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14 mars 2009

LA VILLE FANTÔME

Scénariste d'envergure mais réalisateur pas renversant, David Koepp s'essaie pour la première fois au genre fantastique avec ce Ghost town mineur mais charmant. Soit l'improbable rencontre d'un dentiste acariâtre, cliniquement mort pendant sept minutes et ayant acquis la faculté de voir les morts, et d'un cadre sup adultérin fraîchement fauché par un bus. Même s'il n'est pas le premier à le faire, Koepp a donc décidé de rire du fameux « I see dead people » prononcé par Haley Joes Osment dans Sixième sens. Mais s'il fallait trouver un véritable pendant dramatique à cette Ville fantôme, ce serait le sucré Ghost, dont le schéma est reproduit à l'identique. Il y a donc le mort (Greg Kinnear en Patrick Swayze, pas sûr que ça fasse rêver les nanas), la vivante incrédule (Tea Leoni remplace Demi Moore), et le passeur chargé d'assurer la liaison entre les deux et de régler les petits problèmes des fantômes (Ricky Gervais en Whoopi Goldberg, qui l'eut cru).
Écrit et réalisé avec un flegme, La ville fantôme a le charme des films anglais propres sur eux mais so charming, notamment grâce à une interprétation sans faille. En bon scénariste, Koepp n'oublie aucune étape, de « punaise, je suis mort » à « mazette, j'ai un don », dans une première partie riche en découvertes et en situations amusantes. Gervais y est hallucinant en dentiste coincée et ballonné. La suite est sans doute moins percutante, car plus attendue, menant vers une résolution un peu poussive, l'auteur n'arrivant visiblement pas à clore son récit.
Il n'empêche : Ghost town est un rafraichissant cocktail d'humour et de distinction, une version digest de Cyrano de Bergerac. De la pièce de Rostand, on reconnaît également la structure du triangle amoureux, l'un des deux mâles dictant à l'autre ce qu'il doit dire à la femme qu'ils convoitent. En sortant de la salle, on fera particulièrement attention de ne pas se prendre un bus en pleine tête, ça rend la vie trop compliquée.
6/10

(autre critique sur Une dernière séance ?)

1 août 2007

YOU KILL ME

C'est beau, une résurrection. Cela faisait 11 ans (depuis Last seduction, en fait) qu'on croyait John Dahl bon pour la casse, ou en tout cas incapable de revenir au niveau de ses premiers films. Sans aller jusqu'à dire que You kill me accomplit ce prodige, il constitue tout de même un énorme pas vers le retour en grâce. Pour ses premiers pas dans un registre comique, Dahl a totalement modifié son style, adaptant sa mise en scène à la personnalité de son personnage. Frank Falenczyk, tueur sur le déclin, sévèrement alcoolique. D'où une caméra au tangage plus ou moins perceptible et un cadrage semblant bâclé. On navigue dans un décalage permanent, à mi-chemin entre le premier et le second degré. Dans le rôle principal, Ben Kingsley est parfait, ses mimiques théâtrales et son regard de tueur (le physique de l'emploi) convenant parfaitement à son personnage.
Qu'importe si l'intrigue n'est pas claire, si l'humour n'atteint pas toujours le centre de la cible, s'il y a mille approximations tout au long du film. Si You kill me est aussi séduisant, c'est sans doute parce qu'il est sans cesse de guingois, les deux pieds dans le même sabot, comme vous et moi un lendemain de cuite. Cousin éloigné des Soprano, le film de John Dahl est un vrai délice, un film parfaitement imparfait.
8/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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