Trois parties. La première se déroule sur un paquebot, et Godard y filme des groupes de gens déambulant, se croisant sans vraiment se voir. Le décalage entre la voix off et ce qui se passe - ou ne se passe pas - à l'image est saisissant : nous ne serions que des spectres bourrés d'intentions, de questions que l'on aimerait existentielles mais ne le sont que trop rarement, de convictions ressemblant bien vite à des feux de paille pour qui les regarde de trop près. Les images se suivent et ne se ressemblent pas, tout juste reliées par les vagues que le cinéaste aime à filmer comme un leitmotiv nauséeux. La deuxième, plus conventionnelle sur le papier, voit une famille se battre et se débattre autour de la question politique : tandis que les parents souhaitent se présenter à des élections cantonales, les enfants demandent à comprendre leur programme et à connaître leur valeur en tant que citoyens. On est moins dans le sensoriel que dans le réel, le traitement décalé créant une sorte de malaise pas si inconfortable qui donne à réfléchir sur la transmission entre générations, l'avenir de notre société, la disparition possible de la question politique.
Sur la fin, Godard part explorer les terres fondatrices du monde tel qu'on le connaît aujourd'hui. Le film se fait alors plus sombre, mais encore plus beau, parvenant à mêler sociopolitique et poésie de l'absolu, comme si l'histoire de la Palestine et de ces autres territoires blessés était quelque chose d'ancré en chacun de nous, vecteur de nos doutes et de nos (dés)espoirs. Ce cadavre exquis de plans et de mots est aussi déconcertant que bouleversant, tant la science du montage de Godard accouche d'un cauchemar rythmé et plein de souffle, qui n'est pas loin d'être l'oeuvre la plus marquante de la dernière partie de sa filmographie. Chacun trouvera ici le socialisme qu'il veut, ridiculement béat ou atrocement réaliste, mais personne ne pourra en tout cas passer à côté de cette heure et demie de cinéma parallèle, foisonnant et pas loin d'être addictif. Godard a 80 ans mais il n'a jamais été aussi vivant.
Film Socialisme de Jean-Luc Godard. 1h42. Sortie : 19/06/2010. Un Certain Regard 2010.
Critique publiée sur Écran Large.
2 commentaires sur “FILM SOCIALISME”
Ouais je vais attendre pour me le faire au ciné quand même :)
Eh bien je ne suis pas mécontent de l'avoir vu grâce à la VOD que je testais pour la première fois.
Godard 30 salles, Onteniente 600 salles - tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.
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