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1 mars 2009

LA VAGUE

"La vague", c'est le nom du groupuscule mis en place dans sa classe de lycée par un professeur d'histoire afin d'enseigner à ses élèves les fondements et les dangers d'un régime totalitaire. Incarné par Jürgen Vogel (spécialiste des rôles marquants, du Bonheur d'Emma au Libre arbitre), l'enseignant entend mettre ces jeunes face à leurs contradictions, leurs excès, la monstruosité enfouie en chacun d'eux. Sauf qu'évidemment, cette entreprise pétrie de bonnes intentions va peu à peu déraper, le prof se retrouvant pris à son propre piège, incapable de contrôler cette vague de plus en plus menaçante. Inspiré en partie d'une histoire vraie, La vague est un témoignage précieux sur l'embrigadement et l'impact de l'effet de groupe sur la façon de penser. Mais c'est également une mise en garde contre l'expérimentation à échelle humaine. Ici, on ne joue pas simplement avec la vie de quelques rats de laboratoire, mais avec des êtres fragiles, sensibles, influençables.
Dans L'expérience, son premier film, Oliver Hirschbiegel dénonçait lui aussi ces dangers, décrivant la lente dérive d'une expérience de ce type (sur le thème dominants - dominés, le tout se déroulant dans une fausse prison). Le principal tort de La vague est d'arriver quelques années après, exploitant trait pour trait les mêmes thématiques et les mêmes failles. D'autant que le scénario semble ici plus schématique, donc moins impressionnant : la construction sent trop le film "à thèse", avec introduction, développement en plusieurs parties et conclusion. Le script aurait sans doute fait un excellent mémoire de sociologie ; son passage à l'écran en agrandit cependant les quelques lourdeurs et facilités.
Reste que La vague a quelque chose d'assez inquiétant dans sa description d'une jeunesse si paumée qu'elle se raccroche à n'importe quoi pour se sentir exister. Et la lente et inexorable montée vers un drame que l'on pressent est par moments aussi étouffante que possible, surtout montrée à travers le regard intense de Jürgen Vogel, définitivement l'un des acteurs les plus intéressants de ces dernières années. Bien que manquant un peu de finesse, La vague est au minimum un thriller de qualité, à la plus-value pas inintéressante.
6/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

25 févr. 2008

LE LIBRE ARBITRE

Un film allemand de presque trois heures et racontant la tentative de réinsertion d'un violeur, ça ne vous dit rien? Dommage. Car Le libre arbitre est un film puissant, ni aussi intello-chiant que son titre le laissait présager, ni aussi long que sa durée le laissait indiquer. Le réalisateur-scénariste Matthias Glasner a beaucoup à raconter, à dire, à montrer, et livre un film d'auteur certes austère mais qui prend aux tripes dès la première image pour ne vous lâcher que lorsque les lumières se rallument.
Il faut évidemment avoir le moral pour entrer dans un film qui s'ouvre sur une longue et pénible scène de viol, où rien ne nous est épargné. Si au final les scènes de violence physique et/ou sexuelle se comptent sur les doigts d'une main, Le libre arbitre est tout du long un film très perturbant, aussi convivial que trois heures passées la tête dans un four. L'intrigue et le propos ne cessent de rebondir de façon habile et bigrement intelligente dans ce film absolument pas contemplatif, qui parvient à créer un réel suspense (pas ou peu malsain) quant à la destinée de ses deux personnages principaux, cet ancien (?) violeur fermement décidé à entamer une nouvelle vie et la jeune femme seule et perdue qu'il rencontre et finit par aimer.
Le libre arbitre pose des questions cruciales, à savoir si le changement est possible, si un violeur le reste toute sa vie, si le confort moderne suffit à faire disparaître les traces du passé. Matthias Glasner est sans doute le seul à épouser aussi bien le point de vue d'un délinquant sexuel, et refuse tout net de faire de son personnage principal une simple victime d'un psychisme un peu faible ou d'un système pas adapté. La preuve : il choisit de commencer son film par cette scène abjecte de viol afin de limiter fortement l'empathie possiblement créée par la rédemption qui suit. Si la dernière bobine cède un peu trop à un certain misérabilisme, la sobriété et l'intensité de l'ensemble font de Glasner un cinéaste à suivre, et de Jürgen Vogel un acteur de tout premier plan, lui qui illuminait déjà Le bonheur d'Emma.
8/10

29 juin 2007

LE BONHEUR D'EMMA

En France, on a Jean Becker. En Allemagne, eux, ils ont Sven Taddicken. Un jeune réalisateur qui ne passera sans doute pas toute sa vie à filmer des agriculteurs et des soirées pot-au-feu, mais le fait bien, lui. Suivez mon regard : Le bonheur d'Emma est la preuve, s'il en fallait une, que le terroir et le cinéma peuvent faire bon ménage sans tomber dans la nostalgie crasse ou la bêtise boueuse.
L'héroïne de Taddicken est une agricultrice, à la fois terriblement rustaude et formidablement belle. Sa façon de susurrer des mots doux aux cochons qu'elle égorge la rend fascinante, telle une veuve noire en mode agricole. À la suite d'une rencontre (un peu artificielle, mais là n'est pas l'essentiel) avec un garagiste un peu filou, Emma va découvrir que le bonheur n'est pas seulement dans le pré, mais aussi dans la chambre à coucher, la cuisine, et ailleurs. une histoire d'amour à la fois toute simple et formidablement audacieuse : faire s'aimer une paysanne pur jus et un citadin en phase terminale. Car malgré le titre, le sujet central du film est bel et bien la mort, celle qui s'insinue partout et tout le temps, au mépris des sentiments et des usages. Le message (carpe diem, en gros) peut paraître béatement primaire, mais il est asséné avec une sincérité teintée de violence qui peut légitimement laisser sur le cul. Par la force de caractère de son personnage principal, Le bonheur d'Emma séduit et émeut, scellant définitivement sa réussite par la grâce d'une conclusion âpre et éprouvante. Prends-en de la graine, Jean Becker.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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