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31 janv. 2007

LA VIE DES AUTRES

RDA 1984 : toute personnalité susceptible d'avoir une opinion politique est écoutée 24 heures sur 24 par la Stasi, police politique est-allemande. Gerd Wiesler, officier compétent, est chargé de surveiller les paroles de Georg Dreymann, poète apparemment inoffensif mais à la tête si pleine qu'il ne peut qu'être dangereux. Sauf qu'à force d'écouter vivre des intellectuels, Wiesler cogite et commence à se demander si les gens qu'il espionne ne seraient pas plus importants que ceux qu'il sert... Sur cette base prometteuse, Florian Henckel von Donnersmarck livre un long métrage qui, avant d'être un film politique ou d'espionnage, est d'abord une histoire d'hommes.
Sans juger ni les uns ni les autres, à travers une vision presque documentaire de son sujet, Von Donnersmarck prend tout son temps pour décrire un étrange face-à-face entre deux hommes qui ne se rencontreront jamais (ou presque). D'abord Wiesler, impressionnant héros du début du film. Visiblement indifférent face au sort de ceux qu'il surveille, c'est un homme doué dans sa spécialité, rigoureux, intransigeant, dont les certitudes vont peu à peu s'effriter. Pas de manichéisme ici : Wiesler ne passera pas du clan des méchants vers celui des gentils, et c'est là toute la finesse du film, qui va loin dans l'exploration des sentiments humains.
Le deuxième homme, c'est Dreymann, artiste aux motivations politiques bien cachées et qui préfère fermer les yeux lorsque sa compagne est contrainte de coucher avec un ministre. Lâcheté? Non. C'est simplement que protester est à la fois inutile et dangereux lorsqu'on a des activités illégales. Courageux et intègre, Dreymann se met à l'écriture d'un article extrêmement subversif, sans imaginer qu'il est écouté par Wiesler. La suite est à découvrir : quelques rebondissements discrets, une vraie finesse d'écriture et deux acteurs sensationnels (surtout Ulrich Mühe, divin chauve) font de La vie des autres un candidat sérieux à l'Oscar du film étranger. Et même si le milieu du film aurait gagné à être franchement raccourci, la fin est d'une telle beauté que l'on en vient à oublier ces quelques réserves. Que les auteurs français prennent exemple pour écrire à leur tour des films intelligents et touchants sur les parts d'ombre de l'histoire de notre pays.
8/10

30 nov. 2006

BLACK BOOK

Après une demi-douzaine de films aux Pays-Bas, puis à peu près autant aux États-Unis, Paul Verhoeven a quitté l'oncle Sam pour regagner sa terre natale. Black book est le premier film de sa seconde carrière hollandaise, et si la suite est du même acabit, on signe illico pour qu'il ne retourne jamais en Amérique.
Thriller, film d'aventures, polar, film historique, Black book mélange allègrement les genres du début à la fin sans jamais perdre le spectateur, qui s'agrippe à son siège et tape des pieds pendant 2h25. On a rarement vu un film de cette durée être à ce point dépourvu de temps morts, de scènes en creux ou de passages un peu inutiles. Chaque scène est ici un vrai régal, tant par la mise en scène de Verhoeven (qui est quand même un maître en la matière) que par la densité du scénario. Il y a du suspense dans chaque coin de chaque plan du film, sans pour autant que Black book ne se transforme en un simple thriller du genre "Ellis contre les nazis". La réalité historique n'est à aucun moment sacrifiée, et le film mêle avec brio les grands moments de la petite histoire hollandaise et les rebondissements propres à l'intrigue. Ceux-ci sont souvent inattendus, ou en tout cas servis à des moments inattendus. D'où un spectacle formidable et intelligent, qui propose une vraie réflexion sur la trahison et l'identité de chqaue être. Pour donner une idée de l'intrigue, Black book raconte le destin d'une jeune juive hollandaise qui entre dans la Résistance et accepte de devenir la maîtresse d'un dirigeant de la Gestapo pour mieux lui soutirer des informations. Sachant que ceci ne constitue que la première demi-heure du film, on comprendra que Black book part sans cesse là où l'on ne lattend pas avec un plaisir continu et sans cesse renouvelé. Rendons hommage à l'actrice principale, Carice Van Houten, qui rejoint l'admirable galerie des grandes interprètes féminines (et ultra-sexy) de chez Verhoeven, metteur en scène brillant dont les films sont toujours chargés en électricité sexuelle.
Hormis un prologue et un épilogue un peu superflus (mais heureusement très courts), Black book est un film épique et délectable qui touche à la perfection, loin des innombrables films-clichés sur la Résistance ou le nazisme. On n'en attendait pas moins de Paul Verhoeven.
9/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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