Le film est à l'image de son metteur en scène extrêmement jeune (27 ans). Il brille d'abord par l'innocence et la rêverie avec lesquelles il observe ses personnages, les enveloppant d'un amour sincère et pour le moins tendre. La façon dont Boo Junfeng campe ainsi les grands-parents de Xiang En est d'une absolue beauté : il magnifie leur vieillesse tout en refusant d'occulter les ravages causés par les années qui passent. Il filme leurs objets quotidiens comme s'ils n'étaient déjà plus de ce monde, et ne change pas son style d'un iota quand effectivement l'un d'eux passera de vie à trépas. Cette douceur du style est habilement contrebalancée par les tourments intérieurs du jeune héros, pris par son désir plus que naissant et d'autres problèmes existentiels.
Le problème, c'est que la jeunesse du cinéaste transparaît également dans le montage des scènes les plus frappantes de son film, qui s'achèvent souvent beaucoup trop tôt alors qu'un peu de durée en aurait accru l'intensité et la tension. Mais Sandcastle achève d'étendre sa jolie emprise en résonnant également comme un portrait ému et fissuré de Singapour, île en recherche permanente d'identité et d'affirmation, à l'image de son héros tourmenté, beau et fragile à la fois. Nul doute qu'en gagnant en vigueur et en confiance, Boo Junfeng a de quoi démarrer une carrière à la fois engagée et bouleversante, ces prémices-là étant extrêmement prometteuses.
Sandcastle de Boo Junfeng. 1h55. Sortie : non fixée. Semaine de la Critique 2010.
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