Affichage des articles dont le libellé est Anaïs Demoustier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Anaïs Demoustier. Afficher tous les articles

18 avr. 2009

SOIS SAGE

Il faut le dire, le redire, le reredire : Anaïs Demoustier est une actrice formidable, de celles qui à même pas 22 balais sont capables de porter un film entier sur leurs épaules. Dans Sois sage, elle est souvent seule à l'image, que son personnage sillonne la campagne en camionnette pour livrer aux villageois leur pain quotidien ou qu'il épie discrètement les faits et gestes d'un homme du coin. C'est en partie grâce à son magnétisme que l'on reste accroché de part en part à cette intrigue énigmatique, bien menée mais pas exempte de lieux communs, qui commence comme une comédie dramatique et continue comme un thriller potentiel.
Un genre auquel Juliette Garcias ne s'abandonne jamais vraiment, trop soucieuse de garder la mainmise sur des personnages complexes et maîtrisés. À commencer par cette fascinante Ève, minois de biche et idées noires, qui s'invente des vies amoureuses pour mieux cacher la vérité. Car Sois sage accouchera évidemment d'un trauma, un vrai, si sombre qu'il aurait pu faire basculer le film dans le n'importe quoi psychanalytique ou le jeu de massacre émotionnel. Il n'en est (quasiment) rien : le scénario fait preuve d'une jolie retenue qui est sans nul doute salvatrice.
Direction d'acteurs impeccable et script assez maîtrisé : la réalisatrice est décidément pleine de promesses. D'autant que la mise en scène, élégante et subtile, est également un sérieux atout. Garcias multiplie les tentatives, trébuche parfois, se relève toujours. Elle parvient à restituer des textures et sensations rares (la pâte qu'on pétrit, les escargots qu'on empoigne), crée la gène par de longues séquences silencieuses, bref, ne nous laisse jamais sans matière. Belle révélation à confirmer.
7/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Les irréductibles)

26 févr. 2009

DONNE-MOI LA MAIN

C'est l'histoire de de frères jumeaux qui marchent vers l'Espagne. Voilà. Donne-moi la main est un vrai road-movie, de ceux qui empruntent les chemins de traverse quitte à perdre un peu de temps en route. Pour son premier long, Pascal-Alex Vincent s'inspire du cinéma contemplatif japonais, faisant les choses avec simplicité mais non sans inventivité, bien aidé par une excellente bande originale. C'est malheureusement tout ce que l'on peut retenir d'un film qui ne manque de rien sauf de matière.
Malgré les bonnes intentions de l'auteur, Donne-moi la main ne fonctionne pas, et ce de bout en bout. Quand les deux héros ne marchent pas en silence, ils échangent des banalités, se battent comme des chiffonniers ou baisent avec les premières venues (ou les premiers venus). On a déjà vu programme aussi simple aboutir à des oeuvres puissamment belles ; manque ici l'étincelle qui permettrait que quelque chose se produise. Responsables numéro un (et deux) : les frères Carril, dont le jeu bien maladroit vient gâcher plus d'un moment potentiellement magnifique. Même lorsqu'ils observent le paysage en silence, on n'y croit pas.
Et puis on ne voit pas bien où le cinéaste veut en venir : les non-dits, l'implicite, c'est très bien, mais encore faut-il que le spectateur aie quelque chose à essayer d'interpréter, un minimum de grain à moudre ou de questions à se poser... Là, non. Définitivement, Donne-moi la main est l'histoire de deux types qui marchent vers l'Espagne, un point c'est tout. Heureusement, Pascal-Alex Vincent n'est pas le dernier pour filmer l'embrasement des corps (fort bien fichus avouons-le) des deux jeunes hommes. Du corps, justement, son film en manque, mais quelques années de maturation lui permettront peut-être de solidifier ce style encore bien fragile.
4/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

19 sept. 2008

LA BELLE PERSONNE

On accueille volontiers les téléfilms d'Arte au cinéma, surtout lorsqu'ils nous sont offerts par un cinéaste comme Christophe Honoré, qui s'inscrit dans la lignée de deux réalisateurs qui passèrent précédemment par cette case (Cédric Klapisch pour Le péril jeune et Pascale Ferran pour L'âge des possibles). La belle personne commencerait presque comme le premier, avant d'emprunter rapidement une voie bien plus proche du deuxième, avec un peu de Pialat pour le goût. Une fois n'est pas coutume, grâce soit rendue à Nicolas Sarkozy, qui affirma naguère qu'il ne voyait pas l'intérêt de faire lire La princesse de Clèves à des lycéens. La belle personne constitue une réponse immédiate et épidermique à ce propos ô combien saugrenu. Adaptation moderne de l'oeuvre de madame de la Fayette, le film est à la fois une description des incontournables années lycée et le récit d'un amour impossible. C'est en tout cas ce qu'a décidé Junie (magnétique Léa Seydoux), qui refusera au final l'idée même du grand amour par peur de le gâcher.
On retrouve ici le style Honoré, qui ne peut indifférer. La mise en scène est beaucoup plus sage qu'à l'habitude, mais les chansons d'Alex Beaupain, la description des errements amoureux et la passion qu'il éprouve pour ses jeunes comédiens nous plongent en terrain connu. Tout comme la présence (oui, c'est le mot) de Louis Garrel, qui parvient à chaque fois à créer un décalage différent du précédent. Le voir enseigner à des élèves qui semblent à peine plus jeunes que lui a quelque chose d'inquiétant et de cocasse. Dès lors, les relations diverses qui le lient à ses élèves ne sont que plus vénéneuses. À l'image d'un film qui de vient de plus en plus sombre et profond à mesure que s'enchaînent les bobines, pour aboutir à un final forcément attendu mais d'autant plus réussi qu'il est exécuté avec la dose idéale de lyrisme. Honoré n'a pas renoué avec les sommets de Dans Paris, mais prouve une nouvelle fois qu'il faudra compter encore et encore avec lui.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
© 2009 TOUJOURS RAISON.. Tous droits réservés
Design by psdvibe | Bloggerized By LawnyDesignz