Au coeur du film, il y a Ed Crane, incarné par Billy Bob Thornton. L'acteur, qui trouve ici le rôle de sa vie, fait des ravages dans la peau de ce man who wasn't there, un type un peu transparent, sans charisme et sans avis, qui aimerait parfois exister davantage mais se satisfait au fond de son statut de fantôme. Si la prestation de Thornton est si géniale, c'est parce qu'il ne se contente pas de ne pas jouer et d'attendre que ça se passe ; au contraire, il a même tendance à en rajouter en accentuant les haussements de sourcils et airs consternés parfaitement représentatifs de ces gens qui n'ont rien à dire et comptent sur leur visage pour exprimer quelque chose de temps à autres. Le noir et blanc a pour effet de renforcer son état permanent de semi-présence, et l'idée que l'encéphalogramme de ce type d'apparence très terne est loin d'être plat.
Ce noir et blanc, justement, est d'une beauté sans nom. Il fait sens dès la première image, et ce jusqu'à l'inoubliable dernière scène, qui boucle savamment la boucle. Il rend la reconstitution des l'époque moins contestable que jamais, pose une ambiance par quelques simples jeux d'éclairage, et rend possible l'irruption de quelques délires coeniens dans un film aux allures relativement austères. Il n'y a que ces frangins-là pour parvenir à insérer des allusions à Roswell ou un hommage à Nabokov dans une intrigue aussi resserrée. Il n'y a qu'eux pour donner un jour nouveau à des scènes de plaidoiries ou de prison. S'il leur arrive parfois d'avoir un coup de moins bien - ce fut notamment le cas juste après avec Intolérable cruauté et Ladykillers -, les Coen n'en sont pas moins de grands artistes, capables d'explorer tous les registres et de trouver à chaque fois le style idéal, atteignant une rare cohérence esthétique et scénaristique.
The barber : l'homme qui n'était pas là (The man who wasn't there) de Joel Coen. 1h56. Sortie : 07/11/2001.
Film projeté le jeudi 15 octobre au Studio des Ursulines (Paris 5ème) dans le cadre du ciné-club "Le noir et blanc et l'image de cinéma", suivi d'un débat animé par Yann François (Radio Campus Paris) et Benjamin Rufi (jeune chef opérateur). Quelques photos du débat en cliquant ci-dessous :
(© Lucas Taillefer 2009)
4 commentaires sur “THE BARBER : L'HOMME QUI N'ÉTAIT PAS LÀ”
J'aime beaucoup ce Coen et en effet, il est injuste de considérer qu'il s'agit d'un film mineur... le noir et blanc, l'ambiance très polar 50's. J'aime beaucoup! Et le jeu "passif" de Thornton est un régal!
Syst
Je ne sais pas s'il est considéré comme mineur dans leur filmo, mais en tout cas je le tiens moi pour leur plus grand film, et d'assez loin malgré la grande qualité de certains autres de leurs films..
Il est sorti The Barber ???
Cool.
Film magnifique ! pour moi un des meilleurs Coen pour moi.
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