêt, et souvent même pire) pour de puissants chefs d'oeuvre. Tout y est détestable, sauf ce que Becker voudrait faire passer pour détestable. Tout y est laid, con, creux, puant, à tel point que même le plus méchant des méchants critiques ne pourrait pas rendre hommage à ce film à sa juste valeur.
Ça avait évidemment très peu de chances d'être bon : Jean Becker est sans doute le plus mauvais cinéaste français en activité, voire même le plus dangereux, nourrissant régulièrement les foules d'atmosphères rances et nostalgiques, très travail-famille-patrie, et d'odes à la France qui se lève tôt et ne se plaint pas. On devine qu'il a envisagé Deux jours à tuer comme un contrepied géant, une sorte de doigt d'honneur au monde, une grosse tarte à la crème bien dérangeante tout droit dans le nez des bien-pensants. D'où l'idée lumineuse d'engager Albert Dupontel, acteur-réalisateur autrefois fréquentable, et qui passe désormais son temps à gâcher son talent et à apprendre aux gens (derrière la caméra, sur les plateaux télé et ailleurs) ce qu'est la vraie vie et comment il faut vivre. Cet insupportable donneur de leçons livre une prestation en tous points conforme à ce que souhaitait Becker : ouh qu'il est vulgaire, ouh qu'il est méchant, même qu'il maltraite les femmes et méprise ses enfants (heureusement il est gentil avec les chiens). Qu'on ne s'inquiète pas, la rédemption arrivera bien assez tôt, au terme d'un film heureusement assez court (mais déjà trop long).
"Ça commence comme un Sautet qui dérape et ça continue comme un Becker au mieux de sa forme" : c'est Dupontel qui le dit, au gré d'innombrables séances de promotion et de prêchi-prêcha sur nos vies de con. Il faut vraiment ne rien avoir compris au cinéma pour pouvoir affirmer cela haut et fort et sans honte. Le "dérapage" évoqué par Dupontel atteindra son climax avec une longue scène de dîner au cours de laquelle Becker, se prenant pour Haneke, tentera d'aller toujours plus loin dans le malaise. En fait, c'est plutôt à une exploration du potentiel de consternation du spectateur que se livre le pseudo-cinéaste : mais jusqu'où ira-t-il dans le pathétique, les réflexions creuses, la provoc à deux balles ? Loin, très loin. Le pire, c'est que le dernier quart d'heure du film (très différent mais aussi mauvais, formant un ensemble bien homogène avec la première partie) semblera justifier ce ramassis de conneries auprès des plus influençables. Alors que rien, mais alors rien, ne peut justifier un tel film. Sauf une envie de relancer ces si jolies idées que sont le poujadisme, le retour aux vraies valeurs et autres leitmotivs de Philippe de Villiers et Alain Madelin. Dommage que les notes négatives n'existent pas.
0/10

29 janv. 2008

CORTEX

Fléau semblant se répandre plus que de raison, aux symptômes les plus angoissants qui soient, la maladie d'Alzheimer est un sujet éminemment cinématographique. Côté drame, Zabou Breitman (Se souvenir des belles choses) et Sarah Polley (Loin d'elle) s'y sont essayées, avec un net avantage à la Canadienne. Nicolas Boukhrief n'est pas tout à fait le premier à utiliser Alzheimer comme moteur d'un polar : il y eut notamment, La mémoire du tueur, film imparfait mais fascinant du belge Erik van Looy, et Memento, puzzle s'appuyant également sur un montage allant à rebours de l'ordre chronologique. Comme le personnage incarné par Guy Pearce, dans une version légèrement plus pantouflarde, André Dussollier incarne un ancien flic qui va tenter d'être temporairement plus fort que sa maladie pour parvenir à démonter les rouages d'un crime. Né de la volonté de Boukhrief de travailler en huis-clos et avec ceux que l'on appelle dorénavant des seniors, Cortex est conçu comme un polar délicat (c'est l'auteur qui le dit), jouant avec le suspense du whodunit mais ne gaspillant pas ses forces à coups de scènes d'action inutiles et malvenues.
Première constatation : le réalisateur a visiblement choisi de faire profil bas sur la forme, filmant simplement et calmement les errances et les interrogations de son héros. Elle est loin, la frénésie inquiète de l'impeccable Convoyeur : malgré un sujet pas marrant pour tout le monde, Cortex ne brusque personne. Si l'on peut saluer l'effort du metteur en scène pour s'adapter à son sujet, on peut également railler le manque total d'ambition filmique et de personnalité d'un long-métrage filmé de façon plus qu'ordinaire. Mais après tout, si l'essentiel du film réside dans ce Cluedo en clinique, pourquoi pas. Rien de tel que ce confort routinier pour mettre les neurones à disposition.
Si le rythme n'est pas trépidant, Cortex procure tout de même un certain plaisir immédiat. Il est toujours excitant de se laisser embarquer par un auteur qui semble être le seul à savoir où il va. L'enquête policière au centre du film ne monte pas vraiment en puissance, mais cet encéphalogramme presque plat parvient à vriller les nerfs de façon assez efficace. Seulement voilà : le scénario de Boukhrief et Frédérique Moreau est de ceux où le personnage principal en sait plus que le spectateur. Mais quand celui-ci est atteint de la maladie d'Alzheimer et qu'il est capable de rayer de sa mémoire des indices-clés ou même le nom du coupable, cela devient embêtant. Comment en effet se désoler de voir cet homme oublier des choses si l'on ignore leur importance et leur teneur? Comment se réjouir au final de cette résolution finale arrivant comme un cheveu sur la soupe et qui fait reconsidérer l'ensemble à la baisse?
L'impression finale laissée par Cortex est des plus négatives, tant les intentions de Boukhrief paraissent floues. La conclusion, bâclée et simpliste, laisse entendre qu'il se moque du côté polar ; quant à la pathologie décrite, elle n'est ni traitée de façon frontale, ni exploitée à d'autres fins. De ce monument de frustration émerge une réelle satisfaction, celle de voir André Dussollier jouer enfin autre chose que les gendres idéaux. Dans la peau de ce Charles Boyer (non, pas l'acteur), avec une vingtaine de kilos de moins que ces dernières années, il livre une prestation habitée et tétanisante qui confirme son grand talent de comédien ainsi que celui de Boukhrief en tant que directeur d'acteurs. Pour le reste, ce monument de frustration ne risque certainement pas de convaincre ceux qui attendaient la confirmation d'un Convoyeur qui en avait fait le petit prince du polar français.
5/10

20 sept. 2006

PRÉSIDENT

Bienvenue dans les coulisses du pouvoir. Le président de Lionel Delplanque est un homme pas foncièrement pas mauvais, un type déterminé à offrir un monde meilleur à ses chers compatriotes, mais aussi un être humain contraint de commanditer des actions pas très nettes pour sauver sa carrière et conserver le pouvoir. Président démontre tout cela par A + B : la vie de chef d'état n'est pas un long fleuve tranquille.
Deux films en un : d'une part une comédie du pouvoir, de l'autre un imbroglio politico-judiciaire qui ne laisse personne indemne. C'est clairement ce second aspect qui est le moins réussi : l'enchaînement des scènes est tout sauf naturel et les nombreuses ellipses semblent avoir été choisies de manière à masquer les invraisemblances et les détails pas clairs d'une intrigue fausement compliquée. Comme Delplanque ne semble pas avoir de grand message à délivrer, cette partie du film est rapidement vaine et lassante pour les spectateurs pas dupes. En revanche, le côté comédie du film est assez réussi : le cynisme de certains personnages (en particulier celui de Claude Rich, impeccable) ferait presque penser à du bon Chabrol. De ce point de vue, c'est assez délectable.
Président n'est pas le grand film politique que la France attend depuis des années, le film choc et dénonciateur comme les cinéastes américains savent les faire. Plutôt que de se concentrer sur les dirigeants en place (le premier ministre apparaît environ dix secondes), Delplanque préfère s'intéresser à l'entourage familial de ce président sans nom et sans étiquette maquée. C'est bien dommage, d'autant que les personnages féminins sont assez faibles. Quant à Jérémie Rénier, il finit par ennuyer son monde à force de camper toujours les mêmes personnages, des idéalistes candides qui découvrent comment la vie c'est trop dur. Mais la véritable star du film est évidemment Albert Dupontel, dont la prestation bicéphale (adorable mais glaçant) est une franche réussite, tout juste désamorcée par le fait que dans la vraie vie, Albert se contrefout de la politique (et on se demande donc ce qu'il fout là).
Après l'ignoble Promenons-nous dans les bois, Lionel Delplanque poursuit donc son objectif, celui de dépoussiérer (voire carrément de créer) des genres bizarrement absents dans le cinéma français. D'autant que côté mise en scène, le monsieur assure plutôt bien. Après une tentative complètement ratée de livrer un slasher à la française, puis un essai moyennement réussi de décortiquer les rouages du pouvoir, gageons que son prochain projet (un western? un film fantastique? une comédie musicale?) sera encore plus maîtrisé, donc plus convaincant.
5/10

15 juin 2006

ON VA S'AIMER

Deux couples. Laurent couche avec la copine de François, son meilleur ami. D'où un imbroglio quiproquo-sentimental qui ne fait pas dans le genre neuf. Alors Ivan Calbérac insère par endroits des scènes musicales reprenant des standards, un peu comme dans On connaît la chanson avec des chorégraphies en plus. Sauf que Calbérac n'est pas Resnais. Si On va s'aimer était un disque, ce serait une de ces insupportables compilations en quatre CD avec un titre du genre "Méga Slow volume 4". Bruel, Cocciante, Montagné... rien ne nous est épargné. Et s'il apparaît une évidente volonté de réarranger des titres ô combien éculés, l'orchestration très très amateur fait sombrer chacune des scènes chantées dans le brouhaha pur et simple, avec la musique tonitruante pour couvrir les voix des interprètes. Bref, pour l'originalité, on repassera.
L'aspect musical étant le principal argument de vente du film, on sent déjà qu'On va s'aimer a du plomb dans l'aile. Car niveau comédie romantique, Ivan Calbérac n'est pas non plus Richard Curtis. Enchainement de scènes prévisibles sans singularité, le film déroule tranquillement sa petite intrigue routinière sans que rien ne vienne franchement nosu réveiller. Quelques saillies humoristiques, et surtout l'interprétation des excellents Boisselier et Lellouche, évitent à On va s'aimer de sombrer totalement. On sera plus réservé sur la prestation d'Alexandra Lamy, qui semble avoir du mal à se décoller de son étiquette "Un gars / une fille".
Après le mignonnet mais classique Irène, Ivan Calbérac confirme un profond manque d'ambition et de carrure. S'il se redirigeait vers l'univers du téléfilm?
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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