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15 mars 2009

WELCOME

Qu'il est agréable de voir un cinéaste prendre de l'ampleur à chaque film. Au départ réalisateur de comédies très sympathiques, Philippe Lioret a ensuite opéré un glissement perceptible vers la comédie (de plus en plus) dramatique, avant de s'abandonner au drame pour ce Welcome. Rarement un début de filmographie aura autant ressemblé à une piste de décollage, tant on a l'impression que tous ses films précédents n'existaient que pour préparer celui-là. Avec Welcome, Lioret tente purement et simplement de s'imposer comme le Ken Loach français, capable de traiter des sujets sociaux (catégorie fourre-tout) avec style et témérité. Et si l'élève n'a pas dépassé le maître (on verra dans trente ans), le français ne démérite pas et livre un drame noir, intense, poignant et dérangeant.
Comme la souligné la campagne de promotion / polémique (sacré Eric Besson), le questionnement principal porté par le film concerne cette aberration du système voulant que toute personne surprise à venir en aide à un clandestin est passible de prison. En bref, s'il crève dans le caniveau, il faudrait appeler la police et se tenir à distance. Heureusement qu'existe la désobéissance civique et que des citoyens comme Simon (Vincent Lindon, au top du top) acceptent de tendre la main à ceux qui sont arrivés là au péril de leur vie, errant dans le Pas-de-Calais en attendant de pouvoir rejoindre un eldorado nommé Angleterre. Lioret s'intéresse tout particulièrement à l'un d'entre eux, Bilal, dont la dulcinée attend patiemment du côté de Londres. Après la présentation successive des deux hommes, le film orchestre évidemment leur rencontre et fait naître des échanges de plus en plus intimes, de plus en plus fraternels. Le déroulement des évènements est relativement prévisible, mais l'essentiel est ailleurs, dans le tragique des destins croisés de ces deux types presque aussi paumés l'un que l'autre. La mise en scène ample et élégante sait se faire oublier et créer une vraie osmose avec ces personnages franchement beaux.
Le problème, c'est que si le travail et les intentions de Lioret sont infiniment respectables, Welcome peine un peu à franchir les paliers et à atteindre des sommets d'intensité. Comme si l'inévitable contexte sentimental (on insiste pas mal sur le divorce du personnage de Lindon et sur son sentiment permanent de culpabilité) était là pour nous rappeler régulièrement qu'il s'agit d'un film français et qu'il faut bien, à un moment ou à un autre, sombrer dans les passages obligés de notre cinéma d'auteur. Les intentions finissent alors par se faire un rien trop visibles, et la fin, splendide sur le papier, devient trop évidente, trop plombante pour être vraie, le tout au détriment de l'émotion. Mais là n'était sans doute pas le but de Philippe Lioret, qui gagne aisément ses galons de cinéaste engagé, et parviendra grâce à ce film fait pour marcher à alerter au moins un millions de français sans doute pas assez conscients du drame humain qui se joue tous les jours autour d'eux.
7/10

(autre critique sur Sur la route du cinéma)

24 févr. 2008

TAKEN

Considérons, allez, les dix dernières années. Si l'on considère uniquement cette période, alors Taken est le vingt-troisième film écrit par Luc Besson. Soit un scénario tous les 159 jours. Joli score. Voilà la bonne nouvelle : le script de Taken monte sans aucun doute sur le podium des plus réussis. Si le film de Pierre Morel n'a rien d'un chef d'oeuvre (faudrait quand même pas déconner), il parvient non seulement à remplir ses objectifs (divertissement et efficacité), mais également à rester supportable pour les non-aficionados du film d'action.
L'argument tient sur un ticket de cinéma : Taken, c'est l'histoire d'un père prêt à casser du méchant pour récupérer sa fille kidnappée. Pas sûr que Besson et son fidèle acolyte Robert Mark Kamen reçoivent l'Oscar du scénario, mais ils méritent en revanche la Palme de l'efficacité. Incarné par un Liam Neeson massif et sérieux comme un pape, le papa poule va régler cette histoire en solitaire, ramener sa fille au bercail, et générique de fin. Il n'y aura pas de dérive façon buddy movie, pas d'humour à deux balles, pas de gonzesse super canon à sauter entre deux fusillades, pas de rebondissements incongrus. Soit les principaux facteurs d'exaspération se manifestant habituellement quand un scénar de Besson est en jeu.
C'est donc l'efficacité qui prime : en à peine une heure et demie, l'affaire sera réglée, et tout le monde en aura eu pour son argent. Il est toujours agréable de sortir d'un film d'action sans avoir de migraines ou de vertiges. Le personnage de Neeson a beau être un ancien espion, on n'oublie pas que c'est un quinqua retraité, et donc qu'il ne peut pas balancer des atémis et des sidekicks façon Jet Li. D'où des scènes d'action assez courtes et souvent crédibles. Ça change un peu. Et s'il y a tout de même un peu d'humour en fin de film, sa qualité varie (ô miracle) de supportable à délicieux. Premier éclat de rire au moment renouer avec les inévitables clichés sur Paris : bateaux-mouches, prostiputes albanaises en mode racolage actif porte de Clichy... Puis arrive la scène la plus délectable du film : un dîner à trois entre le héros et un couple d'anciens amis qui tourne au vinaigre. Volontairement ou pas, cette scène-là est absolument hilarante. En tout cas, ça fonctionne. Une fois finie la gaudriole, Neeson repart au turbin et casse la figure de tous ceux qui osent se mettre sur son passage. Il ira jusqu'à la torture. Le traitement est si excessif qu'on ne peut évidemment pas prendre ça au sérieux. L'acteur n'est pas à ajouter à la liste des successeurs de Charles Bronson, en-dessous de Jodie Foster et Kevin Bacon... Bref, Taken, c'est très amusant, et même s'il est parfaitement interchangeable avec les autres membres de l'écurie Besson, Pierre Morel s'acquitte de sa tache avec une aisance et une sagesse pour le moins reposantes.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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