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24 févr. 2008

TAKEN

Considérons, allez, les dix dernières années. Si l'on considère uniquement cette période, alors Taken est le vingt-troisième film écrit par Luc Besson. Soit un scénario tous les 159 jours. Joli score. Voilà la bonne nouvelle : le script de Taken monte sans aucun doute sur le podium des plus réussis. Si le film de Pierre Morel n'a rien d'un chef d'oeuvre (faudrait quand même pas déconner), il parvient non seulement à remplir ses objectifs (divertissement et efficacité), mais également à rester supportable pour les non-aficionados du film d'action.
L'argument tient sur un ticket de cinéma : Taken, c'est l'histoire d'un père prêt à casser du méchant pour récupérer sa fille kidnappée. Pas sûr que Besson et son fidèle acolyte Robert Mark Kamen reçoivent l'Oscar du scénario, mais ils méritent en revanche la Palme de l'efficacité. Incarné par un Liam Neeson massif et sérieux comme un pape, le papa poule va régler cette histoire en solitaire, ramener sa fille au bercail, et générique de fin. Il n'y aura pas de dérive façon buddy movie, pas d'humour à deux balles, pas de gonzesse super canon à sauter entre deux fusillades, pas de rebondissements incongrus. Soit les principaux facteurs d'exaspération se manifestant habituellement quand un scénar de Besson est en jeu.
C'est donc l'efficacité qui prime : en à peine une heure et demie, l'affaire sera réglée, et tout le monde en aura eu pour son argent. Il est toujours agréable de sortir d'un film d'action sans avoir de migraines ou de vertiges. Le personnage de Neeson a beau être un ancien espion, on n'oublie pas que c'est un quinqua retraité, et donc qu'il ne peut pas balancer des atémis et des sidekicks façon Jet Li. D'où des scènes d'action assez courtes et souvent crédibles. Ça change un peu. Et s'il y a tout de même un peu d'humour en fin de film, sa qualité varie (ô miracle) de supportable à délicieux. Premier éclat de rire au moment renouer avec les inévitables clichés sur Paris : bateaux-mouches, prostiputes albanaises en mode racolage actif porte de Clichy... Puis arrive la scène la plus délectable du film : un dîner à trois entre le héros et un couple d'anciens amis qui tourne au vinaigre. Volontairement ou pas, cette scène-là est absolument hilarante. En tout cas, ça fonctionne. Une fois finie la gaudriole, Neeson repart au turbin et casse la figure de tous ceux qui osent se mettre sur son passage. Il ira jusqu'à la torture. Le traitement est si excessif qu'on ne peut évidemment pas prendre ça au sérieux. L'acteur n'est pas à ajouter à la liste des successeurs de Charles Bronson, en-dessous de Jodie Foster et Kevin Bacon... Bref, Taken, c'est très amusant, et même s'il est parfaitement interchangeable avec les autres membres de l'écurie Besson, Pierre Morel s'acquitte de sa tache avec une aisance et une sagesse pour le moins reposantes.
7/10

9 févr. 2007

ODETTE TOULEMONDE

Difficile de ne pas passer pour un gros cynique après avoir vu et mal digéré ce Odette Toulemonde, fable tellement sucrée et bien intentionnée qu'on en oublierait presque l'inintérêt total.
Écrit et réalisé par Eric-Emmanuel Schmitt, écrivain moins intello que son nom le laisse penser, Odette Toulemonde se veut être une déclaration d'amour aux petites gens, une manière de leur dire que le bonheur est présent partout pour peu qu'on le cherche bien. Vous êtes une femme battue? Soyez heureuse : il y a au grand magasin d'à côté de très bons produits de beauté pour cacher vos bleus. Vous êtes un jeune mec tellement mal attifé qu'on vous appelle Jésus? Pas grave : vous marchez sur l'eau. Oui, c'est un peu n'importe quoi.
Mais Odette Toulmemonde va plus loin : à entendre Schmitt, ce serait presque in d'être un gros beauf. Regardez cette Odette Toulemonde, plumière sans aspérité qu'il voudrait faire passer pour mère Teresa : elle a une fille imbuvable pourvue d'un fiancé neuneu, et un fils grande folle qui danse sur les tables déguisé en Josephine Baker. Elle n'est ni très maline, ni très intéressante, mais apparemment, ce n'est pas grave. Lorsqu'elle rencontre un écrivain sans talent mais qui fait rêver les mùénagères (genre Marc Levy), c'est le choc. Celui-ci est malheureux car mal considéré par le petit monde de l'édition. Heureusement, à grands coups de musique sirupeuse et de plats de cervelle, Odette va lui redonner le moral. Bah oui, c'est pas grave d'écrire de la merde, puisque des centaines de milliers de coiffeuses achètent ses livres pour les ranger entre deux Harlequin. De plus, à travers un personnage de méchant critique littéraire tellement mal dégrossi qu'on dirait le critique ciné du dernier Shyamalan, Schmitt tend à montrer qu'être cultivé, lettré, ou un peu intelligent, c'est nul. D'où un drôle d'élitisme anti-élites : mieux vaut lire de la soupe dans un F2 toute sa vie que d'essayer d'évoluer un peu et de se forger un goût personnel.
En faisant abstraction de ce propos plus manichéen que manichéen, on peut trouver ici et là quelques répliques et images amusantes. Mais Odette Toulemonde reste malgré tout une comédie romantique pour lecteurs de "Nous deux", qui sent la friture et le renfermé, bien loin de l'Amélie Poulain qu'on aurait voulu nous vendre.
3/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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