Écrit par Peter Morgan (The queen & Le dernier roi d'Écosse), le film de Tom Hooper n'a rien de l'oeuvre impérissable qui réconciliera un jour, peut-être, grand écran et ballon rond, mais c'est néanmoins un divertissement extrêmement honnête qui a le mérite d'éviter la majorité des écueils du genre. Première excellente idée : on ne verra quasiment pas les joueurs à l'oeuvre, sauf au gré de quelques images d'archives bien senties, ce qui permet aux acteurs de conserver une certaine crédibilité - il est difficile d'interpréter correctement un footballeur doué. The damned united se déroule principalement en coulisses, des vestiaires au centre d'entraînement. De ce fait, nul besoin d'engager de vrais joueurs comme c'est traditionnellement le cas - rappelons-nous Pelé dans À nous la victoire ou Beckham dans Goal II -, bonne nouvelle supplémentaire puisque le mélange sportifs/acteurs n'a jamais semblé extrêmement cohérent. La deuxième excellente idée réside dans la construction du scénario : au lieu de nous servir un traditionnel "grandeur et décadence" avec montée en puissance et dégringolade finale, le film passe allègrement de 1969 à 1974, montrant à quel point un même homme peut passer du statut de demi-dieu à celui de paria.
The damned united est pourtant bien loin d'être une apologie proprette de son héros : divinement incarné par Michael Sheen, celui-ci est un jeune loup arriviste et orgueilleux, dont chaque déclaration dans les médias crée un véritable tollé. Hooper montre bien à quel point l'arrogance entraîne fréquemment le rejet, notamment lorsqu'il s'agit de tirer derrière soi un groupe de mâles disposant eux-mêmes d'egos surdimensionnés. D'autant que l'objectif de David Clough, plus que de remporter des titres, est avant tout de faire mieux que son prédécesseur et ennemi juré, au palmarès quasiment indépassable. Trop pressé de doubler son rival, il ne tarde pas à payer sa précipitation. Cette morale digne du Lièvre et la tortue s'accompagne de quelques scènes, les plus réussies, décrivant la solitude de l'entraîneur sportif, qui trépigne sur son banc et se sent impuissant. Le plus beau moment de The damned united est celui où Clough, exclu du terrain, est condamné à ne vivre le match de son équipe qu'à travers les réactions des spectateurs, passant une heure trente à guette le moindre bruit afin d'en savoir davantage... C'est dans ces instants que le football, loin de la vulgarité de certaines de ses stars et de beaucoup de ses supporters, parvient à devenir infiniment émouvant. Ce petit film sans prétention y parvient mieux que beaucoup de grosses machines.
The damned united de Tom Hooper. 1h37. Sortie : 18/11/2009.
Critique publiée sur Écran Large.
1 commentaire sur “THE DAMNED UNITED”
Le problème cinématographique du football, c'est que c'est un sport lent, tactique, aux joueurs élancés et assez peu photogéniques dans l'action.
Contrairement par exemple à des sports comme le rugby (et principalement le football américain), où les contacts sont beaucoup plus violents, l'action plus transversale (il faut placer le ballon derrière une ligne, et non se concentrer sur les cinq mètres du but), au jeu beaucoup plus concentré et énervé. Je pense notamment à l'excellent "L'Enfer du dimanche" de Stone avec Al Pacino en entraîneur, ou à la publicité pour Nike "Leave Nothing" de Mann.
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