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24 août 2008

VERSAILLES

Misère sociale, richesse intérieure : c'est le menu de ce très beau Versailles, plongée dans l'existence de quelques êtres vivant dans la précarité la plus totale. Au misérabilisme, Pierre Schoeller préfère une approche âpre et poétique, forcément salvatrice. Ses personnages ne sont pas décrits comme des victimes, mais plutôt comme des gens un peu malchanceux ou marginaux. Au centre du film, Damien, incarné par un Guillaume Depardieu magnétique, est en quête de dignité et d'identité, regonflé par la rencontre d'un petit garçon ayant fortement besoin de lui (Max Baissette de Malglaive, miracle sur pattes). La description des rapports de ces deux êtres paumés est d'autant plus bouleversante que Schoeller fait dans la simplicité la plus totale, refusant de nous attendrir façon Hector Malot ou de livrer un film torturé à la Carax.
S'il faut quelques minutes pour s'habituer à une mise en scène qui pourrait passer pour pauvre, Versailles révèle ensuite des trésors de beauté dans sa façon de sublimer quelques images et moments. C'est beau, une cabane de fortune en plein coeur de la forêt. C'est beau, un mioche qui grimace et se raidit lorsqu'on lui rince les cheveux à l'eau froide. Ce qui n'empêche pas Schoeller de crier sa révolte face à un système faisant trop souvent la sourde oreille. Et quand Damien décide d’entamer des procédures pour reconnaître ce fils qui n’est pas le sien, la poésie fait place à une rage contenue mais prégnante. Qu’importe si la toute fin convainc un peu moins que le reste : Versailles nous submerge d’émotions et se garde bien de nous faire la leçon. Bien aidé par des acteurs magistraux, Schoeller s’installe dès son premier film parmi ceux qui savent comment filmer les gens d’en bas, quelque part entre le Siegfried de Louise (take 2) et le Kechiche de La faute à Voltaire.
8/10
(également publié sur Écran Large)

12 juin 2008

LES INSOUMIS

Il y avait de quoi craindre le pire à l'idée de voir Claude-Michel Rome, jusqu'ici réalisateur de téléfilms et de feuilletons estivaux comme Zodiaque et sa suite, débarquer sur grand écran avec un polar qui sentait bon l'esprit TF1. Des préjugés bien excessifs, le bonhomme faisant preuve d'une certaine aisance derrière la caméra. Les insoumis est un film, un vrai, pas un caprice de star de la petite lucarne. S'il a encore des progrès à faire dans le découpage des scènes d'action, Rome met en scène de façon convaincante un film noir qui peine cependant à convaincre.
Il faut dire que le scénario d'Olivier Dazat (auteur, entre autres, du Vélo de Ghislain Lambert et de Quatre étoiles) empile un peu trop les poncifs sur le métier de flic. Difficile notamment de croire au personnage de Richard Berry, cow-boy solitaire et incorruptible qui vient remettre les choses à leur place dans un commissariat difficile. De nombreuses scènes donnent une impression de déjà vu, pas aidées par des dialogues franchissant plus d'une fois la limite de la trivialité et du bon mot facile. Tout cela nuit un peu à la crédibilité du film, plongée dans milieu du gangsterisme d'envergure. Heureusement, le casting est solide et l'interprétation convaincante, de Zabou Breitman en cheftaine enceinte au méconnu mais excellent Moussa Maaskri en fliquard taciturne.
Pas révolutionnaire mais bien menée, l'intrigue donne lieu à des morceaux de bravoure pas forcément lisibles mais étonnamment explosifs. La scène d'ouverture fait penser à Heat, une autre à Assaut, et si la comparaison s'arrête là, elle permet de constater que Les insoumis est un film ambitieux. Il est surtout permis d'espérer que Claude-Michel Rome, s'il poursuit dans ce désir de livrer des polars d'envergure et s'il trouve de meilleurs scénarios, puisse devenir l'un des fers de lance du film noir français, bien loin des vilains préjugés que l'on pouvait émettre à son encontre.
5/10
(également publié sur Écran Large)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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