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4 mai 2009

ROMAINE PAR MOINS 30

Il y a treize ans déjà sortait Romaine, compilation de trois courts mettant en scène l'héroïne créée et interprétée par Agnès Obadia et faisant état de ses rencontres, ses problèmes relationnels et ses mésaventures assez inattendues. Romaine n'a visiblement jamais quitté l'esprit d'Obadia, qui renoue avec elle pour un long-métrage marquant une sérieuse rupture côté forme, le fond (ou l'absence de fond) ayant en revanche peu évolué. Et voilà donc Sandrine Kiberlain, interprète aussi singulière mais beaucoup plus convaincante qu'Agnès Obadia. Et voilà aussi une vraie caméra, le style cracra de l'époque étant avantageusement remplacé par une esthétique plus classique et plus classe, qui tire parfaitement profit des paysages canadiens.
Le ton, lui, est resté le même : Romaine est toujours cette fille sans passion, sans élan, sans courage, qui se laisse porter par une vie riche en mauvaises surprises. D'où une comédie cocasse et rocambolesque, souvent inattendue à défaut d'être vraiment drôle, mais qui ne cherche de toute façon jamais à provoquer l'hilarité. Agnès Obadia et ses trois (!) coscénaristes préfèrent travailler le côté décalé de leur héroïne et des situations dans lesquelles elle s'engouffre. C'est léger, sans aucune (mais alors aucune) prétention, pas le genre de comédie qui hantera nos nuits pour longtemps. Ce que propose Romaine par moins 30, c'est du plaisir immédiat ou rien, et le spectateur a le choix : il peut apprécier le voyage ou s'emmerder copieusement, calquant son humeur sur celle d'une Romaine éternellement insatisfaite et perpétuellement blasée.
Reste donc la question de l'utilité d'une telle oeuvre, dont l'originalité n'est pas suffisamment prononcée pour attirer le public en masse, et dont l'ambition artistique n'a rien de démesuré. Au moins, le Romaine de 1996 bénéficiait de la crudité et de l'impudeur de sa scénariste, qui ne s'autorisait aucune limite question dialogues et qui n'hésitait pas à user et abuser de la nudité de ses personnages pour les rendre parfois attirants et surtout pathétiques. Ici on a l'impression qu'au contraire, la Obadia team s'est auto-censurée pour être certaine de produire un film entrant bien dans le moule et ne risquant pas d'être rejeté par les multiplexes. Une blague sur les hémorroïdes ici, une paire de seins là : c'est tout ce qui semble demeurer de l'Obadia d'alors, aussi débordante d'idées mais moins libre d'esprit que par le passé.




Romaine par moins 30 d'Agnès Obadia. 1h25. Sortie : 29/04/2009.
Critique publiée sur Écran Large. Autre critique sur Sur la route du cinéma.

10 oct. 2008

DE LA GUERRE

Bertrand Bonello est un excellent cinéaste, mais tout le monde peut se tromper. Tel est le bilan que l'on peut effectuer à l'issue des cent trente minutes de projection de De la guerre, son dernier film en date et le moins bon de tous. Entendons-nous bien : tout n'est pas à jeter. Déjà, il y a Mathieu Amalric, et c'est le genre de détail qui peut sauver n'importe quel sombre navet. Tour à tour rigolard et sinistre, il injecte au film ce côté lunatique et imprévisible qui constitue l'une de ses principales réussites. Les autres acteurs ne sont pas mal non plus, sauf peut-être un Guillaume Depardieu tombant la tête la première dans la caricature.
Les autres bons points sont à distribuer avec parcimonie, de même que sont distribuées les bonnes scènes sur la toile. Après un début de film intéressant (comment le héros se retrouve enfermé dans un cercueil et cherche à revivre "ça"), le film de Bonello bascule vers une sorte de folie furieuse, de méditation absconse, de transhumance trop intérieure, comme un Last days dopé aux champis moisis, et sans la mise en scène de Gus Van Sant. Il y a des scènes de transe à réveiller un mort, quelques passages tragi-comiques qui ne laisseront pas insensibles ceux qui n'ont pas quitté la salle... et puis il y a le reste. C'est-à-dire rien que de l'hystérie de base, de l'incompréhension en veux-tu en voilà, du grain à moudre offert à tous ceux qui dénigrent le cinéma d'auteur français. On se promène avec des masques d'animaux, on pratique des rituels énigmatiques, on en discute comme si c'était normal et simple à interpéter. Malgré l'humour qui parsème le film, c'est l'austérité qui prédomine, sans vraie motivation apparente. Si ce n'est celle d'esquisser un auto-portrait de Bonello, qui nomme son héros Bertrand, sème quelques indices troublants et insère même des images de Tiresia, l'une de ses oeuvres précédentes. On croit détenir la clé lorsque Laurent Lucas, qui joue Laurent Lucas, vient chercher Amalric/Bonello sur son lieu de méditation (?) en lui demandant d'arrêter de déconner et de se remettre à faire des films. Avant de sombrer de nouveau sous les coups de ce cinéma qui ne cesse de s'enrouler autour de sa propre prétention. On préférait le Bonello torturé mais sincère des films d'avant.
4/10
 
"Bienvenue au royaume du pisse-froid inculte qui est au cinéma ce que Philippe Manoeuvre est au rock" (© Trollman)
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