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13 janv. 2008

DÉTENTION SECRÈTE

Il est toujours un peu embêtant de sortir d'un film en ayant bien compris qu'il y avait une morale mais en n'ayant pas saisi laquelle. Parce qu'il fait preuve d'une rare maladresse aux commandes du film, le sud-africain Gavin Hood livre un objet aussi ordinaire dans son traitement que gênant dans son propos. Pendant une heure et demie, Détention secrète s'impose comme un film choral autour d'un égyptien installé aux États-Unis et accusé sans doute à tort d'être un terroriste. Avant que son metteur en scène ne finisse par s'emmêler les pinceaux.
Voilà ce qu'on risque à mêler suspense et film politique : rendre l'ensemble indigeste à force de transformer des personnages en schémas sur pattes juste pour les besoins de l'intrigue. Dans sa dernière demi-heure, Détention secrète semble indiquer, en somme, que tous les gens plus ou moins arabes ont en eux le gène du terrorisme et du vice. Avant de se raviser illico. On n'ira pas jusqu'à accuser Hood d'avoir pondu un film raciste (ce qui serait étonnant de la part de défenseurs de l'égalité des peuples et de la démocratie tels que Meryl Streep et Jake Gyllenhaal), mais son inaptitude à formuler clairement la thèse qu'il entend démontrer tend à en faire une oeuvre dangereuse pour peu qu'elle tombe dans des mains peu expertes.
Cet ultime faux pas fait passer le film du statut d'hollywooderie banale à celui de gros soufflé bien gênant. Le genre de machin qu'on préfère oublier dès le générique de fin, bien embêté pour une bande d'acteurs habituellement irréprochables et soucieux de savoir si Gavin Hood, après deux films peu recommandables, va être capable de faire quelque chose de bien du Wolverine qu'il s'apprête à réaliser. Si le film est exempt d'un quelconque propos social ou politique, il reste sans doute une petite chance.
2/10

18 mai 2007

ZODIAC

Le film de la maturité. Une expression galvaudée et passe-partout, qui sied pourtant parfaitement au sixième long métrage de David Fincher, Zodiac, cinq longues années après un Panic room frustrant. C'est bien simple : on a un mal fou à reconnaître dans ce film la patte du metteur en scène, tant il semble s'être assagi. Dans Zodiac, aucune impertinence visuelle, aucune démonstration technique un peu vaine. Juste un concentré de matière, filmé de façon ample et posée, la jolie forme n'empiétant jamais sur le fond.
Zodiac n'est pas un film de serial killer : Fincher en avait déjà livré un avec l'indépassable Seven, et n'est sans doute pas près de recommencer. Pour bien décrire le film, il convient de donner trois références plutôt évidentes. D'abord Summer of Sam, dans lequel Spike Lee s'inspirait d'évènements réels (les meurtres du "fils de Sam") pour dépeindre une époque. Ensuite Memories of murder, où le coréen Bong Joon-ho traitait de façon rigolarde mais désespérée une enquête forcément sans issue. Enfin Les hommes du président, chef d'œuvre qui s'escrimait à montrer les ravages de l'obstination journalistique sur la vie privée. Zodiac tient beaucoup de ces trois-là, dépassant sans mal le premier et se révélant plus que digne d'être comparé aux deux autres.
Alliant un whodunit hypnotique à la description sans fard de la dure vie d'enquêteur (journaliste ou policier), Zodiac exprime magnifiquement et sous différents points de vue la fascination morbide et presque admirative que parviennent à s'attirer les tueurs en série. Brèves mais intenses, les scènes d'action échappent à tout sensationnalisme et ne font que renforcer l'attirance éprouvée. Pas sur que le Fincher d'avant ait été capable de livrer une réflexion aussi sobre et réfléchie, pleine d'humour et sans temps mort. Bien aidé par un trio d'acteurs ahurissant (un prix à Cannes aurait fière allure) et le meilleur chef op qui soit (Harris Savides), il livre en tout cas un grand film presque parfait, qui s'affirme d'ores et déjà comme un futur classique.
9/10 (voire plus)
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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