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13 févr. 2009

RICKY

Une campagne de promotion un peu étrange a fait passer le dernier François Ozon du statut de "film-avec-un-bébé-inquiétant" à "film-avec-un-bébé-qui-****" (ne dévoilons pas le principal ressort du scénario à ceux qui l'ignoreraient encore). C'est à la fois fort compréhensible et un peu regrettable, puisque cela montre que Ricky ne se résume pas à la singularité de son personnage principal tout en réduisant en miettes un début de film qui aurait dû être mystérieux. Autant dire que le film ne part pas du meilleur pied, ce qui se confirme dès les premières images. Adepte du mélange des genres, Ozon commence en effet son film comme un drame social sous-dardennien, avec son héroïne boutonneuse qui bosse à la chaîne pour un salaire de misère. Le prolétariat selon Ozon a quelque chose de complaisamment pathétique, et Ricky parvient à se rendre désagréable avant même d'entrer dans le vif de son sujet.
Après l'arrivée du bébé et une phase d'interrogation sur sa singularité, Ozon glisse comme annoncé vers la fable. Un genre souvent naïf, et même un peu schématique par la force des choses. Mais le scénario tend à décupler ces caractéristiques et à les rendre outrageantes, rappelant que l'auteur n'est jamais aussi mauvais que quand il se montre excessif. Conséquence : Alexandra Lamy a beau écarquiller les yeux de toutes ses forces, on n'est ni attendri ni bousculé par les évènements peu ordinaires qui se déroulent sous nos yeux.
Pire : en quelques scènes, le récit de Ricky bascule vers une métaphore quasi-christique, avec bain dans le fleuve en tenue blanche et regards bienveillants vers le ciel. S'il y a là-dedans un message, il est relativement incompréhensible (mais c'est peut-être mieux comme ça). Au final, si personne n'attendait d'Ozon qu'il livre un film prémâché incluant sa propre note d'intention, Ricky échoue à justifier son existence, et se résume à une unique idée de scénario. Celle-ci n'étant plus un mystère depuis quelques semaines, cela en réduit l'intérêt à néant ou presque...
3/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Les critiques clunysiennes)

15 mars 2008

MODERN LOVE

Tailler un short aux comédies romantiques les plus toc tout en s'adonnant soi-même aux plaisirs du sentimentalisme : c'est tout l'enjeu de ce Modern love qui a notamment le tort d'arriver après le mauvais Toi & moi et l'excellent Ma vie n'est pas une comédie romantique. Mais le giga problème du film, c'est que la partie purement parodique (incarnée par Alexandra Lamy et Stéphane Rousseau dans le film dans le film) est souvent moins ridicule que les "vraies" romances dépeintes par Stéphane Kazandjian. Manquant singulièrement de liant et d'esprit, Modern love est une désespérante juxtaposition de scènes foireuses et déjà vues, pas aidées par une mise en scène sans style.
Malgré son casting plein de têtes connues, Modern love ne fait pas longtemps illusion. D'abord parce qu'une distribution longue come le bras ne remplacera jamais un Gilles Lellouche. La plupart des comédiens sont mollement mauvais, mis à part un Pef toujours aussi singulier mais dont la margianlité n'est même pas exploitée. Même dans des rôles outrageusement simples à défendre, le duo Lamy-Rousseau ne parvient jamais à donner au film cet aspect délirant qui lui manque cruellement. Ça fonctionnait sans doute sur le papier ; à l'écran, le ratage est édifiant. Il n'y a là-dedans ni univers, ni dialogues solides, ni la moindre aspérité. Juste une intention visible mais pas satisfaite de rendre hommage à un genre tout en s'en moquant ouvertement. Et l'on se dit que, finalement, Kazandjian était meilleur lorsqu'il imitait les frères Weitz (pour un Sexy boys assumant pleinement sa connerie version française) que lorsqu'il tente désespérément de marcher sur les traces de Richard Curtis. Qu'il essaie d'être lui-même et il se donnera peut-être une chance d'être plus convaincant la prochaine fois.
3/10

15 juin 2006

ON VA S'AIMER

Deux couples. Laurent couche avec la copine de François, son meilleur ami. D'où un imbroglio quiproquo-sentimental qui ne fait pas dans le genre neuf. Alors Ivan Calbérac insère par endroits des scènes musicales reprenant des standards, un peu comme dans On connaît la chanson avec des chorégraphies en plus. Sauf que Calbérac n'est pas Resnais. Si On va s'aimer était un disque, ce serait une de ces insupportables compilations en quatre CD avec un titre du genre "Méga Slow volume 4". Bruel, Cocciante, Montagné... rien ne nous est épargné. Et s'il apparaît une évidente volonté de réarranger des titres ô combien éculés, l'orchestration très très amateur fait sombrer chacune des scènes chantées dans le brouhaha pur et simple, avec la musique tonitruante pour couvrir les voix des interprètes. Bref, pour l'originalité, on repassera.
L'aspect musical étant le principal argument de vente du film, on sent déjà qu'On va s'aimer a du plomb dans l'aile. Car niveau comédie romantique, Ivan Calbérac n'est pas non plus Richard Curtis. Enchainement de scènes prévisibles sans singularité, le film déroule tranquillement sa petite intrigue routinière sans que rien ne vienne franchement nosu réveiller. Quelques saillies humoristiques, et surtout l'interprétation des excellents Boisselier et Lellouche, évitent à On va s'aimer de sombrer totalement. On sera plus réservé sur la prestation d'Alexandra Lamy, qui semble avoir du mal à se décoller de son étiquette "Un gars / une fille".
Après le mignonnet mais classique Irène, Ivan Calbérac confirme un profond manque d'ambition et de carrure. S'il se redirigeait vers l'univers du téléfilm?
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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