Affichage des articles dont le libellé est Michael Haneke. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michael Haneke. Afficher tous les articles

23 oct. 2009

Top 5 : Michael Haneke

Cette semaine, Michael Haneke s'installe au village des damnés dans Le ruban blanc.




Top 5 des films de Michael Haneke

01. Funny games (1997)
Le film qui a véritablement fait connaître Haneke est aussi le plus choc, le genre d'oeuvre qui vous marque à vie, qu'elle vous fascine ou vous fasse gerber. Le cinéaste autrichien y exerce ouvertement une manipulation du spectateur, régulièrement pris à parti face caméra. Est-il normal qu'il prenne plaisir devant cette histoire de la séquestration froide et méchante d'une famille modèle ? Pourquoi souhaite-t-il regarder un tel film jusqu'au bout ? Doit-il s'offusquer ou se réjouir de l'issue tragique donnée à cette histoire ? Autant de questions sans réponses, posées avec malice et perversité pour cet exercice de style de très haute volée.


02. 71 fragments d'une chronologie du hasard (1995)
Au-delà du concept (tenter d'expliquer une tuerie en enchaînant des fragments de vie apparemment ordinaires), le troisième film de Michael Haneke est une oeuvre d'art allant au-delà du cinéma, et ressemblant à certaines installations d'art moderne. Ce bout-à-bout de tranches de vie, parfois dépourvues de sens (en apparence), parfois terrifiantes dans leur exécution (tétanisante partie de ping-pong), accouche au final d'une réflexion ouverte sur ce qui peut pousser les hommes à se détruire. Époustouflant.


03. Benny's video (1992)
Maintes fois copié depuis, l'aspect glaçant de Benny's video est le principal atout de ce film sur un ado apparemment comme les autres, que sa fascination pour la vidéo pousse à se rendre coupable d'un meurtre qu'il filmera avec soin. Ce portrait d'un assassin ordinaire, victime d'une société froide et bridée par les conventions, est transcendé par le traitement chirurgical de cet autrichien dérangé.



04. Caché (2005)
Au sein de la période française de Haneke, mise entre parenthèses pour le tournage du Ruban blanc, Caché apparaît avec le recul comme une pièce maîtresse, une dissection dérangeante des mécanismes de la culpabilité. Rongé par le mystère, construit comme un polar, c'est un film fort, au sein duquel émerge l'une des scènes les plus éprouvantes de la carrière riche en sensations du cinéaste : un suicide en plan fixe, effroyable et inattendu.



05. Le septième continent (1988)
Dès ses débuts, Haneke annonçait la couleur en refusant la facilité. Tout à fait sinistre, froid comme la mort, il prend tout son temps pour dépeindre le quotidien d'une famille ayant « tout pour être heureuse » comme l'affirme cette expression si dépourvue de sens. Une structure familiale a priori saine et une existence loin de la misère n'empêcheront pourtant pas leur vie de tourner au fait divers sordide et sanglant, pas tout à fait explicable donc encore plus terrible à vivre.

14 sept. 2009

LE RUBAN BLANC

Enfer et frustration. Tel est le menu du dernier Haneke, dans lequel le cinéaste autrichien recycle et restructure ses obsessions passées au service d'une oeuvre aux allures de futur grand classique, la fourberie en plus. Le ruban blanc est de ces films qui ne vous lâchent pas, vous concassent et vous broient, vous font haleter jusqu'au dénouement et pester ensuite, puis s'accrochent à vous pendant de longues semaines jusqu'à l'obsession. Le ruban blanc permet de réfléchir de nouveau à la sacro-sainte interrogation de tout cinéphile qui se respecte : au fond, qu'est-ce qu'un bon film ? Celui qui vous séduit illico presto et vous rend immédiatement loquace, ou celui qui commence par vous déconcerter et finit par vous hanter ? Le simple fait de se poser la question prouve que ce Ruban blanc est de la race des grands, même s'il lui faudra sans doute une paire d'années et de visions pour arriver à maturité.
Pendant près de deux heures et demie, Haneke décrit la psychose qui s'empare lentement mais sûrement d'un village allemand protestant suite à une série d'incidents troublants et perturbants. Les personnages, enfants ou parents, sont nombreux. Les bizarreries aussi. Même la narration a quelque chose de déstabilisant et inconfortable, le narrateur commençant par émettre des doutes à propos de la véracité des évènements qu'il compte relater (?) avant de mettre çà et là le doigt sur des faits apparemment anodins mais qui semblent revêtir une importance toute particulière à ses yeux. Si Le ruban blanc est moins ouvertement choc que la plupart des films de l'autrichien - la violence physique y est extrêmement contenue et n'est finalement pas au centre du récit -, il est au moins aussi pervers. Les personnages les plus recommandables semblent trop polis pour être honnêtes, et les moins sympathiques révèlent ou laissent deviner des failles qui pousseraient presque à l'indulgence. Ces contribuables respectables, exerçant des professions nobles et élevant avec rigueur des enfants bien peignés, semblent plus inquiétants que bien des hordes de zombies.
Armé d'un noir et blanc d'une neutralité absolue - ni esthétisant, ni amochissant - et d'un cadre net et précis, Haneke déroule une histoire forte et mystérieuse, qui continue à captiver malgré une absence de réponses absolument prévisible. C'est ce qu'il y a de prodigieusement agaçant avec ce Ruban blanc : il dérange et fascine sans interruption, contraint le spectateur intrigué à ne pas en perdre une miette, mais ne le récompense jamais en retour, le laissant seul avec son interprétation et son ressenti. Ce qu'on acceptait totalement de la part d'un David Lynch - et de Mulholland drive en particulier - est encore un peu dur à avaler chez Michael Haneke ; les années nous y aideront peut-être.




Le ruban blanc (Das weisse Band) de Michael Haneke. 2h24. Sortie : 21/10/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.

24 avr. 2008

FUNNY GAMES U.S.

Ceci est un avis définitif : il faut à tout prix voir Funny games. Sorti il y a déjà dix ans (oh, le coup de vieux), le film autrichien de Michael Haneke est un objet incontournable, qui suscite chez le spectateur un enthousiasme débordant ou un rejet immédiat. Un film qui vous met face à vos contradictions de spectateur bien pensant mais voyeur. Un snuff-movie sans violence physique, sur la dilatation du temps et l'illusion de l'espoir. L'un des films de chevet de l'auteur de ces lignes (qui prend un malin plaisir à le regarder régulièrement, comme une séance de sado-masochisme où il serait à la fois le bourreau et la victime).
Il faut donc voir Funny games. En revanche, faut-il voir Funny games U.S. ? La réponse semble être : non, sauf si vous n'avez rien de mieux à faire. C'est qu'il s'agit d'un très bon film, certes, mais bon Dieu, à QUI s'adresse-t-il ? Au public américain, selon Haneke. Une raison un peu idiote de refaire le même film au plan près. Funny games U.S. est bon, mais indéfendable : rien ne justifie en effet son existence. Parce que rien n'est ici meilleur que dans l'original. Parce que, même excellent, Michael Pitt fait regretter Arno Frisch. Parce que le gris de l'image et la langue allemande avaient tendance à renforcer l'aspect sordide et inquiétant d'un film qui n'en avait certes pas besoin. En revanche, aucune plus-value ne vient empêcher qui que ce soit de douter de la futilité d'un tel projet. Pour que Funny games U.S. soit intéressant, il aurait fallu le parsemer de micro-incidents, de petites perturbations le rendant signgulièrement différent de son homologue autrichien (façon Gus Van Sant dans le très recommandable Psycho). Ici, si Pitt le gaucher remplace Frisch le droitier, il faut bien avouer que ce n'est pas très intéressant (et sans doute pas volontaire).
Haneke aurait dû faire sweder son film par Michel Gondry, pirater par David Lynch, retoucher par Matthew Barney. Il ne livre ici qu'une gigantesque pub pour Rank Xerox (pour des photocopies plus blanches que blanches), incritiquable en tant que telle, mais n'arrivant jamais à hauteur des gigantissimes chevilles de Funny games. Il conviendra cependant de reconsidérer lensemble du projet si Haneke continue à nous pondre des Funny games dans tous les coins du monde. Prochain rendez-vous, un troisième film avec Clotilde Courau, Yvan Attal, Louis Garrel et Vincent Desagnat ?
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz