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14 sept. 2009

LE RUBAN BLANC

Enfer et frustration. Tel est le menu du dernier Haneke, dans lequel le cinéaste autrichien recycle et restructure ses obsessions passées au service d'une oeuvre aux allures de futur grand classique, la fourberie en plus. Le ruban blanc est de ces films qui ne vous lâchent pas, vous concassent et vous broient, vous font haleter jusqu'au dénouement et pester ensuite, puis s'accrochent à vous pendant de longues semaines jusqu'à l'obsession. Le ruban blanc permet de réfléchir de nouveau à la sacro-sainte interrogation de tout cinéphile qui se respecte : au fond, qu'est-ce qu'un bon film ? Celui qui vous séduit illico presto et vous rend immédiatement loquace, ou celui qui commence par vous déconcerter et finit par vous hanter ? Le simple fait de se poser la question prouve que ce Ruban blanc est de la race des grands, même s'il lui faudra sans doute une paire d'années et de visions pour arriver à maturité.
Pendant près de deux heures et demie, Haneke décrit la psychose qui s'empare lentement mais sûrement d'un village allemand protestant suite à une série d'incidents troublants et perturbants. Les personnages, enfants ou parents, sont nombreux. Les bizarreries aussi. Même la narration a quelque chose de déstabilisant et inconfortable, le narrateur commençant par émettre des doutes à propos de la véracité des évènements qu'il compte relater (?) avant de mettre çà et là le doigt sur des faits apparemment anodins mais qui semblent revêtir une importance toute particulière à ses yeux. Si Le ruban blanc est moins ouvertement choc que la plupart des films de l'autrichien - la violence physique y est extrêmement contenue et n'est finalement pas au centre du récit -, il est au moins aussi pervers. Les personnages les plus recommandables semblent trop polis pour être honnêtes, et les moins sympathiques révèlent ou laissent deviner des failles qui pousseraient presque à l'indulgence. Ces contribuables respectables, exerçant des professions nobles et élevant avec rigueur des enfants bien peignés, semblent plus inquiétants que bien des hordes de zombies.
Armé d'un noir et blanc d'une neutralité absolue - ni esthétisant, ni amochissant - et d'un cadre net et précis, Haneke déroule une histoire forte et mystérieuse, qui continue à captiver malgré une absence de réponses absolument prévisible. C'est ce qu'il y a de prodigieusement agaçant avec ce Ruban blanc : il dérange et fascine sans interruption, contraint le spectateur intrigué à ne pas en perdre une miette, mais ne le récompense jamais en retour, le laissant seul avec son interprétation et son ressenti. Ce qu'on acceptait totalement de la part d'un David Lynch - et de Mulholland drive en particulier - est encore un peu dur à avaler chez Michael Haneke ; les années nous y aideront peut-être.




Le ruban blanc (Das weisse Band) de Michael Haneke. 2h24. Sortie : 21/10/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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