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30 juil. 2009

ADIEU GARY

Putain, 33 ans. Dans ce qui ressemble à un bien malheureux coup de pub, Yasmine Belmadi nous a quittés la semaine dernière après un stupide accident de scooter. Trop tard pour que le réalisateur Nassim Amaouche puisse lui dédier son film, mais sans nul doute le coeur y est.
Belmadi est parti après ce qui est sans doute le plus beau rôle de sa carrière, celui de Samir, gentil gars fraîchement sorti de prison, qui constate que les rares choses à avoir changé n'ont pas évolué dans le bon sens. Gravitent autour de lui des personnages un peu abimés, voire carrément usés, mais qui vivent ou survivent dans l'énergie du désespoir. Adieu Gary n'est pas vraiment une comédie, brasse des thèmes souvent graves, mais parvient néanmoins à le faire avec le sourire, montrant qu'on peut galérer sans pour autant tirer une tronche de six pieds de long. Positif à défaut d'être optimiste, c'est un concentré de joli cinéma qui porte des valeurs fort louables et ne se sent jamais obligé de virer au tragique.
Que le père de Samir (Bacri, magnifique) ne bosse que pour la beauté du geste, que sa voisine (Dominique Reymond, superbe comme toujours) serve de cobaye pour l'industrie pharmaceutique ou que le fils de cette dernière attende désespérément que son père (Gary Cooper, croit-il) ne sont en rien des facteurs de déprime pour le spectateur ou les autres personnages ; leurs conditions moyennement enviables sont au contraire vecteurs d'espoir et les poussent à faire avancer leurs envies de vivre ailleurs ou autrement. Résultat : souvent très drôle, Adieu Gary est un film qui va de l'avant, son décor façon western n'étant pas un cimetière mais au contraire le lieu d'un nouveau départ. L'humilité du film d'Amaouche fait chaud au coeur et constitue l'hommage idéal à l'acteur modeste qu'était Yasmine Belmadi, jeune pousse insuffisamment exploitée et qui, l'air de rien, manquera au cinéma français.




Adieu Gary de Nassim Amaouche. 1h15. Sortie : 22/07/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

29 nov. 2008

LE PLAISIR DE CHANTER

Une clé USB, de l'uranium, des espions... On se croirait dans un James Bond. Sauf que l'auteur se nomme Ilan Duran Cohen, et que Le plaisir de chanter est avant tout une comédie, extrêmement débridée et bien troussée. Duran Cohen, dont le talent ne se dément pas de film en film, a bâti un univers ultra singulier, vraiment jamais vu, au décalage permanent et toujours délicieux. Les situations croquent sous la dent, les personnages illuminés mais taillés avec précision, et les dialogues ne cessent de toucher juste : bref, c'est du très beau travail. Mais le cinéaste n'est pas homme à se contenter d'un joli scénario : la mise en scène est inventive et la direction d'acteurs au cordeau, donnant à plusieurs interprètes leur meilleur rôle depuis bien longtemps. À commencer par Marina Foïs et Lorànt Deutsch, couple improbable et touchant, qui sortent enfin des rôles dans lesquels on les a vus tant de fois. Jeanne Balibar n'est pas mal non plus en veuve joyeuse, diva à ses heures, qui ne rêve que de variété. Mais c'est Julien Baumgartner, dans le rôle de la petite pute de service, qui fait le plus d'étincelles, lui que l'on n'avait vu jusque là que dans le navrant Sexy boys (sorte d'American pie à la française).
Ici, tous les acteurs se mettent à nu, au propre comme au figuré. Car Le plaisir de chanter aurait également pu s'appeler Le plaisir de baiser, tant ça copule dans tous les sens. On a rarement vu autant de scènes de cul, d'acteurs connus complètement à poil, d'érotisme débridé. C'est d'autant plus audacieux que Duran Cohen parvient à rendre ces scènes-là aussi drôles et réussies que les autres, et jamais gratuites car toujours intégrées au film de façon cohérente. Il n'y a rien de plus difficile que le mélange des genres, mais cela fonctionne du feu de Dieu, sans perte de vitesse ou presque, avec une énergie sans cesse renouvelée et un vrai suspense. Et puis, en creusant un brin, Le plaisir de chanter énonce aussi pas mal de vérités sur le couple, le désir, l'amour, avec plus de justesse que bien des drames consacrés à ce sujet. En cette période de morosité ambiante, où les gens font la gueule plus que de raison, voici un film salvateur, jubilatoire et extrêmement recommandable, interdit aux moins de dix ans mais obligatoire pour tous les autres.
7/10

19 mars 2008

LE NOUVEAU PROTOCOLE

Il y a 9 ans, Thomas Vincent réalisait son premier long, l'excellent Karnaval, qui révélait Clovis Cornillac à la carrière jusque-là confidentielle. Depuis, l'acteur a explosé, même si le bilan comptable est plus impressionnant que la réussite artistique. Trente films en moins de dix ans, c'est beaucoup, à tel point que Cornillac, malgré ses qualités indéniables, a fini par engendrer un certain dégoût chez les cinéphages. S'il n'est pas certain que ses retrouvailles avec Vincent stoppent son insupportable boulimie filmique, Le nouveau protocole vient en tout cas rappeler que Cornillac fut d'abord un excellent acteur avant de sombrer dans une caricature de lui-même. Son rôle de Raoul Kraft est à peu de choses près ce qu'il a fait de mieux depuis... Karnaval. À croire que Thomas Vincent est l'un des seuls metteurs en scène à savoir canaliser l'acteur et à en tirer le meilleur.
Aux côtés d'une Marie-Josée Croze aussi irréprochable que lui, Cornillac est l'un des piliers de la franche réussite que constitue ce Nouveau protocole. Malgré le talent certain de Vincent, il y avait de quoi craindre ce petit frère frenchie des nombreux films américains à avoir tenté de démonter les grands systèmes économiques qui régissent et pourrissent le monde. De par son thème (les ravages de l'industrie pharmaceutique), le film fait particulièrement penser à The constant gardener. Mais le scénario d'Eric Besnard exploite des horizons plus réalistes, préférant dénoncer par le biais du polar plutôt que de livrer un simple pamphlet qui aurait difficilement supporté la comparaison. Le thriller est efficace, tout comme le propos, qui évite globalement le manichéisme et l'angélisme. Si plein de questions se posent à Raoul Kraft suite à la mort étrange de son fiston, s'il trouvera effectivement quelques clés, c'est néanmoins le doute qui finira par l'emporter. C'est à coup sûr le plus beau message délivré par un film qui refuse de livrer des réponses qu'il n'a pas.
Ce scénario habile et équilibré est parfaitement mis en valeur par le travail de Thomas Vincent, qui confirme ses dispositions de directeur d'acteurs ainsi que son aptitude à créer une atmosphère à partir de rien. Rythmé, musclé, intelligent, Le nouveau protocole a tout d'un film à l'américaine, sans pour autant perdre sa propre identité et sombrer dans la simple copie de ses modèles US. Il serait dommage de se priver de ce spectacle sombre et dense qui pourrait bien ouvrir la voie à toute une génération de réalisateurs français.
8/10

11 mars 2008

L'HEURE D'ÉTÉ

Ne se fier ni à l'affiche, ni au titre, ni même au premier quart d'heure du film : L'heure d'été n'est pas une énième comédie douce-amère sur une famille décomposée se retrouvant dans une maison de campagne pour faire le point. Sous des apparences gravement trompeuses, le nouveau Assayas (son premier en France depuis Les destinées sentimentales) révèle un tempérament et une atmosphère unique. Étiré dans le temps, proposant des petits moments de vie moins anecdotiques qu'ils n'en ont l'air, effectuant des transitions par le biais de fondus au noir très sobres, le film est une réflexion sur l'art, son utilité éventuelle, son rôle certain, sa place dans l'existence de chacun. Et un constat désabusé sur l'éclatement de l'unité familiale et la délocalisation des coeurs. Seul un auteur de cette trempe pouvait y parvenir.
Il faut donc passer outre un début de film un brin conventionnel, qui établit de façon légèrement voyante les liens unissant les différents membres de cette famille. C'est ensuite, une fois survenue la disparition de la doyenne, que L'heure d'été trouve son équilibre. Assayas filme cette maison si encombrée de trésors comme il dépeint les trois membres de la fratrie, qui peinent à se débarrasser de ce passé trop lourd pour eux. Mille petits détails entretiennent l'émotion palpable et empreinte de dignité qui pèse sur le film. La visite d'experts en art, émerveillés par les innombrables objets d'art accumulés par la défunte comme autant de souvenirs d'une vie des plus riches, est une petite merveille. Tout comme le week-end festif donné par les ados dans cette maison dépossédée de son esprit. Au prix d'une remarquable économie de mots, Assayas orchestre un poème nostalgique et un peu grave qui enjoint chacun d'entre nous à réfléchir sur sa propre condition ainsi que sur le regard qu'il porte sur les autres. Un grand film minimaliste, comme le cinéma français nous en offre trop peu. N'y voir qu'un contrepied pris par le réalisateur pour filer à des lieues du côté un peu hype de ses derniers (et excellents) films serait une insulte. En revanche, il convient de constater qu'il est aussi doué dans tous les registres, aussi opposés soient-ils. Cela mérite une admiration sans bornes.
8/10

21 janv. 2007

LE DERNIER DES FOUS

Violence des échanges en milieu tempéré : si le titre n'était pas déjà pris, il aurait très bien convenu au deuxième film de Laurent Achard. Dans la ferme familiale, cinq personnages se déchirent. Parmi eux, Martin, mecqueton de presque 11 ans à la paupière tombante et au mutisme intrigant.
Sans être toujours convaincant, le film d'Achard impressionne par sa capacité à alterner silence malsain et hystérie rustique (travail du son discret mais saisissant). On pense plus d'une fois à Peau d'homme, coeur de bête, très beau film d'Hélène Angel, où déjà Pascal Cervo donnait du fil à retordre aux siens.
Le dernier des fous est le genre de film qu'il est très facile de rater. Un peu trop de complaisance ou un excès d'hystérie auraient pu rendre le projet imbuvable et insupportable. Mais non : Achard maîtrise son sujet et filme simplement mais joliment des personnages bien écrits. Et plus la fin avance, plus on comprend que les secrets de famille resteront enfouis, et que les réponses ne seront pas offertes clé en main. Jusqu'à ce plan impressionnant, le plus important du film, où le malaise, agrémenté d'une bizarre touche d'onirisme, vient pénétrer les crânes et laisser une dernière impression vraiment positive.
7/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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