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3 févr. 2009

COEUR D'ENCRE

Iain Softley n'a jamais été un réalisateur génial : pour tout dire, ses meilleurs films valaient surtout pour la qualité de leur interprétation (Helena Bonham Carter dans Les ailes de la colombe, et surtout le duo Bridges - Spacey dans K-Pax). Le problème dans la carrière d'un yes man, c'est quand la qualité des scénarii proposés (pour ne pas dire imposés) se met à décliner irrémédiablement, façon pour les producteurs de vous montrer que vous êtes non seulement un tâcheron de première, mais en plus un gros mauvais même pas capable de pondre un truc efficace et un tant soit peu sexy. Après La porte des secrets, bidule fantastique aussi ordinaire que son titre tout banal, voici donc Coeur d'encre, dont on ne comprend pas vraiment s'il fait dans l'heroic-fantasy, le conte pour enfants ou que sais-je encore.
Porté par un Brendan Fraser toujours aussi mou dès qu'il s'agit de jouer des héros un rien sérieux, Coeur d'encre est juste nul et sans intérêt du début à la fin, ne parvenant à rendre ni ludique ni inquiétante cette histoire de personnages s'échappant de leurs bouquins. On ne compte plus le nombre de grosses foirades parmi les films sur ce thème pas si évident ; il faudrait peut-être arrêter de faire réaliser ça par des gros nuls. Car le film est une grosse ratatouille de clichés sur la famille, le pouvoir des livres, la puissance du patrimoine, avec des personnages plats comme des limandes. À tel point que le grand jeu à pratiquer pendant ce long calvaire est le fameux « mais qui est donc le plus mauvais là-dedans ? ». Pas facile. Allez, mouillons-nous : c'est sans doute Andy Serkis, qui devance de peu tous les autres (Paul Bettany, Fraser, et même une Helen Mirren bien en peine). Depuis que ce type a "joué" Gollum et King Kong, il semble se prendre pour le roi des dramaturges, alors qu'il n'a visiblement que son regard noir pour lui.
Nul besoin d'épiloguer pour faire comprendre l'insondable ennui qui caractérise ce Coeur d'encre qui devrait, par la grâce de son énorme plantade au box-office (moins de 8 millions pour son premier week-end américain, entre autres chiffres réjouissants), sceller le sort de ce qui aurait dû être une trilogie. Auraient pu suivre un Mort d'encre et un Sang d'encre également adaptés des romans d'une certaine Cornelia Funke. Tellement dommage que ce projet si passionnant s'arrête là...
1/10

20 déc. 2006

ERAGON

Noël, c'est du monde dans les magasins, des aiguilles de sapin un peu partout et des gosses qui piaillent. Mais depuis quelques années, une tradition supplémentaire est venue s'ajouter à la liste : chaque Noël sort un gros machin d'heroic-fantasy sans âme ni saveur. Cette année, le machin en question s'appelle Eragon (c'est presque comme dragon sauf que non, voyez le genre), et il est assez gratiné.
Il suffit en fait de deux plans pour avoir envie de fuir à toutes jambes. Le premier est une longue déambulation dans le ciel en caméra subjective. D'un coup, hop, on baisse les yeux et on s'aperçoit que l'on est sur un dragon. Enfin, c'est l'intention qu'avait le réalisateur : en fait, le dragon en question est clairement un vague tube de cuivre repeint et décoré. C'est cheap.
Le deuxième plan nous montre John Malkovich. Visiblement éclairé par la lumière d'un frigo mal fermé, Malko nous offre un rictus pathétique nous faisant comprendre que les acteurs ne seront pas meilleurs que les effets spéciaux. Et ça ne fait que se confirmer tout au long du film, avec une palme à Robert Carlyle, vraiment nul, et à Gary Lewis, qui ne dit presque rien mais qui semble se croire dans une parodie du Seigneur des anneaux. Et ne parlons même pas de l'endive qui endosse le rôle-titre.
L'histoire? Boarf. Un jeune type de 17 ans découvre un jour un oeuf ressemblant à un gros Tic Tac (mais bleu). En sort un dragon (bleu lui aussi), dont il devient le maître et le partenaire pour faire la nique à un gros vilain nomme Galbatorix (mouhahaha). Bref, c'est sans intérêt aucun. Et c'est en voyant ce genre de pompe à fric (avec des suites potentielles, en plus) que l'on se convainc si besoin à quel point messieurs JRR Tolkien et Peter Jackson sont des gens très doués : leur trilogie était complexe mais compréhensible, habitée mais pas ridicule, âpre et magnifiquement filmée. Eragon en est le strict négatif et finit par ressembler à une mauvaise parodie. Mieux vaut garder ses sous pour faire un plus gros cadeau à sa mémé.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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