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19 sept. 2008

LA BELLE PERSONNE

On accueille volontiers les téléfilms d'Arte au cinéma, surtout lorsqu'ils nous sont offerts par un cinéaste comme Christophe Honoré, qui s'inscrit dans la lignée de deux réalisateurs qui passèrent précédemment par cette case (Cédric Klapisch pour Le péril jeune et Pascale Ferran pour L'âge des possibles). La belle personne commencerait presque comme le premier, avant d'emprunter rapidement une voie bien plus proche du deuxième, avec un peu de Pialat pour le goût. Une fois n'est pas coutume, grâce soit rendue à Nicolas Sarkozy, qui affirma naguère qu'il ne voyait pas l'intérêt de faire lire La princesse de Clèves à des lycéens. La belle personne constitue une réponse immédiate et épidermique à ce propos ô combien saugrenu. Adaptation moderne de l'oeuvre de madame de la Fayette, le film est à la fois une description des incontournables années lycée et le récit d'un amour impossible. C'est en tout cas ce qu'a décidé Junie (magnétique Léa Seydoux), qui refusera au final l'idée même du grand amour par peur de le gâcher.
On retrouve ici le style Honoré, qui ne peut indifférer. La mise en scène est beaucoup plus sage qu'à l'habitude, mais les chansons d'Alex Beaupain, la description des errements amoureux et la passion qu'il éprouve pour ses jeunes comédiens nous plongent en terrain connu. Tout comme la présence (oui, c'est le mot) de Louis Garrel, qui parvient à chaque fois à créer un décalage différent du précédent. Le voir enseigner à des élèves qui semblent à peine plus jeunes que lui a quelque chose d'inquiétant et de cocasse. Dès lors, les relations diverses qui le lient à ses élèves ne sont que plus vénéneuses. À l'image d'un film qui de vient de plus en plus sombre et profond à mesure que s'enchaînent les bobines, pour aboutir à un final forcément attendu mais d'autant plus réussi qu'il est exécuté avec la dose idéale de lyrisme. Honoré n'a pas renoué avec les sommets de Dans Paris, mais prouve une nouvelle fois qu'il faudra compter encore et encore avec lui.
7/10

21 juil. 2008

SOIT JE MEURS, SOIT JE VAIS MIEUX

« Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel », nous disait Laurence Ferreira Barbosa dans le titre de son premier long. Mais si les personnages de Soit je meurs, soit je vais mieux se tiennent clairement à l’écart des normes, sont-ils exceptionnels pour autant ? L’idée de base de la réalisatrice était de raconter ce qu’on appelle sommairement une crise d’adolescence, d’une façon bien différente que ce que le cinéma français nous propose souvent (nombrilisme et misère sociale). Gros souci : cette volonté de faire autrement est bien trop voyante, et les expériences du jeune Martial, du triolisme (avec jumelles, en plus) à la pyromanie, sont exploitées de façon souvent artificielle.
Soit je meurs, soit je vais mieux pâtit d’une absence totale de style, le film refusant à la fois de faire dans le trash assumé façon Larry Clark et dans un cinéma du fantasme, où c’est l’imaginaire de Martial qui s’exprime. Du coup, le seul frisson du film, c’est cette relation étrange entre les deux sœurs jumelles, au mode de pensée insaisissable. Sauf qu’au bout du compte, tout cela n’aboutit pas à du très solide. Pire, la non-morale qui clôt l’ensemble (« c’est bien, mon fils, tu as foutu le feu, ça veut dire que tu as mûri ») a quelque chose de complètement stupide, entre esprit pseudo soixante-huitard et provocation gratuite. On opterait volontiers pour cette deuxième solution, confirmée par un choix de titre aussi incongru que racoleur. « J’ai horreur de l’amour », disait le titre du deuxième film de Barbosa. Le spectateur, lui, a surtout horreur d’être pris pour un con.
2/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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