À part la présence de Johnny (et de Sylvie Testud dans une poignée de scènes), ce Johnnie To est caractéristique de son auteur, qui s'est fait une spécialité des westerns urbains de plus en plus dépouillés et franchit une nouvelle étape dans sa quête d'épure. Il met en place son intrigue en une demi-douzaine de plans. Trouve le moyen, en filmant de petites choses anodines, d'exprimer plus que d'autres avec un tas de répliques. Vengeance est le genre de film qui remet les idées en place et rappelle ce qu'est une mise en scène, une vraie, qui fait sens et vous emporte. Dans ses instants poétiques comme dans les séquences les plus noires, le film s'impose comme une vraie évidence. Que ceux qui, par le passé, se sont parfois ennuyés chez To reviennent ici se faire une idée : bien que basé sur une intrigue ténue, Vengeance est peut-être son oeuvre la plus dense, et ses cent dix minutes passent à la vitesse d'un cheval au galop.
Si le scénario n'est sans doute pas le plus abouti de Wai Ka-Fai (fidèle acolyte du cinéaste), il fait pourtant preuve d'une belle inventivité et offre une variation originale sur le thème du justicier solitaire. Contrairement à ce que laisserait supposer l'affiche, le héros joué par Hallyday n'est que rarement seul en scène, épaulé par un trio de tueurs bouleversants de loyauté, et menés par le légendaire Anthony Wong. Un partage des taches qui procure un vrai souffle à l'intrigue. Ces quatre mercenaires ont de la gueule. Leur parcours commun ne durera qu'un moment, le temps pour Costello de trouver les ressources pour aller finir le travail lui-même, à savoir buter le vilain qui a fait tuer sa famille. Il devra notamment passer outre ses problèmes de mémoire, dont l'évolution au cours du film manque légèrement de crédibilité, mais qui sont exploités avec une grande intelligence, notamment en fin de film, où l'oubli devient un moteur du tragique. Que le méchant soit un guignol même pas effrayant n'a que peu d'importance : cette vengeance-là est uniquement l'affaire de ceux qui la fomentent, la beauté vénéneuse de l'ensemble se situant dans les yeux mouillés de Johnny Hallyday et non dans la personnalité de l'ennemi.
Vengeance de Johnnie To. 1h48. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.