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28 sept. 2009

L'AFFAIRE FAREWELL

C'était pourtant une sacrément bonne nouvelle que de voir Christian Carion auteur de films aussi populaires qu'ennuyeux (Une hirondelle a fait le printemps et Joyeux Noël), s'attaquer à un sujet moins ouvertement séduisant pour tenter enfin de pondre un peu de vrai cinéma. Las, L'affaire Farewell ne fait pas illusion très longtemps, même s'il incite à la patience. Tout semble en effet réuni pour donner un film d'espionnage tendu, maîtrisé et instructif... sauf que rien ne se produit à l'écran. Les scènes s'enchaînent, les personnages évoluent, mais l'encéphalogramme du film reste désespérément plat.
Il est curieux qu'un film d'espionnage inspiré d'une histoire vraie et se déroulant dans trois puissances majeures des années 80 semble au final aussi immobile. Pendant près de deux heures, les scènes de dialogues s'enchaînent, dans des voitures, des chambres, des couloirs, des petits salons... Tout cela devrait développer une sensation de paranoïa, d'urgence, d'implosion imminente. Cette léthargie permanente est-elle due à un scénario manquant de relief et de montées en tension ? À la mise en scène un peu molle d'un Carion inégalement inspirée ? À l'interprétation parfois old school ? Difficile à dire. C'est ce qui différencie un film raté d'un mauvais film : l'échec est quasiment inexplicable. La mayonnaise ne prend pas, un point c'est tout. Nul besoin de chercher un responsable à tout prix.
Heureusement qu'il y a Guillaume Canet, dans un rôle assez proche - en moins bien écrit - de celui qu'il tenait dans Espion(s). Depuis qu'il est allé au-delà de son étiquette de jeune premier, l'acteur est devenu bien plus intéressant, gagnant en ampleur et en gravité ce qu'il a perdu en sourires charmeurs. Ses échanges avec le personnage d'Emir Kusturica - crédible, mais l'accent aide beaucoup - sont sans doute ce qu'il y a de plus intéressant dans le film. En revanche, on peine à comprendre pourquoi Carion perd autant de temps à filmer Ronald Reagan - Fred Ward, correct - même lorsqu'il se contente de parler de sa carrière d'acteur alors que là n'est pas le sujet. Comme dans Joyeux Noël, le réalisateur est parvenu à réunir un casting cosmopolite, mais semble tellement ravi de cette diversité qu'il lui faut donner un temps de parole à chacun, et ce en dépit de l'intérêt de ses propos. C'est la marque des réalisateurs trop fans pour être performants : leur objectif semble être tout autant de faire plaisir à leurs acteurs que d'offrir du rythme et de la crédibilité à des spectateurs venus chercher autre chose que la simple restitution filmée d'une affaire d'espionnage dont on peine ici à saisir l'ampleur. Il n'y a jamais de sentiment d'urgence dans Farewell, ni de réelle impression de danger. C'est tout de même un comble.




L'affaire Farewell de Christian Carion. 1h53. Sortie : 23/09/2009.
Autre critique sur Sur la route du cinéma.

31 mai 2008

MARADONA PAR KUSTURICA

Dans la dernière (et meilleure) scène de Maradona, l'ancien footballeur se retrouve face à un Manu Chao qui lui chante la chanson qu'il a écrite pour lui, "La vida es una tombola". Le cinéma d'Emir Kusturica aussi, visiblement, sauf qu'après une série de tickets gagnants ne nous restent que les tickets "perdu, retentez votre chance". Après le morne La vie est un miracle et le consternant Promets-moi, le revoici avec le doc qu'il a porté pendant trois ans, se consacrant à celui qui fut l'une des icônes des amateurs de football du siècle dernier. Et rate l'inratable, tel un attaquant aux pieds carrés ne parvenant pas à mettre le ballon dans le but alors que celui-ci lui est grand ouvert.
En premier lieu, le fan de foot va être très déçu, même si ce n'est pas forcément un mal : finalement, on cause assez peu ballon rond dans ce film. Seul un lourd focus sur la fameuse "main de Dieu" (un but scandaleusement inscrit de la main lors d'un match de Coupe du monde '86 face à l'Angleterre) et quelques horripilants florilèges de buts sur fond de "God save the queen" nous sont infligés. Car si le football est au second plan, c'est parce que Diego Armando Maradona a des tas de choses à dire et à démontrer. En résumé : Bush est un nazi (t-shirts à l'appui), Dieu est grand, la drogue c'est caca, et la vie c'est beau faut la croquer à pleines dents sinon quand on est mort on regrette et c'est trop tard. Un message qui concorde pleinement avec l'état d'esprit actuel de Kustu, devenu subitement un réalisateur béat, niais, désincarné, comme un Jean Becker dopé aux amphets.
Maradona, c'est non seulement un empilage de stéréotypes complètement éculés et débités au mètre cube par un gros joufflu, mais également une apologie de la laideur filmique. Images pixelisées, cadres plus qu'approximatifs, montage à la hache. On dirait que Kusturica n'a même pas réussi à obtenir des images correctes de ses propres films, dont il se sert pour "illustrer" un propos tentant vainement de mettre en parallèle la destinée de Maradona et celle des personnages de Papa est en voyage d'affaires et Te souviens-tu de Dolly Bell ?. Et même lorsqu'il tente de faire dans la grosse poilade, il se plante, à coups de séquences animées montrant le footballeur décapiter Thatcher, botter le cul de Bush, faire tomber le prince Charles de cheval... Alors, vraiment, à moins d'essayer de prendre cela au millième degré (ce qui permettra de faire passer l'anti-américanisme primaire, l'anti-européanisme primaire, l'anti-britannisme primaire et autres d'un Maradona aussi crédible en analyste politique qu'Alain Duhamel en avant-centre de la Seleçao), ce Maradona par Kusturica est à éviter. Par respect pour l'ex-footballeur. Pour l'ex-cinéaste. Ou pour vous-même.
2/10

free music




26 janv. 2008

PROMETS-MOI

Lassé des nombreuses attaques personnelles dont il fut la cible à l'époque d'Underground, Emir Kusturica a décidé il y a une dizaine d'années d'arrêter les films dits sérieux et de s'amuser à faire du cinéma. Si une telle décision est assez regrettable de la part d'un cinéaste éminemment politique, elle devient carrément consternante lorsque l'on constate où en est Kustu aujourd'hui. Après deux films sympathiques mais pas franchement mémorables (Chat noir chat blanc et La vie est un miracle), Emir s'étale de tout son long avec ce Promets-moi, sinistre farce d'une vulgarité sans borne.
Ce qui frappe d'emblée dans le film, c'est l'absence totale de point de vue, de style, de réalisateur. Étonnant de la part de la part d'un homme ayant reçu un prix de la mise en scène et deux Palmes d'Or. Il plante sa caméra entre deux ornières, zoome avidement sur la paire de seins de l'une des "protagonistes", et attend que ça se passe. Avec un tel handicap, ce qui pouvait amuser dans ses précédentes oeuvres tombe immanquablement dans l'humour gras et complètement beauf.
Au niveau de l'imagerie, Promets-moi semble effectuer la synthèse parfaite de toute la filmographie de l'auteur. On y croisera des tziganes, des gosses futés, des inventions délirantes, des chutes en veux-tu en voilà, des méchants ridicules, des animaux, de la musique à plein régime, une histoire d'amour candide... Auparavant, on appelait cela un style, Kusturica parvenant comme par magie à donner une nouvelle jeunesse à chacun de ces thèmes. Ici, le résultat s'apparente plutôt à une gigantesque parodie : tout est usé jusqu'à la corde, traité par dessus la jambe, avec zéro tentative de donner du rythme, de l'allant, du liant. Ça donne un film poisseux, suprêmement ennuyeux, se rapprochant plus de Max Pécas que du Kustu d'antan (sans rire).
Femmes traitées avec une misogynie même pas amusante au millième degré, jets de pisse en guise de gags, acteurs mauvais comme des cochons (même Miki Manojlovic!)... Il n'y a rien à sauver de ce naufrage complet qui montre bien que son réalisateur n'a plus la tête sur les épaules. Faire d'un enfant de 10 ans le héros d'une histoire d'amour avec une fille deux fois plus vieille passe encore (sauf quand le jeune acteur est moins talentueux qu'un goret), mais faire de lui le roi de la baise dans coffre de voiture et le spécialiste des putes n'a ni sens ni intérêt. C'est à la fois gêné, épuisé et exaspéré que l'on sort de ces deux heures de calvaire total. Si vous aimez Kusturica, par pitié, attendez le suivant. Ou contentez-vous de ses cinq premiers films.
1/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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