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9 juil. 2009

HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG MÊLÉ

C'est tous les (deux) ans la même chose : un nouvel Harry Potter sort en salles, se révèle moyennement convaincant, mais parvient à faire de l'épisode suivant un évènement essentiel créant une impatience débordante. Le prince de sang mêlé n'échappe pas à la règle, procurant un sentiment de « c'était mieux avant » alors que la série n'a finalement jamais été exceptionnelle. Les deux films de Chris Columbus avaient gentiment ouvert la voie et conquis un large public ; les suivants, en particulier Le prisonnier d'Azkaban, n'ont fait qu'empiler belles intentions et jolies promesses. Le prince de sang mêlé est sans doute le plus représentatif de ce teasing permanent, de cette sensation d'avoir vécu huit ans de préliminaires et d'être incapable de passer à l'étape suivante. Résultat : plus que jamais, la saga Harry Potter ressemble à une gigantesque machine à frustration. Rutilante mais jamais satisfaisante.
Contrairement à un Ordre du phénix qui démarrait sur les chapeaux de roue pour finalement s'endormir en cours de route, ce nouvel opus - toujours réalisé par David Yates - s'ouvre dès le départ sur un faux rythme, tentant de créer le mystère mais y parvenant difficilement. Et pour cause : à l'exception d'une conclusion tragique dont les lecteurs de J.K. Rowling et pas mal d'autres connaissent la teneur, tout ceci n'est qu'un vaste épisode de transition destiné à amener au chapitre final, qui se traduira à l'écran par deux nouveaux films. S'il n'est certainement pas le plus ennuyeux de la série, Harry Potter et le prince de sang mêlé est sans doute le film le moins dense, puisqu'il ne s'y passe quasiment rien pendant deux heures et demie. Une trahison, une disparition, trois pauvres scènes d'action, salut et à dans deux ans. C'est tout de même un peu court. Il y a dans tout cela un aberrant problème de construction, qui fait que le soufflé ne prend jamais vraiment : Voldemort, le gigantesque bad guy de la franchise, n'apparaît qu'ultra furtivement, déléguant quelques représentants moins charismatiques et inquiétants.
On peut difficilement incriminer David Yates et son scénariste Steve Kloves sur ce point ; tous deux s'acquittent d'ailleurs plutôt bien de leur tâche, même si la plupart des éléments un peu intéressants du film semblent avoir déjà été traités dans d'autres épisodes, et souvent en mieux. Ainsi donc, le traitement façon teen movie des amours contrariées de Ron, Hermione et quelques autres semblent avoir atteint des sommets dans les numéros 4 - la fameuse scène de bal - et 5 - où chacun prend conscience de sa propre mutation physique et de celle des autres. De même, les fameux Mangemorts étaient bien plus effrayants dans le film précédent. Et ainsi de suite. Autre problème, assez insoluble : quand il a choisi des acteurs au début de ce siècle, Chris Columbus pouvait difficilement deviner que certains perdraient tout charisme en grandissant. Malheureusement pour les réalisateurs suivants et David Yates en particulier, Tom Felton (Draco Malefoy) est sans doute le plus insipide de tous, quand d'autres se révèlent au contraire plus convaincants de film en film - Rupert Grint est quand même très drôle.
L'humour est d'ailleurs ce qui sauve le film à plus d'une reprise et le rend relativement divertissant à défaut d'autre chose. Les errements sentimentaux des héros, leurs approximations, leur tâtonnements, font partie des moments les plus amusants et intéressants. À mesure que la saga gagne en noirceur, on aurait pu imaginer que toute forme de drôlerie allait être bannie ; c'est presque le contraire qui se produit, et c'est plutôt une bonne surprise. C'est peut-être la seule, d'ailleurs : car aucune des scènes-clés tant attendues ne parvient à prendre aux tripes ni à émouvoir, Yates ayant choisi de se placer en retrait et de refuser toute trace de mélodrame. Au final, Harry Potter et le prince de sang mêlé ne constitue pas une révolution dans la série, ressemblant quasiment trait pour trait au précédent, et qu'il parvienne tout de même à donner envie de s'agglutiner dans le noir pour voir la suite - ou plutôt les suites - a tout de même quelque chose d'inexplicable. C'est peut-être ce qu'on appelle la magie.




Harry Potter et le prince de sang mêlé de David Yates. 2h33. Sortie : 15/07/2009.
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