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21 août 2009

LE CRI DU HIBOU

Le mois d'août n'en a pas fini avec les sorties techniques, puisque voici Le cri du hibou, sorti directement en DVD dans un tas de pays il y a plus de six mois, et qui se trouve parachuté dans une seule salle française, au rythme d'une séance par jour, avant d'être probablement dégagé sans vergogne dès la semaine prochaine. Si le film de Jamie Thraves, clippeur pour Blur et Radiohead, porte le même nom qu'un vieux Claude Chabrol datant de 1987, c'est tout simplement parce qu'il s'agit de deux adaptations du même roman de Patricia Highsmith. Les deux oeuvres sont totalement différentes : autant le Chabrol, étonnamment méconnu, brillait par sa tension permanente et par l'intensité de ses scènes de sexe, la version 2009 opte pour un registre plus planplan, jamais vraiment ennuyeux mais d'une mollesse assez usante à la longue.
Julia Stiles et Paddy Considine sont volontiers déprimants, mais c'est bien normal puisque leurs personnages sont de grands dépressifs. Sauf que la fadeur relative des prestations de ces acteurs de bonne facture a tendance à décrédibiliser le propos, et en particulier ce postulat voulant qu'un femme vivant seule dans une maison forestière accueille à bras ouverts le type un peu malade qui l'espionne à la nuit tombée. Il aurait sans doute fallu que la relation des deux personnages sente un peu le sexe, l'attraction animale, au lieu de quoi elle a un sale arrière-goût de Prozac. Dommage, car Thraves filme plutôt bien - façon téléfilm BBC de qualité - et se régale notamment à mettre en scènes des séquences nocturnes où le clair-obscur est roi.
Le ton assez calme du début du film donne à penser que l'intrigue va se muer non pas en film noir, mais en drame psychologique. Patricia Highsmith restant Patricia Highsmith, le jeune réalisateur finit pourtant par emprunter la voie du polar, ce qu'il fait une nouvelle fois assez mollement, même si Considine semble enfin se réveiller et libère un sentiment d'anxiété assez puissant, comme un lapin pris dans les phares. Manquant de dynamisme (décidément), les scènes d'action ne permettent pas au Cri du hibou de décoller réellement, et s'il n'est absolument pas déplaisant, il n'atteint jamais le niveau du beau thriller chabrolien, qui prenait à la gorge et débordait de sensualité par l'entremise d'une Mathilda May absolument remarquable.




Le cri du hibou (Cry of the owl) de Jamie Thraves. 1h39. Sortie : 19/08/2009.
Critique publiée sur Écran Large.

15 sept. 2007

LA VENGEANCE DANS LA PEAU

Bourne et Bourne et ratatam. Après les ennuyeux re-retours de Jack Sparrow, Peter Parker et Shrek, voici venu le "numéro 3" le plus attendu de l'année (par les gens d'esprit, en tout cas). Qui dit grosse attente dit souvent grandes déceptions ; c'est mal connaître Paul Greengrass et Matt Damon, qui offrent à la trilogie la plus excitante de l'histoire (si si) une fin à la hauteur de nos espérances les plus folles.
La vengeance dans la peau se distingue des deux excellents films précédents par plusieurs aspects. D'abord un rythme encore plus soutenu, le fabuleux Tony Gilroy étant miraculeusement parvenu à transformer des scènes nécessairement explicatives en petits moments de grâce, de suspense ou d'action pure et dure (voire même les trois à la fois). Pas un temps mort ne vient nuire à la continuité d'un récit qui prend à la gorge dès les premières images, le style saccadé (mais pas épileptique, prends-en de la graine Michael Bay) de Greengrass étant le parfait révélateur des angoisses de Bourne. Dès la scène d'exposition, on nage en pleine course-poursuite ; celle-ci, haletante, ne se terminera que deux heures plus tard. Côté tempo, il y a de quoi faire honte aux producteurs de 24 heures chrono (qui auront bien du mal à faire mieux pour le passage de Jack Bauer sur grand écran). Tout comme au niveau de l'intrigue : resserrée, parvenant à jouer à la fois la carte de l'intime et celle de l'explosif, c'est la parfaite synthèse de la quête d'identité entamée par Bourne lors du premier volet. Un Bourne plus affûté mais aussi plus meurtri que jamais, auquel Matt Damon prête une fois encore son talent, montrant que l'on peut être à la fois bourrin et cérébral sans que cela pose le moindre problème.
James Bond et les autres peuvent définitivement aller se rhabiller : Jason Bourne est bien le roi des agents (plus ou moins) secrets. Et la trilogie qui lui est consacrée est à la heuteur de son personnage, parvenant à s'inscrire dans une indéniable modernité sans jamais sacrifier à la gadgetisation permanente ni à la grandiloquence primaire. La vengeance dans la peau est la preuve qu'un divertissement peut satisfaire le spectateur-consommateur comme le cinéphile le plus exigeant (qui a dit casse-bonbons?). Hanté par le chiffre 3 (avec ses poursuites en triangle, sa triplette de bad guys...), le film de Greengrass est une petite merveille d'équilibre, le parfait balancier entre la frénésie inquiète du numéro 1 et le jeu de massacre dépressif du suivant. Mille milliards de bravos.
9/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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