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21 mai 2009

VENGEANCE

Quand le réalisateur d'Exilé et tant d'autres engage l'acteur de Terminus et de la pub Optic 2000 (et de L'homme du train, soyons sport), il y a de quoi se demander « où vas-tu Johnnie ? » (autre oeuvre mémorable starring Jean-Phi Smet). Mais voilà : monsieur To sait très bien où il va. Ayant engagé Johnny sans connaître sa condition de rockeur de tous les français (© Fabrice Luchini dans Jean-Philippe), il a pourtant eu le nez creux, le taiseux qu'est Francis Costello étant le genre de rôle idéal pour celui qui n'est pas le chanteur le plus intello du monde. Pas extrêmement à l'aise avec ses quelques dialogues (surtout lorsqu'ils sont en français), monsieur Hallyday est juste parfait le reste du temps, sa tronche de vieux lion triste collant idéalement à ce personnage de vengeur solitaire à la mémoire défaillante. Cocorico général pour ce festival de Cannes où les stars françaises des films étrangers (Charlotte Gainsbourg, Mélanie Laurent, Canto et Jojo) montrent qu'elles ne sont pas que des coups médiatiques.
À part la présence de Johnny (et de Sylvie Testud dans une poignée de scènes), ce Johnnie To est caractéristique de son auteur, qui s'est fait une spécialité des westerns urbains de plus en plus dépouillés et franchit une nouvelle étape dans sa quête d'épure. Il met en place son intrigue en une demi-douzaine de plans. Trouve le moyen, en filmant de petites choses anodines, d'exprimer plus que d'autres avec un tas de répliques. Vengeance est le genre de film qui remet les idées en place et rappelle ce qu'est une mise en scène, une vraie, qui fait sens et vous emporte. Dans ses instants poétiques comme dans les séquences les plus noires, le film s'impose comme une vraie évidence. Que ceux qui, par le passé, se sont parfois ennuyés chez To reviennent ici se faire une idée : bien que basé sur une intrigue ténue, Vengeance est peut-être son oeuvre la plus dense, et ses cent dix minutes passent à la vitesse d'un cheval au galop.
Si le scénario n'est sans doute pas le plus abouti de Wai Ka-Fai (fidèle acolyte du cinéaste), il fait pourtant preuve d'une belle inventivité et offre une variation originale sur le thème du justicier solitaire. Contrairement à ce que laisserait supposer l'affiche, le héros joué par Hallyday n'est que rarement seul en scène, épaulé par un trio de tueurs bouleversants de loyauté, et menés par le légendaire Anthony Wong. Un partage des taches qui procure un vrai souffle à l'intrigue. Ces quatre mercenaires ont de la gueule. Leur parcours commun ne durera qu'un moment, le temps pour Costello de trouver les ressources pour aller finir le travail lui-même, à savoir buter le vilain qui a fait tuer sa famille. Il devra notamment passer outre ses problèmes de mémoire, dont l'évolution au cours du film manque légèrement de crédibilité, mais qui sont exploités avec une grande intelligence, notamment en fin de film, où l'oubli devient un moteur du tragique. Que le méchant soit un guignol même pas effrayant n'a que peu d'importance : cette vengeance-là est uniquement l'affaire de ceux qui la fomentent, la beauté vénéneuse de l'ensemble se situant dans les yeux mouillés de Johnny Hallyday et non dans la personnalité de l'ennemi.




Vengeance de Johnnie To. 1h48. Sortie : 20/05/2009.
Autre critique sur Laterna Magica.

22 févr. 2009

LA PANTHÈRE ROSE 2

Parti tourner une autre suite (La nuit au musée 2), Shawn Levy a laissé à Harald Zwart (Divine mais dangereuse) le soin de réaliser cette nouvelle Panthère rose, nouvelle occasion pour Peter Sellers et Blake Edwards de se retourner dans leurs tombes respectives. Le premier volet était déjà extrêmement navrant, mais celui bat tous les records, arrivant a être encore moins drôle et plus consternant.
Heureux soit Kevin Kline, qui a laissé le rôle de Dreyfus au pauvre John Cleese : il ne fait pas partie de cette longue liste d'acteurs venus se ridiculiser ici. Steve Martin continue à faire oublier qu'il fut l'un des types les plus drôles du monde ; Jean Reno poursuit une carrière sans fausse note (allez Jean, c'est bon, t'as de quoi payer tes impôts jusqu'à ta mort, maintenant trouve-toi de vrais films) ; Aishwarya Ray est encore plus nulle et tête-à-claques qu'à Bollywood ; Andy Garcia est aussi sinistre que dans les Ocean's... Seule la très mimi Emily Mortimer parvient à de très rares endroits à attendrir le spectateur.
Car sinon, c'est le zéro pointé : difficile de déterminer ce qui est le plus agaçant, de l'accent français de Clouseau (qui fait peut-être rire ailleurs, mais pas chez nous) ou de l'extrême prévisibilité de chaque gag (l'inspecteur dit un truc très sérieusement, l'exact contraire se produit, la plupart du temps en arrière-plan). À moins que ce ne soit l'inertie totale de la caméra de Zwart, qui fait passer son prédécesseur pour Billy Wilder. Il n'y a aucune raison de s'affliger ce spectacle tristement poussif, si ce n'est pour le plaisir de voir notre Johnny national sombrer encore un peu plus dans le ridicule en une poignée de scènes. Lui qui fut si séduisant dans L'homme du train, recevant même le prix Jean Gabin, fait désormais dans le fond de tiroir, multipliant les pubs indigentes et les apparitions calamiteuses. Si le personnage de Clouseau est destiné à railler la France, c'est bel et bien Johnny qui nous fait passer pour des moins que rien...
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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