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25 mars 2008

UN COEUR SIMPLE

Un coeur simple n'est pas franchement le type de projet que l'on attend habituellement d'une jeune réalisatrice. Non pas que le sujet soit dénué d'intérêt, mais les nouveaux venus sont souvent plus motivés par la possibilité de développer leur propre univers que par la perspective d'adapter un classique qui possède certes une vraie personnalité, mais dont la connotation un peu scolaire (c'est un livre très étudié au lycée) ne provoque aucune excitation chez le spectateur.
Il faut cependant reconnaître le travail acharné de Marion Laine sur le scénario. Le mot "adaptation" n'est pas galvaudé : Un coeur simple ne consiste pas en une simple mise en image, mais démonte et réajuste les mécanismes de l'oeuvre de Flaubert pour mieux en saisir l'essence et la restituer sur grand écran. L'ambition de l'auteur semble malheureusement avoir pris le pas sur le travail de la réalisatrice. Jouant la carte de la simplicité, la mise en scène tombe souvent dans l'académisme le plus total, les seuls tentatives de Laine résidant dans ces quelques ralentis qui sentent le cliché et le mauvais téléfilm. La direction d'acteurs ne vaut pas vraiment mieux : Sandrine Bonnaire et Marina Foïs jouent pleinement la carte du misérabilisme, semblant s'appliquer davantage à creuser leurs joues pour apitoyer la salle qu'à transcender les situations.
Il y a pourtant de très beaux moments, notamment au milieu du film, lorsque la méchanceté et l'aigreur des personnages prend le pas sur des intentions souvent trop visibles. Là, la noirceur de l'univers de Flaubert fascine. Un coeur simple finit malheureusement par tomber dans l'excès et l'hystérie. Le destin funeste des deux héroïnes laisse totalement indifférent. Reste que la satire sociale vacharde et brutale de Flaubert n'a rien perdu de sa force ; mais pour l'apprécier pleinement, rien n'empêche de se contenter du bouquin.
4/10

28 sept. 2006

LES AMITIÉS MALÉFIQUES

Nombriliste, le cinéma d'auteur français? Sans doute. Mais ces Amitiés maléfiques, elles, jouent dans un autre registre. Les héros du film d'Emmanuel Bourdieu ont beau être étudiants à la Sorbonne et se demander qui va bien pouvoir diriger leur mémoire, il s'agit ici de tout autre chose. Un film de grands garçons. un film d'adultes. Qui va bien au-delà du couplet "jeunes intellos cherchent quoi faire de leur vie".
Les amitiés maléfiques est d'abord un film sur le vampirisme. Le Dracula de Bourdieu s'appelle André, personnalité forte et influente, culture encyclopédique, énonçant des vérités qui devraient être discutables mais qui, dans sa bouche à lui, se révèlent incontestables. Outre les banalités énoncées comme des faits indéniables ("seul le café sucré a un intérêt"), André est un féroce opposant de l'écriture pour tous. Selon lui, il faut avoir le courage de ne pas écrire, et l'art de la plume doit être réservé aux seuls génies. Ce qu'André tente d'imprimer au burin dans les crânes de ses jeunes condisciples (cons disciples?), Alexandre et Eloi. Le trio devient vite inséparable, mais totalement déséquilibré par la domination de l'un. C'est à la fois pervers et délicieux, ironique et inquiétant.
Bourdieu aurait pu faire voguer son film au seul rythme de cette amitié plus maléfique qu'il n'y paraît. Mais, finalement, son propos n'est pas là, et la deuxième partie du film offre un rebondissement discret mais surprenant. Les amitiés malégfiques montre que l'étonnant pouvoir de la parole n'est qu'un miroir aux alouettes. Et lorsque les masques tombent, quand les beaux parleurs révèlent leur vraie nature, un monde s'écroule. Tout cela amené avec délicatesse, loin des clichés du cinéma parisianiste narcissique et outrageusement littéraire. Bourdieu évite avec classe les pièges créés par son sujet : Les amitiés maléfiques ne finira ni en thriller sur fond de jalousie ambiante (à part une gentille petite claque dans la gueule, la seule violence est ici celle des mots) ni en pensum philosophique à la Desplechin (genre fort appréciable pour peu qu'il soit bien exécuté, mais qui aurait donné une impression de déjà-vu). Un scénario rigoureux et un sensationnel trio d'acteurs (on ne citera que Thibaut Vinçon, fascinant et inquiétant tant par son physique que par son phrasé) achèvent de faire des Amitiés maléfiques un objet vraiment singulier, un deuxième long métrage qui frappe fort et qui laisse augurer du meilleur pour la suite.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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