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19 avr. 2009

HUMAINS

On ne peut pas blâmer Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thevenin pour leurs patronymes (seuls les parents sont à incriminer). En revanche, ils sont les seuls et uniques responsables de ce splendide cadeau qu'est Humains, ultime crucifixion du film de genre made in France, nanar absolu créant une hilarité communicative chez chacun de ses spectateurs. Ce n'est pas joli joli de tirer sur une ambulance, mais c'est presque un devoir, pour le bien du cinéma français et pour la santé mentale de ses deux réalisateurs, que de chanter une bonne fois pour toutes la nullité absolue de ce film où rien, absolument rien n'est à sauver - allez, on préservera la petite Manon Tournier, qui échappe à peu près à l'épidémie de ridicule frappant le reste du casting.
Humains est malheureusement le genre de film dont on devine la destinée dès le premier plan : droit dans le mur. Sauf qu'on n'imagine pas encore à quel point. La première moitié du film est en effet sacrément mauvaise pour tout un tas de raisons, mais c'est la révélation médiane et tout ce qui suivra qui en scelleront définitivement le destin. Il est malheureusement impossible de trop en dire, sous peine de dévoiler ce rebondissement grandiose qui fait d'Humains ce qu'il est, soit un monument de plaisir coupable et de rires sous cape. Disons juste que rarement des sommets de grotesque auront été atteints de façon aussi éhontée. Plus le film avance et plus il ressemble à une parodie, alors qu'il se prend au contraire de plus en plus au sérieux, abandonnant progressivement les traits d'humour nazes mais régénérants qui le ponctuaient jusqu'alors.
Même sans ce coup de génie scénaristique, Humains aurait de toute façon connu le même sort. JOM & POT viennent des effets spéciaux, ce qui n'en fait ni des techniciens ni des artistes. La mise en scène est purement calamiteuse, avec ses plans approximatifs, son montage poussif et ses dizaines de fautes de raccord. Comme si le manque de moyens excusait l'absence d'un semblant de découpage des séquences. Résultat : les scènes d'action (l'inénarrable accident de voiture, la traversée d'un torrent tout miteux à l'aide d'une corde, ou les courses-poursuites de fin de film) ressemblent à un condensé de ce qu'il convient de ne pas faire lorsqu'on est un réalisateur qui se respecte. Simpliste, le scénario atomise les quelques belles idées qui ont dû motiver son écriture, la construction du film se résumant au final à une première partie mortellement ennuyeuse et d'une seconde moitié ahurissante de n'importe quoi.
Les acteurs semblent se demander ce qu'ils font là, n'étant jamais aussi convaincants que lorsque leurs personnages ont à exprimer leur lassitude et leur fatigue. Ils sont tous archi mauvais, à commencer par Lorànt Deutsch en Indiana Jones frenchie et surtout Sara Forestier en apprentie anthropologue (ouais, et moi je suis Michel Ciment). Possiblement excellent quand il est dompté, Dominique Pinon exprime par son cabotinage incessant la situation de totale roue libre vécue par des acteurs complètement paumés, mais qui s'escriment visiblement à mériter leur cachet. On ne peut pas continuer à critiquer Humains très longtemps sans en dire plus qu'il n'en faut ; il faut simplement savoir que c'est un film à voir à plusieurs, pour vivre un moment de rare communion et alimenter des heures et des heures de conversation sur ce spectacle en toc, ahurissant de bêtise, aussi pathétique que mal foutu, qui ménage son lot de scènes hilarantes. Le film d'aventure français (mais en est-ce vraiment un ?) n'en sort en tout cas pas grandi.
0/10

29 nov. 2008

LE PLAISIR DE CHANTER

Une clé USB, de l'uranium, des espions... On se croirait dans un James Bond. Sauf que l'auteur se nomme Ilan Duran Cohen, et que Le plaisir de chanter est avant tout une comédie, extrêmement débridée et bien troussée. Duran Cohen, dont le talent ne se dément pas de film en film, a bâti un univers ultra singulier, vraiment jamais vu, au décalage permanent et toujours délicieux. Les situations croquent sous la dent, les personnages illuminés mais taillés avec précision, et les dialogues ne cessent de toucher juste : bref, c'est du très beau travail. Mais le cinéaste n'est pas homme à se contenter d'un joli scénario : la mise en scène est inventive et la direction d'acteurs au cordeau, donnant à plusieurs interprètes leur meilleur rôle depuis bien longtemps. À commencer par Marina Foïs et Lorànt Deutsch, couple improbable et touchant, qui sortent enfin des rôles dans lesquels on les a vus tant de fois. Jeanne Balibar n'est pas mal non plus en veuve joyeuse, diva à ses heures, qui ne rêve que de variété. Mais c'est Julien Baumgartner, dans le rôle de la petite pute de service, qui fait le plus d'étincelles, lui que l'on n'avait vu jusque là que dans le navrant Sexy boys (sorte d'American pie à la française).
Ici, tous les acteurs se mettent à nu, au propre comme au figuré. Car Le plaisir de chanter aurait également pu s'appeler Le plaisir de baiser, tant ça copule dans tous les sens. On a rarement vu autant de scènes de cul, d'acteurs connus complètement à poil, d'érotisme débridé. C'est d'autant plus audacieux que Duran Cohen parvient à rendre ces scènes-là aussi drôles et réussies que les autres, et jamais gratuites car toujours intégrées au film de façon cohérente. Il n'y a rien de plus difficile que le mélange des genres, mais cela fonctionne du feu de Dieu, sans perte de vitesse ou presque, avec une énergie sans cesse renouvelée et un vrai suspense. Et puis, en creusant un brin, Le plaisir de chanter énonce aussi pas mal de vérités sur le couple, le désir, l'amour, avec plus de justesse que bien des drames consacrés à ce sujet. En cette période de morosité ambiante, où les gens font la gueule plus que de raison, voici un film salvateur, jubilatoire et extrêmement recommandable, interdit aux moins de dix ans mais obligatoire pour tous les autres.
7/10

22 nov. 2008

HOME SWEET HOME

Si la musique peut transcender bien des longs-métrages, elle peut aussi constituer une vraie nuisance sonore capable de saper les efforts d'un réalisateur. Home sweet home est malheureusement victime de cette manie qu'ont certains metteurs en scène de surexploiter leur bande originale, quitte à gâcher des scènes pourtant pleines de potentiel. Il faut donc parvenir à passer outre l'omniprésence de ces morceaux ni bons ni mauvais, mais juste terriblement envahissants.
Ceci étant dit, Home sweet home est un film assez charmant, dont le ton avoisine celui de certaines comédies anglaises. Quatre personnages bien taillés, une vague intrigue policière, et un décor propice aux scènes cocasses en tous genres. Finement dialogué, le film bénéficie d'une interprétation de qualité, avec une grosse mention spéciale à l'irrésistible Alexandre Astier en commissaire buté et flanqué d’un adjoint sans cervelle (Raphaël Lenglet). Si l’intrigue ne va finalement pas très loin, elle est tout de même propice à une jolie réflexion sur la juste définition de la paternité. La génétique fait-elle tout, ou est-ce l’éducation qui prime ? Ce débat insoluble est mené tambour battant par Daniel Prévost et Patrick Chesnais, chacun dans son registre habituel, et dont le duo marche à plein régime.
Reste que tout ça ne va pas bien loin, et qu’on ne retrouve pas ici le Didier Le Pêcheur fantaisiste de Des nouvelles du bon Dieu, et encore moins l’auteur du poisseux J’aimerais pas crever un dimanche. Il est tout de même assez réjouissant de le voir revenir au grand écran dix ans après sa dernière réalisation, lui qui entretemps n’avait fait qu’écrire pour Elie Chouraqui. Espérons qu’Home sweet home ne constitue qu’un nouveau départ pour Le Pêcheur… et qu’à l’avenir il se calmera sur la musique.
6/10
(également publié sur Écran Large)

14 févr. 2008

LA JEUNE FILLE ET LES LOUPS

En ces débuts de vacances scolaires, les mômes ne savent plus où donner de la tête, entre un Indiana Jones de pacotille, des gaulois pas drôles et un dragon des mers. Et nos vieux, dans tout ça ? Qu'ils se rassurent : Gilles Legrand arrive à la rescousse des plus de 77 ans avec cette Jeune fille et les loups de première fraîcheur, qui permettra aux directeurs de maisons de retraite d'organiser une sortie, et aux grands-parents d'emmener leurs petits monstres en salles sans pour autant se taper l'un des gros machins cités plus haut.
En voilà un spectacle fédérateur : des animaux (le loup et le renard étant particulièrement à la mode en ce moment), des acteurs comme on n'en fait plus (aah, Michel Galabru et Jean-Michel Ribes), des sentiments nobles pour mamie, et Casta nue sous une peau de bête pour papy. Sans oublier un liant indispensable, cher à Jean Becker et Christophe Barratier : une bonne grosse louche de nostalgie rance. Eh oui ma bonne dame, c'était mieux avant.
Il fallait déjà un certain courage pour se farcir les précédents fleurons du genre, mais à condition de laisser son cynisme au vestiaire, on pouvait éventuellement se laisser piéger par ces bonnes recettes d'antan, fleurant bon la rillette et le mauvais pinard. Le deuxième film de Legrand, lui, atteint des sommets encore inexplorés. À n'en pas douter, nos amis les seniors seront captivés et séduits par cette aventure romanesque donnant à voir de beaux paysages comme-on-n'en-fait plus. En revanche, les sado-masochistes n'ayant pas encore atteint l'âge de la retraite feraient mieux de fuir ce film interminable et désespérément ringard, plus mal réalisé qu'un mauvais téléfilm et joué façon théâtre de Guignol.
Le pire du pire dans tout cela, c'est sans doute cet humour de fin de banquet, les bons mots façon Jean Roucas ponctuant très régulièrement des répliques déjà navrantes. Il est toujours douloureux de voir des acteurs sympathiques comme Jean-Paul Rouve se vautrer dans la médiocrité avec une telle aisance. Seule la prestation de mademoiselle Casta est à la hauteur. De film en film, la belle prouve qu'elle est une actrice à part entière, avec un vrai tempérament. C'est l'unique bon point de cette purge qui risque malheureusement de trouver son public.
2/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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