Le problème est que cette ambition narrative s'accompagne d'un mal bien chinois, à savoir une extrême froideur dans la description des ces passions enchevêtrées et douloureuses. Culture locale ou talent insuffisant ? Toujours est-il que le film déroule un dispositif trop rigoureux qui ne cesse de mettre de la distance avec et entre les personnages. Quand la frénésie amoureuse n'est que théorique, l'ennui prend le pas sur la passion et c'est extrêmement dommage. D'autant que Lou Ye enveloppe son film dans une atmosphère poétique extrêmement artificielle, avec l'ajout régulier de poèmes en idéogrammes venant s'ajouter à l'image. Autant de corps brûlants pour un résultat si pompeusement littéraire...
La mise en scène, peu conventionnelle mais assez inintéressante, n'arrange guère les affaires du cinéaste chinois. Il travaille en caméra portée, tourne autour de ses personnages, semble vivre avec eux, mais les mouvements de caméra apparaissent bien vite comme superficiels pour ne pas dire lourdingues. On en est réduit à débrancher son petit coeur de spectateur pour ne plus envisager les deux heures de Nuits d'ivresse printanière que comme une vision intellectualisante de l'amour passion, bien loin du tourbillon promis par le titre - qui en fait est celui de l'ouvrage poétique cité à maintes reprises dans le film. Après Memory of love en 2008, on ne peut pas dire que les films sélectionnés à Cannes depuis 2 ans soient les plus représentatifs de la vraie valeur du cinéma chinois...
Nuits d'ivresse printanière de Lou Ye. 1h55. Sortie : 14/04/2010.
Critique publiée sur Écran Large.
2 commentaires sur “NUITS D'IVRESSE PRINTANIÈRE”
Ah merde je comptais me le faire celui-là... Déjà que rien ne me tente en ce moment, si en plus tu dis du mal des quelques trucs qu'ont l'air bien...
Dommage. Mais je compte tout de même m'y attarder.
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