Le film est d'abord une histoire de rencontres plus ou moins heureuses. D'abord celle de Leon, photographe en mal de matière, avec le style qu'il cherchait depuis des années et qui pourrait lui valoir la reconnaissance de ses pairs. Patiemment, le film montre à quel point il est difficile d'obtenir le bon cliché, de capter l'éphémère et de figer un équilibre instable. Kitamura plonge le héros dans une nuit noire et fascinante, filmant ses errances nocturnes avec une maestria tétanisante. Pendant une heure et demie, la nuit nous appartient. On s'y noie même carrément lorsque Leon croise la route de cet étrange garçon boucher, au physique impressionnant et aux occupations un peu sanglantes. Là, un miracle a lieu, puisque le réalisme de la quête de Leon et la fantasmagorie liée à ce bourreau des métros se mêlent de façon très crédible en un cocktail de sueur et de sang, excitant et terrifiant.
Midnight meat train montre comment la dépendance peut prendre place dans le quotidien et bouleverser de fond en comble des personnalités apparemment stables. La descente aux enfers de Leon (Bradley Cooper, de plus en plus fort) est la nôtre, le calvaire du boucher (Vinnie Jones, monolithique donc génial) également. D'où une impression de transe qui emmène le film bien au-delà des limites du thriller. Et heureusement : il faut bien avouer que la fin, prise au premier degré, peut sembler totalement foireuse. Le film de Kitamura laissera plus d'une victime sur le bas-côté, mais ne manquera pas de rendre zinzin une partie de l'auditoire, perdu à jamais dans les méandres d'une ville racoleuse et labyrinthique. En tout cas, l'expérience est à tenter coûte que coûte.
Midnight meat train (The midnight meat train) de Ryuhei Kitamura. 1h25. Sortie : 29/07/2009.