Top 5 des films de Michael Haneke
Le film qui a véritablement fait connaître Haneke est aussi le plus choc, le genre d'oeuvre qui vous marque à vie, qu'elle vous fascine ou vous fasse gerber. Le cinéaste autrichien y exerce ouvertement une manipulation du spectateur, régulièrement pris à parti face caméra. Est-il normal qu'il prenne plaisir devant cette histoire de la séquestration froide et méchante d'une famille modèle ? Pourquoi souhaite-t-il regarder un tel film jusqu'au bout ? Doit-il s'offusquer ou se réjouir de l'issue tragique donnée à cette histoire ? Autant de questions sans réponses, posées avec malice et perversité pour cet exercice de style de très haute volée.
Au-delà du concept (tenter d'expliquer une tuerie en enchaînant des fragments de vie apparemment ordinaires), le troisième film de Michael Haneke est une oeuvre d'art allant au-delà du cinéma, et ressemblant à certaines installations d'art moderne. Ce bout-à-bout de tranches de vie, parfois dépourvues de sens (en apparence), parfois terrifiantes dans leur exécution (tétanisante partie de ping-pong), accouche au final d'une réflexion ouverte sur ce qui peut pousser les hommes à se détruire. Époustouflant.
Maintes fois copié depuis, l'aspect glaçant de Benny's video est le principal atout de ce film sur un ado apparemment comme les autres, que sa fascination pour la vidéo pousse à se rendre coupable d'un meurtre qu'il filmera avec soin. Ce portrait d'un assassin ordinaire, victime d'une société froide et bridée par les conventions, est transcendé par le traitement chirurgical de cet autrichien dérangé.
Au sein de la période française de Haneke, mise entre parenthèses pour le tournage du Ruban blanc, Caché apparaît avec le recul comme une pièce maîtresse, une dissection dérangeante des mécanismes de la culpabilité. Rongé par le mystère, construit comme un polar, c'est un film fort, au sein duquel émerge l'une des scènes les plus éprouvantes de la carrière riche en sensations du cinéaste : un suicide en plan fixe, effroyable et inattendu.
Dès ses débuts, Haneke annonçait la couleur en refusant la facilité. Tout à fait sinistre, froid comme la mort, il prend tout son temps pour dépeindre le quotidien d'une famille ayant « tout pour être heureuse » comme l'affirme cette expression si dépourvue de sens. Une structure familiale a priori saine et une existence loin de la misère n'empêcheront pourtant pas leur vie de tourner au fait divers sordide et sanglant, pas tout à fait explicable donc encore plus terrible à vivre.