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11 août 2008

SOLITAIRE

Nos amies les bêtes ne sont pas toujours aussi amicales qu’on voudrait le croire. À vrai dire, ce sont très souvent de sacrées saloperies. Le crocodile de Rogue - Solitaire en VF, pourquoi pas – est une vermine de première, aussi rusé que gigantesque. Mais il faudra faire preuve d’une patience d’ange pour l’apercevoir… Après Wolf creek, slasher intelligent et très efficace, l’australien Greg McLean fait cette fois dans l’horreur animalière et se montre plus proche du Spielberg des Dents de la mer que des tacherons de Komodo et autres Lake Placid 2. Comme dans son film précédent, il prend un malin plaisir à multiplier les fausses pistes, à jouer avec les lieux communs et à faire monter le degré de frustration du spectateur. Pas de prologue pour faire connaissance avec le vilain croco, pas de scène-choc dès le début pour river tout le monde à son siège : on en sait aussi peu que les personnages sur ce qu’il risque de leur arriver, et ce n’est qu’au terme d’une excursion touristique que la bêêête commencera à faire des ravages.
Une fois les présentations effectuées, McLean propose une montée en tension par paliers, avec de longues périodes de répit – façon de parler – puis des pics d’angoisse de plus en plus resserrés. Son utilisation des éléments, de la nuit qui tombe subitement jusqu’à l’eau qui gagne progressivement du terrain, est remarquable. Si l’image de Solitaire est moins belle que celle de Wolf creek, c’est uniquement parce que les décors se prêtent moins à la contemplation. En revanche, le metteur en scène a fait des progrès dans sa façon de faire naître le suspense, et c’est là le principal. Le danger est omniprésent de bout en bout, et la galerie de personnages, loin des archétypes, nous le fait bien sentir. Il y a très peu d’effets spéciaux dans ce film, et ce n’est pas par manque de moyens. « Un gentleman, c’est quelqu’un qui sait jouer de la cornemuse mais qui n’en joue pas », dit le proverbe écossais. McLean est donc un vrai gentleman.
Là où Solitaire se distingue encore un peu plus, c’est par ses dernières bobines, qui opèrent une bifurcation légère mais notable quant au point de vue adopté. Arrive enfin (?) l’instant de la confrontation finale avec le sac à main géant, une lutte acharnée mais qui a le bon goût de ne pas être interminable. Loin des habituels films-catastrophes qui nous emmerdent copieusement entre deux scènes d’action et font ensuite durer les moments de bravoure pour justifier leur budget, le film de Greg McLean est un modèle de mesure et d’efficacité, qui aurait sans doute pu aller plus loin dans l’angoisse mais fait bien mieux que la majorité des films du genre.
7/10

7 août 2006

WOLF CREEK

Peut-on aimer un slasher movie principalement parce qu'il propose des paysages à couper le souffle? C'est la question épineuse que soulève ce Wolf creek, balade dans le désert australien qui finira en bain de sang.
La première demi-heure, sans aucun effet horrifique ni porte qui claque, est un délicieux moment de calme avant la tempête. Greg McLean y plante tranquillement son décor : à gauche, le désert à perte de vue, à droite, quelques péquenots, au fond à droite, un magnifique cratère de météorite, l'un des plus grands du monde. Les images sont superbes, et on se prend à espérer que la partie horrifique soit aussi belle.
Mais même s'il est très loin de démériter, McLean ne parvient pas tout à fait à rendre un produit complètement convaincant. Tout cela manque un peu d'originalité. Mais le principal, c'est qu'on flippe. Le tueur, un humain pur jus (et pas un freak qui crache du pus) est une ordure sans nom, un pervers génial, qui devait certainement couper les ailes des mouches quand il était petit. Qu'un homme fait de chair et de sang puisse être aussi sanguinaire, voilà qui fiche bien plus les pétoches que mille zombies affamés.
Niveau scènes à suspense, Wolf creek vaut donc son pesant de cacahuètes. C'est crédible, assez haletant, et toujours bien filmé (c'est beau un cadavre la nuit). Avec même un petit voile mystique à la Jacques Pradel : si nous sommes dans une histoire purement réaliste, pourquoi les montres des héros se sont-elles arrêtées toutes à la même minute?
Il manque à Wolf creek un semblant de liant, un petit plus qui en aurait fait LA nouvelle référence en matière d'angoisse. Reste qu'on aurait bien tort de faire la fine bouche. D'autant que la fin, complètement dégueulasse, fait à la fois frissonner la colonne vertébrale et sourire sadiquement.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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