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13 oct. 2008

LA FRONTIÈRE DE L'AUBE

Le cinéma de Philippe Garrel a souvent suscité des réactions très contrastées, les uns se pâmant devant son style particulier et les autres baillant sec face à l'auteurisme rentré de films toujours austères. La première heure de La frontière de l'aube provoquera globalement les mêmes commentaires : on peut tomber amoureux de ce noir et blanc magnifique et de la nonchalance désabusée de l'ensemble. Deux personnages, guère plus : une actrice délaissée par son mari et un jeune photographe réputé. Le fil rouge du film est on ne peut plus simple : naissance d'un amour, délitement du couple, puis disparition de la demoiselle. La suite est de facture moins classique, puisque la starlette reviendra d'entre les morts pour hanter celui qu'elle aime toujours. Mais si cette dernière partie vient rompre la monotonie palpable de l'oeuvre, elle la fait également plonger dans un ridicule d'autant plus fort qu'il est traité avec un sérieux de cathédrale.
On y verra Laura Smet apparaître régulièrement dans le miroir du narcissique Garrel, ses irruptions soudaines se manifestant par des changements de lumière dignes d'une série Z aussi mauvaise que fauchée. Garrel comptait sans doute magnifier l'éternité du sentiment amoureux, mais c'est foncièrement raté. De toute façon, cela faisait un moment que l'on s'était lassé du vide cosmique de certaines scènes, souvent plombées par des répliques débilisantes (Garrel, après l'amour, balance une énormité sur les déportés et l'éventualité d'une troisième guerre mondiale). On a du mal à croire qu'une année de répétitions soit nécessaire pour bâtir un tel film, tellement superficiel qu'il semble improvisé dans sa plus grande partie. Si Louis Garrel balade une nouvelle fois ses yeux de cocker avec une aisance innée, Laura Smet peine à suivre la danse, pas aidée par son rôle de futur spectre. Sans aller jusqu'à comprendre les intolérants qui ponctuèrent la projection cannoise de leurs ricanements intempestifs, on peut toutefois affirmer que La frontière de l'aube peut difficilement faire naître autre chose qu'un ennui dissipé ou un fou rire mal contrôlé. Heureusement qu'il y a l'image de William Lubchantsky, qui nous accroche et nous pénètre, et nous pousse à imaginer à quel point tout cela aurait pu être bouleversant si le surmoi et la prétention n'étaient pas venus boursoufler le film.
4/10

13 nov. 2007

L'HEURE ZÉRO

Dans Mon petit doigt m'a dit, Pascal Thomas effectuait une sorte de synthèse de ses films précédant, en accentuant le côté vieillot et désuet, et surtout la médiocrité totale. Un joli coup, puisque plus d'un aveugle y a vu une stylisation de la nostalgie, ou je ne sais quelle baliverne. Succès public en tout cas. Il y eut ensuite un Grand appartement surprenant par sa fraîcheur et sa Laetitia Casta, qui donnait à penser que Thomas n'était pas tout à fait perdu pour le cinéma.
L'heure zéro signe malheureusement le grand retour de Thomas à des affaires démodées, cet adjectif n'ayant ici rien de positif. Typiquement le genre de film dont le générique de fin apparaît comme un soulagement, mais aussi comme une surprise : on est ravi que ça se termine, mais on a l'impression de ne rien avoir vu. D'une vacuité assez vertigineuse, le film ne prend même pas la peine de soigner son whodunit (on est quand même chez Agatha Christie, nom de nom) et tente de faire vivre des personnages "hauts en couleur" et de jouer la fantaisie. N'est pas Bruno Podalydès qui veut ; le loufoque se mérite et ne se résume pas à des gesticulations incessantes. En même temps qu'il anesthésie le spectateur, Thomas fait la même chose sur ses comédiens. POurtant jeunes, frais et talentueux, Smet, Mastroianni et Poupaud semblent totalement impuissants, plombés par la lourdeur de l'air. Et là, décidément, même au dixième degré, cette Heure zéro porte franchement bien son nom.
1/10

4 juin 2007

U.V.

D'un point de vue bêtement mâle, le premier plan d'U.V. est de loin le plus intéressant du film. On y voit Anne Caillon et Laura Smet se faire dorer la pilule topless. La suite est immédiatement moins réjouissante : dès les premières minutes, on sent que les intentions de Gilles Paquet-Brenner sont biaisées. Son but premier n'est pas de mystifier le spectateur, d'installer une ambiance hypnotique et moite pour mieux le cueillir ensuite. Non, Paquet-Brenner souhaite visiblement passer à la postérité en réalisant un film que l'on puisse comparer à des classiques comme La piscine ou Plein soleil. Peine perdue : U.V. dévoile bien vite ses limites, son aspect artificel prenant le pas sur une éventuelle montée en puissance de l'intrigue.
En à peine un quart d'heure, le spectateur a donc compris qu'il ne devait rien attendre de ce soufflé bien mal monté, et à la conclusion forcément décevante. La mise en scène n'étant qu'une pâle copie de celles de René Clément ou Jacques Deray, reste donc à se rabattre sur les comédiens. Si Jacques Dutronc est (comme souvent) impeccable, c'est surtout le duo Smet-Caillon qui fait des étincelles. Ces deux-là forment un parfait couple de femmes fatales, à la fois belles à regarder et délicieusement vénéneuses. On ne peut en dire autant des jeunes messieurs qui les entourent : Pascal Elbé est trop jeune et trop agité pour son rôle de vieux con, et Nicolas Cazalé (pièce maîtresse de l'intrigue, l'inconnu qui débarque et chamboule tout) ne possède pas cette facette sombre et inquiétante qui aurait pu donner du relief à son personnage. Tout cela démontre bien l'immaturité de Gilles Paquet-Brenner, réalisateur opportuniste qui aurait bien voulu avoir l'air d'un auteur entre deux épisodes de Gomez & Tavarès.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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