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25 août 2008

LA FILLE DE MONACO

Et alors, elle est comment Louise Bourgoin ? Très bien, très bien. Elle joue à merveille la fausse cagole jouant de sa plastique pour arriver à ses fins. Voilà une actrice prometteuse, à condition de ne pas être cantonnée à un seul type de rôle (souhaitons-lui de pouvoir jouer autre chose que des miss météo).
Ce point crucial évacué, parlons donc de La fille de Monaco, qui passerait presque au second plan derrière le tapage médiatique réalisé autour de la demoiselle depuis qu'elle a investi les plateaux de Michel Denisot et fait ses débuts sur grand écran. On reconnaîtrait entre mille le style de la fascinante Anne Fontaine, qui rate ses oeuvres plus souvent qu'elle ne les réussit mais parvient toujours à captiver jusqu'au bout, comme un funambule pouvant se casser la margoulette à chaque seconde. Comme plusieurs de ses oeuvres précédentes, elle livre un film dont la première heure ressemble à une gigantesque scène d'exposition, avant d'en expédier la conclusion, visiblement apeurée à l'idée de faire un film de plus d'une heure trente. On s'attache à ces personnages, on les comprend, on les désire (enfin, pas tous), et on les lâche juste quand ils commençaient à dévoiler tout leur potentiel. D'où une impression de frustration face à ce film ni mauvais ni détestable mais qui passe une fois encore à côté de son sujet.
Il y avait pourtant une vraie perversité dans la description de ce triangle "amoureux" où le grand avocat tombe sous le charme d'une donzelle que fréquenta jadis son chauffeur. Manipulation et jalousie sont au programme, mais ne sont jamais vraiment concrétisés (sauf à la fin, trop facile et surtout trop attendue car déjà vue plusieurs fois chez Fontaine). Restent les prestations de Luchini, ni dans la caricature ni dans le contre-emploi, et du toujours impec Roschdy Zem, grand acteur qui ne fait pas de bruit mais s'impose un peu plus à chaque apparition. Quant à mademoiselle Bourgoin, puisqu'on ne parle que d'elle, elle est le révélateur d'un film dont les dialogues sont bien troussés mais tournent rapidement en rond : tout spectateur bassement attiré par les femmes finira par se concentrer sur sa splendide paire de guiboles plutôt que sur ce qui se dit. On sort du film un peu émoustillé mais pas vraiment rassasié.
5/10

28 sept. 2006

LES AMITIÉS MALÉFIQUES

Nombriliste, le cinéma d'auteur français? Sans doute. Mais ces Amitiés maléfiques, elles, jouent dans un autre registre. Les héros du film d'Emmanuel Bourdieu ont beau être étudiants à la Sorbonne et se demander qui va bien pouvoir diriger leur mémoire, il s'agit ici de tout autre chose. Un film de grands garçons. un film d'adultes. Qui va bien au-delà du couplet "jeunes intellos cherchent quoi faire de leur vie".
Les amitiés maléfiques est d'abord un film sur le vampirisme. Le Dracula de Bourdieu s'appelle André, personnalité forte et influente, culture encyclopédique, énonçant des vérités qui devraient être discutables mais qui, dans sa bouche à lui, se révèlent incontestables. Outre les banalités énoncées comme des faits indéniables ("seul le café sucré a un intérêt"), André est un féroce opposant de l'écriture pour tous. Selon lui, il faut avoir le courage de ne pas écrire, et l'art de la plume doit être réservé aux seuls génies. Ce qu'André tente d'imprimer au burin dans les crânes de ses jeunes condisciples (cons disciples?), Alexandre et Eloi. Le trio devient vite inséparable, mais totalement déséquilibré par la domination de l'un. C'est à la fois pervers et délicieux, ironique et inquiétant.
Bourdieu aurait pu faire voguer son film au seul rythme de cette amitié plus maléfique qu'il n'y paraît. Mais, finalement, son propos n'est pas là, et la deuxième partie du film offre un rebondissement discret mais surprenant. Les amitiés malégfiques montre que l'étonnant pouvoir de la parole n'est qu'un miroir aux alouettes. Et lorsque les masques tombent, quand les beaux parleurs révèlent leur vraie nature, un monde s'écroule. Tout cela amené avec délicatesse, loin des clichés du cinéma parisianiste narcissique et outrageusement littéraire. Bourdieu évite avec classe les pièges créés par son sujet : Les amitiés maléfiques ne finira ni en thriller sur fond de jalousie ambiante (à part une gentille petite claque dans la gueule, la seule violence est ici celle des mots) ni en pensum philosophique à la Desplechin (genre fort appréciable pour peu qu'il soit bien exécuté, mais qui aurait donné une impression de déjà-vu). Un scénario rigoureux et un sensationnel trio d'acteurs (on ne citera que Thibaut Vinçon, fascinant et inquiétant tant par son physique que par son phrasé) achèvent de faire des Amitiés maléfiques un objet vraiment singulier, un deuxième long métrage qui frappe fort et qui laisse augurer du meilleur pour la suite.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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