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18 avr. 2009

SOIS SAGE

Il faut le dire, le redire, le reredire : Anaïs Demoustier est une actrice formidable, de celles qui à même pas 22 balais sont capables de porter un film entier sur leurs épaules. Dans Sois sage, elle est souvent seule à l'image, que son personnage sillonne la campagne en camionnette pour livrer aux villageois leur pain quotidien ou qu'il épie discrètement les faits et gestes d'un homme du coin. C'est en partie grâce à son magnétisme que l'on reste accroché de part en part à cette intrigue énigmatique, bien menée mais pas exempte de lieux communs, qui commence comme une comédie dramatique et continue comme un thriller potentiel.
Un genre auquel Juliette Garcias ne s'abandonne jamais vraiment, trop soucieuse de garder la mainmise sur des personnages complexes et maîtrisés. À commencer par cette fascinante Ève, minois de biche et idées noires, qui s'invente des vies amoureuses pour mieux cacher la vérité. Car Sois sage accouchera évidemment d'un trauma, un vrai, si sombre qu'il aurait pu faire basculer le film dans le n'importe quoi psychanalytique ou le jeu de massacre émotionnel. Il n'en est (quasiment) rien : le scénario fait preuve d'une jolie retenue qui est sans nul doute salvatrice.
Direction d'acteurs impeccable et script assez maîtrisé : la réalisatrice est décidément pleine de promesses. D'autant que la mise en scène, élégante et subtile, est également un sérieux atout. Garcias multiplie les tentatives, trébuche parfois, se relève toujours. Elle parvient à restituer des textures et sensations rares (la pâte qu'on pétrit, les escargots qu'on empoigne), crée la gène par de longues séquences silencieuses, bref, ne nous laisse jamais sans matière. Belle révélation à confirmer.
7/10
(également publié sur Écran Large)

(autre critique sur Les irréductibles)

17 janv. 2009

NUIT DE CHIEN

Ce chien-là est un peu foufou, extrêmement joueur, un peu dangereux aussi : il faut dire que son maître se nomme Werner Schroeter, fêlé de première, qui n'a jamais fait comme tout le monde. Sa dernière oeuvre est encore moins orthodoxe que les précédentes, et c'est en cela qu'elle a de l'intérêt. Juste en cela. Nuit de chien, c'est un opéra baroque aux accents dépressifs, un voyage de nulle part vers nulle part où l'excès est roi. Les dialogues sont gonflés à l'hélium, s'envolant parfois vers des sommets de n'importe quoi, d'autres fois vers une sorte de douce poésie un peu inquiétante. Les acteurs sont excessifs au possible, s'abandonnant totalement à une théâtralité souvent gênante mais qui renforce la bizarrerie totale de l'ensemble.
Nuit de chien s'annonce déjà comme l'un des favoris au tire de film le plus opaque de l'année. Il se base sur une crise politique et militaire dont on ne connaîtra jamais la nature, mais dont la structure nous est toutefois expliquée par quelques une des protagonistes, et notamment des chauffeurs de taxis hyper calés en géopolitique. Il montre aussi comment un homme peut prendre tous les risques pour aller retrouver celle qu'il aime mais annihile tout en montrant régulièrement son dédain pour ce faux acte d'héroïsme. De deux choses l'une : soit c'est philosophiquement très poussé et donc inaccessible pour nous mortels, soit c'est juste une oeuvre utilisant l'entropie comme matériau, se satisfaisant pleinement de la perplexité du spectateur. Spectateur dont l'intérêt croît et décroît régulièrement, balloté par un Schroeter qui mêle les tonalités avec un sens absolu du contraste.
Au final, ce qui sauve un peu le film, c'est sa photographie atypique mais concordant pleinement avec le fond. Quelques séquences un peu moches ne feront pas oublier la beauté des ciels de cette ville-là, la profondeur insoupçonnée de certains petits salons, la noirceur exquise des bureaux. L'image permet de se raccrocher sans cesse à un film plus glissant qu'un savon, plus insaisissable qu'une bille de mercure, dont on ignore toujours si c'est de l'art ou du cochon (© Thiéfaine), mais qui parvient à marquer durablement l'esprit. À la sortie, on a tout de même sacrément envie d'aller se laver l'esprit en se tapant un gros blockbuster sans cervelle.
4/10

10 juil. 2008

LE BRUIT DES GENS AUTOUR

Non, Diastème n’est pas un tragédien grec, mais un artiste multicarte, principalement auteur de théâtre, lui qui fut également critique pour le magazine Première (qui, à l’époque, parlait encore de cinéma). Le bruit des gens autour s’inspire directement d’ambiances dans lesquelles il s’est immergé au cours de nombreux été : le festival d’Avignon, son effervescence et ses à-côtés. Le film suit un bon paquet de personnages qui se débattent entre leurs activités artistiques et leurs soucis personnels, dans une espèce de grande tambouille passionnée et souvent enthousiasmante. Inexplicablement, on n’a jamais vraiment l’impression d’assister à un film choral au sens classique du terme, tant les situations s’enchaînent et s’emmêlent non sans grâce.
Il y avait de quoi craindre que cette peinture d’un microcosme tout à fait particulier soit poseuse et un rien méprisante, comme ces discours des Molière qui débutent par « Nous, les gens du théââââtre ». Ce qui frappe au contraire, c’est la grande modestie avec laquelle Diastème dresse ces portraits, comme s’il avait lui-même soupé de l’élitisme primaire qui frappe un peu trop souvent les théâtreux. Avignon, le off, le in, les spectateurs et les techniciens, tout se mélange avec facilité et harmonie. Ne pas s’attendre à de gros rebondissements ou à une escalade dramatique : Le bruit des gens autour est d’abord une petite brise d’été, souvent légère et souvent poignante, qui n’entend pas raconter de grandes choses mais vise d’abord l’authentique, l’intime, l’humain. Aérienne et volubile, la mise en scène de Diastème tourne avec grâce autour de personnages qu’on aimerait accompagner plus longtemps encore.
Le film n’est évidemment pas parfait, et ne cherche surtout pas à l’être. On sent en fin de course que l’auteur peine à trouver comment quitter les êtres qu’il a créés et quelle conclusion donner à leurs parcours personnels. On patine légèrement, mais rien de bien grave : porté par un casting brillant (Emma de Caunes est non seulement bombesque mais également très convaincante), plein de petites révélations (ah, Frédéric Andrau), Le bruit des gens autour est une surprise extrêmement agréable, qui donne envie d’aller faire un tour du côté d’Avignon et de son agitation permanente.
7/10
(également publié sur Écran Large)

8 mars 2007

7 ANS

Parce que son mari a pris sept ans de prison, une jeune femme trouve le temps long. Et décide de prendre un amant, le premier venu, qui se trouve malheureusement être un gardien de la prison. Voilà. Ensuite, pas grand chose.
Si 7 ans a quelque chose d'irrémédiablement marquant, c'est sans doute pour sa médiocrité totale et une incroyable absence d'ambition. Le scénario ne va pas très loin, et si l'immobilisme peut parfois être une bonne chose, il n'en est rien ici. Mais le plus saisissant, c'est sans doute la "mise en scène", ou plutôt l'absence de. 7 ans est sans doute le film le plus laid et sale qu'il ait été donné de voir depuis des mois et des mois. Redonner tout son sens au mot "grisaille", planter sa caméra et attendre que ça passe... A la fin, pour rompre la monotonie du film, il suffit de s'adonner à un petit jeu en essayant de deviner si le plan suivant sera plus laid ou moins laid que le précédent.
Il y a bien le jeu alerte de Valérie Donzelli, qui paie de sa personne dans le rôle de cette fille trop seule. Et Bruno Todeschini, toujours excellent malgré une rare absence d'énergie. En revanche, Cyril Troley mérite bien son nom (désolé). Mais la mayonnaise ne prend définitivement pas, et 7 ans de s'imposer comme le chemin de croix le plus moche et douloureux qu'on ait fait depuis des lustres.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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