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12 mars 2009

LES PASSAGERS

S'il fallait trouver une originalité aux Passagers, ce serait sans nul doute son point de départ, amené par la profession de son personnage principal. Anne Hathaway interprète en effet une psy chargée de fournir un soutien psychologique à une dizaine de rescapés d'un terrible accident aérien. Une tache d'autant plus ardue que les témoignages des patients sont contradictoires et que l'un d'entre eux fanfaronne comme s'il n'avait pas vécu le drame. C'est donc plein d'interrogations qu'on entre dans le film de Rodrigo Garcia, qui bénéficie d'une mise en place rapide et efficace.
Les premières rencontres avec ce patient hors normes ont également une certaine saveur, puisqu'elles contribuent non seulement à épaissir le mystère, mais également à définir le genre du film. Thriller ? Romance ? Fantastique ? Tout ça à la fois ? Problème : comme dans la majorité des films qui posent beaucoup de questions, la plupart des réponses apportées par le scénario déçoivent. Les trois derniers quarts d'heure du film servent à délayer une longue résolution qui n'est ni satisfaisante ni excitante, condamnant Les passagers à rejoindre un demi-million de divertissements honnêtes mais bien trop banals.
C'est d'autant plus dommage qu'Anne Hathaway est curieusement très crédible en psychologue (jouer bien va finir par devenir une habitude chez elle) et que le reste du casting, de Patrick Wilson à David Morse, se tient lui aussi plutôt bien. Quant à la mise en scène de Rodrigo Garcia, elle est relativement solide et met bien en valeur l'ambiance "théorie du complot" qui pèse sur le film pendant les premières bobines. De quoi donner un film certes pas franchement excellent, mais tout de même mieux exécuté que la moyenne.
4/10

28 févr. 2009

WATCHMEN - LES GARDIENS

Une fois n'est pas coutume : pour apprécier pleinement Watchmen, mieux vaut avoir lu - récemment si possible - le pavé d'Alan Moore et Dave Gibbons, oeuvre-somme sur une bande de super-héros vieillissants à qui on veut manifestement du mal. Qui n'a jamais mis le nez dans le comic aura sans doute bien du mal à se repérer dans ce film foisonnant, complexe, qui refuse la facilité afin de se conformer au mieux au matériau de base. C'est la grande qualité du film de Zack Snyder : son extrême fidélité. Le travail d'adaptation semble s'être résumé à un dégraissage conséquent destiné à faire entrer quatre cents pages sacrément denses dans un film de moins de trois heures. À l'arrivée, Watchmen le film est littéralement une mise en image de la BD, respectant tout la ligne narrative, n'oubliant aucun rebondissement, ne cherchant jamais le raccourci destiné à raccrocher le spectateur un peu paumé. À une fin près (la même, mais en différent), c'est une copie conforme et très fidèle. Trop peut-être : s'il n'est pas clairement indiqué, on sent le poids du chapitrage, notamment parce que l'on passe parfois dix minutes avec le même personnage avant de revenir aux autres. Cela provoque un léger déséquilibre, plus criant à l'écran qu'à l'écrit, mais n'affecte en rien le rythme et la personnalité de l'ensemble.
Le rythme, parlons-en : contrairement à une grande majorité de films de super-héros, Watchmen ne raconte pas un combat mené contre un gros vilain armé de mauvaises intentions. C'est la quête, parfois introspective, de quelques êtres à bout de souffle qui cherchent pourquoi on leur veut du mal. Le tout agrémenté de flashbacks, de monologues intérieurs, de digressions, comme un journal intime collectif. De l'action ? Il y en a, et sanglante en plus ; mais que personne n'espère se gaver de morceaux de bravoure, de poursuites en Watchmen-mobile et de duels ultimes avec le(s) méchant(s). De ce fait, qui n'est pas happé par l'univers risque de trouver le temps sacrément long : il faut faire l'effort de s'attacher à ces personnages bien sombres et de plonger dans cette ville poisseuse et sordide. Ce qui n'empêche pas l'humour : pour dédramatiser l'importance suprême de l'adaptation d'une oeuvre si vénérée, Snyder se permet d'en injecter pas mal, de façon parfois incongrue, comme une série de petites irrévérences destinées à rappeler que tout cela n'est que du cinéma. Cela n'a pas du plaire à Alan Moore, qui doit s'arracher la barbe devant des scènes comme celle où le Spectre Soyeux et le Hibou lutinent sur le Hallelujah de Leonard Cohen. De quoi faire s'évanouir un ou deux fans intégristes.
Globalement, donc, c'est un sans-faute : comme The dark knight l'été dernier, Watchmen est un film noir et politique, la différence étant qu'ici le contexte est on ne peut plus réel. Le film se déroule en effet sur fond de guerre froide et de menace nucléaire, l'ensemble étant très intimement lié à la destinée des Watchmen. Si dégraissage il y a eu (on passe un peu vite sur les opinions politiques douteuses de certains des prétendus héros), il a heureusement été pratiqué avec parcimonie, et l'ensemble a une résonance très actuelle (remplaçons le bloc soviétique par l'Iran, et le tour est joué). On aboutit parfois à une sorte de réalisme cru, dû à la haute qualité technique et artistique du film, qui rend tout extrêmement crédible.
Car Watchmen est aussi une réussite plastique, Snyder ayant su dilapider intelligemment son confortable budget. Mise en scène très carrée (ça manque tout de même d'un peu de génie), effets visuels irréprochables, costumes et décors idem. Et un casting qui, malingre sur le papier, révèle son vrai potentiel. Parmi les plus performants (ils le sont tous), Jackie Earle Haley est un fabuleux Rorschach et Malin Akerman un Spectre félin et explosif. Quant à Billy Crudup, bien relayé par les effets spéciaux, il campe un Dr. Manhattan totalement convaincant alors que ce n'était pas gagné : pensez donc, un type tout bleu, qui se balade souvent tout nu (oui, VRAIMENT tout nu) et peut changer de taille comme il l'entend... On y croit presque tout le temps, sauf peut-être lorsqu'il part désintégrer du Viêt-cong au son de la Chevauchée des Walkyries. Un petit côté too much qui est également l'une des marques de fabrique du film.
Sauf que le too much, le kitsch et le rococo étaient des éléments essentiels pour réussir une bonne adaptation d'un comic se déroulant principalement dans les années 70-80, et se caractérisant par des couleurs criardes et très souvent hideuses... Alors oui, à plus d'un endroit, l'imagerie du film peut sembler totalement ringarde, mais ce parti pris devient rapidement très agréable à condition de l'accepter dès le départ. D'une façon générale, il faut produire un certain effort pour aimer ce Watchmen, mais celui-ci vous le rendra au centuple. Profond, intense, multiple, attachant : voilà un film tout sauf fade, qui ne laissera personne indifférent, mais auquel manque il est vrai ce gros supplément d'âme et de tragique qui fait les chefs d'oeuvre. Étant donné les innombrables risques engendrés par ce projet ô combien casse-gueule, on se contentera allègrement de cet enthousiasmant concentré de pop culture.
8/10

(autre critique sur L. aime le cinéma)

4 nov. 2008

HARCELÉS

On a déjà vu trente-six fois l'histoire de cet homme qui s'immisce dans la vie de ses voisins, jusqu'à développer un vrai comportement de psychopathe. La petite différence de Harcelés, c'est que le fou furieux en question est noir, et que ce n'est pas un hasard s'il s'attaque à un couple mixte... Le racisme à l'envers (appellation un peu idiote), tel est le sujet du film de Neil LaBute, qui le traite à travers un polar tout ce qu'il y a de plus classique.
Bien que désespérément classique, Harcelés bénéficie toutefois de quelques bonnes idées, dont celle consistant à faire du vilain harceleur un père de famille, casse-bonbons mais très aimant, un type somme toute assez humain mais un peu dépassé par ses obsessions. C'est lui que le film introduit en premier au lieu d'en faire une simple menace sur pattes... Bien campé par un Sam Jackson convaincu, Abel est un personnage plutôt intéressant, même si la révélation finale à propos de son trauma dégonfle sérieusement la baudruche.
Le propos sur le racisme reste relativement limité, tout comme l'intensité du climax qui clôt le film. En revanche, Neil LaBute réussit à installer une ambiance savoureusement délétère, où le danger est partout. Sans être révolutionnaire ou particulièrement saisissant, le film signe un léger rebond dans la carrière miteuse d'un réalisateur souvent décevant.
4/10

28 sept. 2006

HARD CANDY


Au pays de Hard candy, ce n'est pas comme dans tous les pays. On ne s'amuse pas, pas plus qu'on ne pleure ou qu'on ne rit devant ce ramassis de conneries. Le début était pourtant prometteur. Pensez donc : un thriller à huis clos, deux personnages seulement, et absolument pas le moindre effet visuel dans la première demi-heure. Rien que des dialogues, des soupçons, un rapport pervers qui s'installe. Sauf que cette jolie mécanique dévoile rapidement ses premières faiblesses : tout ceci est atrocement long et bavard, et on en vient à prier pour qu'enfin la folie meurtrière s'empare de l'un des personnages. Au prix d'une patience infinie, nos souhaits finissent par être exaucés. Sauf que non. Parce que David Slade a cru pouvoir endosser à la fois les capes de petit malin et de Michael Haneke sauce américaine, Hard candy ne ressemble finalement pas à grand chose. Les promesses de vengeance froide restent au placard (chaque situation potentiellement glaçante est toujours désamorcée à la dernière minute), la mise en scène clinique tourne en rond au sens propre comme au figuré, et le monologue incessant et abrutissant de l'ado vengeresse achève de nous achever.
Il y avait pourtant de l'idée dans ce jeu de l'arroseur arrosé, pédophile (présumé) qui chasse ses proies par le biais d'Internet avant de finir traqué par sa dernière cible en date. Mais la perversité trop fabriquée, l'intrigue faussement alambiquée et des rebondissements sans cesse plus téléphonés sont quelques-unes des causes de ce ratage total, ennuyeux au possible et frimeur à souhait. Un coup dans l'eau.
2/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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